12 Angry Men
Collector's Edition
MGM Home Entertainment

Réalisateur: Sidney Lumet
Année: 1957
Classification: PG
Durée: 96 minutes
Ratio: 1.66:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (Mono), Français (Mono), Espagnol (Mono)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
6 avril 2008

Cinéaste prolifique à l'oeuvre hétéroclite, Sidney Lumet a développé un style particulier au sein de deux genres: le film policier et le drame judiciaire. C'est en 1957 qu'il fait ses débuts au cinéma quand Henry Fonda (ici acteur et producteur) lui confie la réalisation de "12 Angry Men", adaptation d'une dramatique télévisée de facture très théâtrale. Il s'agit d'une superbe entrée en matière pour le cinéaste, qui a transformé un projet casse-gueule en classique et nous fait la démonstration qu'un grand film n'a pas besoin de décors élaborés et d'effets spéciaux coûteux quand il bénéficie d'un scénario solide et d'une distribution de haut niveau.

À la fin du procès d'un jeune hispanique accusé du meurtre de son père, le juge convie les membres du juré à délibérer afin de rendre un verdict unanime. Et un verdict de culpabilité dans un cas de meurtre au premier degré se traduit automatiquement par la peine de mort. L'affaire semble assez simple puisque l'alibi du jeune homme est faible, qu'un couteau qu'il dit avoir perdu est retrouvé sur les lieux du crime et que plusieurs témoins affirment avoir soit entendu des cris, vu l'accusé poignarder son père ou fuir la scène. Onze des jurés votent immédiatement coupable, mais le juré numéro huit (Henry Fonda) vote non coupable...

Juré #10: "How come you changed your vote?"
Juré #3 : "It just seemed to me that there was room for doubt..."
Juré #10: "You're like everybody else, you think too much, you get mixed up."

En surface, "12 Angry Men" nous rappelle que le système judiciaire est basé sur la phrase "hors de tout doute raisonnable", qui veut que tout individu a droit à un procès équitable et que le jugement doit être rendu en se basant uniquement sur les faits. Mais alors que les délibérations deviennent de plus en plus musclées, révélant lentement la personnalité des différents jurés, on se rend compte que l'impartialité se heurte à l'indifférence, à l'intolérance et au tissu moral de chacun. Au fil des débats, les détails de l'affaire deviennent presque secondaires et c'est là où le film trouve toute sa profondeur. Le spectateur, au travers d'un ou de plusieurs des protagonistes, verra apparaître des fragments de sa propre personnalité et se questionnera sur ses valeurs et sur sa capacité à demeurer objectif. Et puisque les personnages couvrent toute la gamme des individus, de l'idéaliste allumé et compatissant, jusqu'au bigot rempli de préjugés, chacun y trouvera son compte. Êtes-vous le juré numéro 2, 11, ou un mélange de 5, 6 et 12?

Douze hommes, une pièce. Cauchemar pour un réalisateur, mais défi que Lumet relève avec brio. Assisté du directeur photo Boris Kaufman (lauréat d'un Oscar), il expérimente avec les compositions d'images et utilise une multitude d'angles de caméra pour insuffler du rythme à ce huis clos. Privilégiant au départ les angles larges enveloppant ce groupe anonyme, il passera lentement aux plans rapprochés, pour appuyer la tension et le sentiment d'isolement des personnages. La distribution est exemplaire et les prestations de Lee J. Cobb, Martin Balsam, John Fiedler, Jack Klugman, Ed Begley et Robert Webber sont impeccables. Quant à Henry Fonda, il constitue le choix parfait pour le rôle difficile de celui qui tentera de convaincre les autres d'accepter son point de vue. Calme, intelligent et rationnel, il transcende le simple symbole de la justice pour camper un personnage crédible.

Le transfert remastérisé et anamorphosé au ratio original de 1.66:1 propose une amélioration marquée par rapport à celui de l'édition de la série "Vintage Classics" parue en 2001. L'image est claire et presque entièrement dénuée d'impuretés. Elle est parfois un peu granuleuse, mais l'étalement des noirs et le niveau des contrastes et des détails demeurent solides tout au long de la présentation. Pas d'excès côté audio puisque seule la piste originale mono est offerte. L'ambiance sonore reste agréable, car le film est essentiellement basé sur les dialogues. Ceux-ci sont clairs et s'intègrent adéquatement à la musique et aux effets sonores.

La présentation et les menus de cette édition du collectionneur sont standards et quelques suppléments sont inclus. Pour débuter, la piste de commentaires avec l'historien du cinéma Drew Casper nous offre une foule d'informations sur tous les aspects de la production. Son approche est par moments un peu trop didactique et la piste aurait bénéficié de l'apport du réalisateur Sydney Lumet, mais le contenu demeure dense et informatif. Par la suite, la revuette "Beyond a Reasonable Doubt: Making of 12 Angry Men", par l'entremise d'entrevues avec le réalisateur et autres artisans encore vivants (le film a tout de même 50 ans!), aborde la distribution, l'approche filmique, le tournage et l'impact du film à sa sortie. Ce n'est pas très exhaustif, mais ça reste intéressant. Pour terminer, "Inside the Jury Room" s'avère un complément judicieux puisque différents intervenants du milieu juridique comparent la fiction avec la réalité.

Filmé en moins d'un mois avec un budget ridicule, "12 Angry Men" est une oeuvre majeure, une brillante étude sociologique qui divertit autant qu'elle fait réfléchir. Dans une société où le syndrome du troupeau l'emporte souvent sur l'esprit critique et l'habileté à cultiver le doute, ce genre de rappel à l'ordre n'est jamais superflu. Fortement recommandé.


Cotes

Film9
Présentation4
Suppléments6
Vidéo8
Audio7