2 Days in Paris
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Julie Delpy
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 96 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
27 février 2008

En s'attaquant à la ville où elle est née, l'actrice et réalisatrice Julie Delpy ne fait pas de concessions. Derrière ces airs de petite comédie inoffensive, "2 Days in Paris" recèle sa part de noirceur. Sardonique.

La Française Marion (Delpy) est une photographe à la vue diffuse et elle fréquente l'Américain Jack (Adam Goldberg), un architecte d'intérieur. Après quelques escales en Europe, le couple débarque à Paris chez la famille de madame. Deux courtes journées qui risquent de bouleverser à tout jamais leur union.

Les admirateurs et les détracteurs de Julie Delpy devaient l'attendre au tournant pour son nouveau long-métrage. Même si son précédent Looking for Jimmy a reçu une sortie anonyme, la comédienne a notamment travaillé sur les scénarios de Before Sunrise et de sa suite Before Sunset, deux très beaux films réalisés par Richard Linklater. Surtout qu'après Ethan Hawke, le personnage qu'elle incarne fréquente encore un Américain.

Mais là s'arrêtent les comparaisons. Dans son plus que sympathique "2 Days in Paris", la comédie romantique a littéralement flambé pour englober toutes les strates sociales. Ainsi, Delpy s'attaque aux personnes réactionnaires qui habitent en France en dépeignant avec un savoir-faire indéniable le sort réservé aux Américains, aux Italiens, aux Juifs et à tous ces gens qui sont des étrangers. Cette critique très acerbe de la société demeure ancrée dans le présent comme en fait foi le sort des enfants en Thaïlande et ces végétariens qui n'hésitent pas à mettre le feu aux restaurants. Monsieur Fast Food Nation devrait être fier de sa protégée.

Derrière ces comparaisons entre le modèle français et étasunien qui vont beaucoup plus loin que les clichés sans substance de Rush Hour 3, l'attention est portée sur les dialogues. La famille de l'héroïne (ce sont ses parents dans la vraie vie) ne font que se chamailler toute la journée, de quoi concurrencer les individus plus vrais que nature du délicieux Un Air de famille de Cédric Klapisch. L'intellectualisation des situations, le goût pour les arts (la peinture, la musique, la littérature, mais surtout le cinéma avec de multiples références directes) et les jeux de mots fondés sur les langues anglaises et françaises rappellent également le génie de Woody Allen. La peur d'être quitté, de se révéler avant qu'il ne soit trop tard, d'oublier les erreurs du passé : outre une conclusion un peu trop éclairante, quoiqu'émouvante, les liens sont plus qu'évidents avec le mythique Annie Hall.

Sauf qu'il faut faire confiance à la cinéaste pour ne pas tomber dans la facilité. Les propos sont souvent très crus et ils risquent de heurter les chastes oreilles. Le sexe est le nœud du récit et il amène avec lui les mensonges et la jalousie. Pour contrebalancer ces rires jaunes se trouvent quelques métaphores efficaces, dont le désir compulsif de toujours prendre des photos au lieu de vivre pleinement son existence.

Les clichés sont nombreux et la production n'arrête pas de jouer avec eux. La photographie multiplie les lieux attendus pour y ressortir quelque chose de nouveau. Dommage qu'au passage, les couleurs soient fades, les contrastes manquent de tonus et que du blocage apparaisse à certains endroits. Au moins, les images demeurent réalistes et les éclairages changent lorsque le passé est évoqué. La musique va de l'anglais au français, demeurant toujours recommandable pour n'importe quelle occasion (ah, du bon Brigitte Fontaine!). Les différentes pistes sonores dans la langue de Molière et de Shakespeare impressionnent par leur vivacité (de multiples sons de voitures, de trains et d'oiseaux s'échappent aisément des enceintes), alors que les voix demeurent toujours claires à défaut d'être très élevées. Les sous-titres blancs s'avèrent toutefois bizarres. Ils s'affichent presque tout le temps, sauf pendant les multiples narrations de l'héroïne...

Gentils et attendus sont la pochette et le menu principal du DVD. La première montre un couple souriant derrière une tour Eiffel, pendant que le second jongle avec ces mêmes éléments statiques. L'air populaire qui y joue est toutefois très entraînant. Dès la fin du visionnement, il est difficile de ne pas accéder à cette séance de questions et de réponses où Julie Delpy parle pendant 24 minutes du processus d'écriture, de la mise en scène du projet, de la sélection des comédiens, des rapports entre la fiction et la réalité, des choix musicaux, du langage utilisé, des touches politiques, des références cinématographiques et du discours post-féministe. Du bonbon platement réalisé qui aurait pu être bonifié d'une piste de commentaires.

Drôle, engagé et bien réalisé, "2 Days in Paris" vaut également pour le charme de ses interprètes. Adam Goldberg est le parfait souffre-douleur qui se laisse emporter par les apparences. Delpy campe une femme à lunettes lunatique, névrosée et particulièrement contradictoire. Le couple fonctionne à merveille et lorsqu'il n'est pas ensemble, un ange possédant le visage de Daniel Brühl vient à sa rescousse. Toujours dans la joie et dans la bonne humeur. Comme cette œuvre qui se regarde avec plaisir, un large sourire fendu jusqu'aux oreilles.


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments4
Vidéo6
Audio7