25th Hour
Touchstone

Réalisateur: Spike Lee
Année: 2002
Classification: R
Durée: 135 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez : Amazon.ca
Le livre sur lequel est basé ce film est disponible chez : Amazon.ca

Selon Raphaël Gendron-Martin
23 mai 2003

Personne n'a oublié la date du 11 septembre 2001. Ce jour-là, les tours jumelles du World Trade Center, emblème de la suprématie américaine, s'effondraient après que deux avions les aient percutées de plein fouet. Pendant plusieurs semaines, les activités cinématographiques ont nettement diminué dans la ville de New York. La première grande production à y être tournée après le 11 septembre a été "25th Hour" l'année suivante, en 2002. Fortement imprégné des événements tragiques qui ont secoué la planète tout entière, ce film de Spike Lee n'a pas connu un énorme succès au Québec à sa sortie en salles, mais il vaut amplement le détour.

Montgomery "Monty" Brogan mène une vie tranquille. Il a une jolie copine, Naturelle, et deux bons amis d'enfance, Frank, qui travaille à Wall Street, et Jacob, qui est professeur au secondaire. Cependant, Monty a un léger problème : il trafique de l'héroïne. Un jour, des agents viennent faire une perquisition à son domicile. Monty est cuit. Il écope de sept ans au cachot. Mais avant de purger sa sentence, il a droit à vingt-quatre dernières heures auprès des siens. Il revoit son père, un tenancier de bar qui a perdu sa femme il y a plusieurs années, et parle de la vie qu'il a passée. Monty ne sait plus trop en qui faire confiance. Il croit que c'est Naturelle qui l'a vendu aux flics. La seule personne en qui il a véritablement confiance est son paternel. Malgré tout, il décide de fêter une dernière fois avec ses amis dans un bar branché new-yorkais. Tous sont là. Naturelle, qui est vêtue de sa plus belle robe pour l'occasion, Frank, qui tente de séduire tout ce qui porte une jupe, Jacob, qui fantasme sur une de ses élèves mineure, de même que Kostya, un Italien corpulent et bon vivant. Pendant cette dernière soirée, Monty pourra rêver à souhait, avant de vivre un long cauchemar de sept années.

Une fois de plus, Edward Norton y va d'une prestation remarquable dans ce long-métrage. Sachant parfaitement se mettre dans la peau du personnage, Norton use d'une intensité rarement égalée. Une autre brillante performance pour cet acteur dont la réputation n'est plus à faire. À ses côtés, les autres acteurs de la distribution offrent aussi un jeu saisissant. Philipp Seymour Hoffman, en enseignant rempli de remords, est criant de vérité. Barry Pepper, qui incarne un jeune loup des finances, semble beaucoup s'amuser avec ce rôle taillé sur mesure pour lui. Brian Cox campe avec brio le personnage du père de Monty. Rosario Dawson, en petite amie de Monty et Anna Paquin, en fantasme inaccessible de Jacob, complètent cette merveilleuse distribution. N'oublions pas la courte, mais éclatante apparition de Tony Siragusa, un ancien joueur de football de la NFL qui se tire très bien d'affaire dans le rôle de Kostya.

Réalisé par le brillant Spike Lee, "25th Hour" se démarque par ses séquences hors de l'ordinaire et visuellement ingénieuses. Dès les premières minutes après l'insertion du disque dans le lecteur, l'esprit du syndrome après-11 septembre ressort. Avant que le menu apparaisse, des images des rues new-yorkaises accompagnées par la musique de Terence Blanchard nous démontrent que ce film sera différent des autres. Le menu est sobre et possède quelques belles animations qui agrémentent la navigation. À noter qu'il est déconseillé de regarder la sélection des chapitres avant le visionnement, car la chute finale pourrait vous être gâchée. Lorsque le film proprement dit débute, nous assistons à l'un des plus beaux génériques d'introduction qu'il m'ait été permis de voir. C'est sous les arrangements sonores de Blanchard que nous apercevons la ville de New York. Mais au lieu des tours jumelles, il y a deux faisceaux bleus qui montent vers le ciel. Avec ces images, Spike Lee a voulu démontrer que la ville de New York était différente, mais que le World Trade Center resterait toujours dans les mémoires des gens. À la fin du générique, les deux lumières s'éteignent tranquillement, un peu pour laisser place au nouveau New York qui vient de naître. Simple, mais très efficace.

"25th Hour" ne se démarque pas par sa qualité sonore. Puisque l'emphase est mise sur les dialogues entre les personnages, les effets sonores sont davantage en retrait. Malgré tout, le film bénéficie de la certification THX, ce qui ne peut pas nuire au résultat final. En dépit des efforts qui ont été mis sur ce côté, j'ai noté une séquence où la synchronisation du son et de l'image ne concordait pas sur la version originale. En effet, lorsque les agents viennent fouiller l'appartement de Monty, ce dernier dit quelque chose, sauf que l'image est nettement décalée. Ce n'est cependant qu'un infime détail dans un long-métrage de plus de 120 minutes.

Les suppléments sont assez nombreux et de qualité et sont tous situés sur le même disque. Il y a en premier lieu les scènes supprimées qui, au compte de six, se veulent parfois intéressantes, mais aussi quelques fois ennuyantes. Nous comprenons alors pourquoi elles n'ont pas été sélectionnées au montage final! Il y a ensuite un documentaire sur la carrière de Spike Lee intitulé "Spike Lee's 25th Hour : The Evolution of an American Filmmaker". Plusieurs acteurs de renom interviennent durant ce reportage d'une vingtaine de minutes. Parmi eux, notons le réalisateur oscarisé Martin Scorcese, de même que les deux récipiendaires pour la catégorie du meilleur acteur et de la meilleure actrice aux Academy Awards de 2002, Denzel Washington et Halle Berry. Ces artistes expliquent donc l'admiration qu'ils vouent au travail de Lee. Le documentaire relate les débuts du réalisateur en parlant de chacun des films qu'il a tournés. Son premier long-métrage, She's Gotta Have It, n'a coûté que 175 000$ et a généré des recettes de 8 millions $. Lee s'est même vu décerner le Prix de Jeunesse lors du Festival de Cannes de 1986. Le cinéaste new-yorkais parle également de ses autres œuvres, dont Malcolm X, He Got Game et Summer of Sam. Ce n'est qu'après une quinzaine de minutes que nous commençons enfin à voir des images de "25th Hour". Spike Lee, Edward Norton et Barry Pepper prennent tour à tour la parole pour raconter leurs impressions sur le film. Norton affirme qu'il a réalisé un rêve en tournant avec Lee.

Un autre vidéo est disponible et il s'intitule "Ground Zero", en l'honneur de l'endroit où se sont effondrées les deux tours du World Trade Center. Ainsi, pendant plus de cinq minutes et avec musique à l'appui, des images de ce lieu désormais historique nous sont montrées. Bien que ce vidéo ne soit pas dénué d'intérêt, j'ai trouvé que ça commençait à être long après trois minutes. En effet, il n'y a que la musique qui accompagne les images. Aucune narration n'est offerte. Les concepteurs ont sûrement voulu créer l'envie de recueillement chez les spectateurs, mais cet envie s'estompe malheureusement au profit de l'ennui après quelques minutes.

Deux pistes de commentaires sont disponibles sur le DVD, celle avec le réalisateur Spike Lee et une autre avec le scénariste David Benioff. Lee n'est pas très bavard, mais les commentaires qu'il apporte sont intéressants et instructifs. Il parle de la relation étroite qui doit exister entre le cinéaste et le caméraman. Il traite bien sûr de l'atmosphère difficile qui planait sur les lieux de tournage et qu'il se serait senti irresponsable de faire le film comme si rien ne s'était produit. C'est pourquoi nous y voyons une séquence de "Ground Zero", ainsi que des photos des policiers décédés le 11 septembre. "25th Hour" renferme plusieurs scènes où l'on voit le même plan, mais répétés sous plusieurs angles. Lee explique qu'il utilise cette méthode pour mettre l'accent sur le moment. Afin de faciliter le tournage, il se sert toujours de deux caméras simultanément. Enfin, durant ses commentaires, nous apprenons entre autres que les membres de l'équipe du film jouaient à la balle-molle pendant le tournage et que Barry Pepper était un joueur redoutable, que Philipp Seymour Hoffman était très patient sur le plateau (plus que Lee lui-même) et que ça ne lui dérangeait pas de reprendre les scènes plusieurs fois et que Lee a une phobie maladive des hauteurs et qu'il n'a pas pris l'hélicoptère pour filmer certains plans.

Pour ce qui est de la piste de commentaires de David Benioff, ce dernier connaît fort bien le sujet, car il a écrit le scénario du film à partir de son propre roman qu'il a écrit en 1999. Les commentaires de Benioff sont différents de ceux de Lee, car il parle davantage du contenu que du contenant. Ils complètent donc un peu ceux du réalisateur. Benioff raconte tout d'abord qu'il avait écrit cette histoire et l'avait envoyée à quelques personnes à Hollywood, dont l'acteur Tobey Maguire. Ce dernier lui avait fait part de son intérêt à jouer le rôle de Monty. Cependant, l'arrivée du projet de Spider-Man a fait en sorte que Maguire n'avait plus beaucoup de temps à accorder à "25th Hour". Malgré tout, il a tenu à demeurer l'un des producteurs. "25th Hour" est la troisième nouvelle qu'a composée Benioff, mais c'est la première qui a été publiée. Il raconte aussi que l'adaptation de cette nouvelle pour le grand écran n'a pas été si difficile, car elle était plutôt courte en ne durant que 182 pages. Enfin, Benioff déclare qu'il a été grandement impressionné par le travail d'Edward Norton et que Barry Pepper était excellent dans son personnage avec l'accent exagéré de Brooklyn.

"25th Hour" est un film qui devrait plaire à un public avide de scénarios originaux et différents. Il est également assuré que les amateurs de Spike Lee et d'Edward Norton seront ravis par cette œuvre.


Cotes

Film9
Menu8
Suppléments8
Vidéo8
Audio8