Able Edwards
Heretic Films

Réalisateur: Graham Robertson
Année: 2004
Classification:
Durée: 85 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 15
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
27 mai 2007

Combiner technologie et classicisme peut être une bonne idée, mais à condition de proposer des détours pertinents, de l'émotion crédible ou des personnages intéressants. Il n'y a malheureusement rien de tout ça dans "Able Edwards".

Dans un proche futur, 90% de la population a été décimée. Au lieu d'envoyer Bruce Willis pour sauver la planète comme dans le mémorable 12 Monkeys, les scientifiques et les gens haut placés préfèrent faire revivre Able Edwards (Scott Kelly Galbreath). Tel Walt Disney, cet homme influent a construit son empire sur le divertissement et peu après son retour à la vie "normale", il décide de se lancer en politique. Graduellement, il se rend compte des responsabilités qui le touchent et qui le modulent.

Cette œuvre rétro de science-fiction réalisée en 2004 aurait battu les supérieurs Sky Captain and the World of Tomorrow et Immortel (ad vitam) en étant le premier film à être construit uniquement avec des fonds verts. Cette technique permet, à très peu de coûts, de recréer n'importe quel univers et de laisser aller son imagination. Ce procédé peut également être un inconvénient, car les personnages se détachent aisément du fond (ce qui fait perdre toute crédibilité à l'ensemble) et les acteurs s'avèrent rarement convaincus de leur rôle. Mis à part une finale assez triste, l'ensemble manque littéralement de chaleur et de cohésion.

Étrangement, le scénario n'arrive pas à profiter des essors technologiques pour surprendre outre mesure. Au contraire, il s'agit d'un hommage (ou un pastiche?) du plus grand chef-d'œuvre du septième art Citizen Kane. C'est le premier long-métrage du réalisateur Graham Robertson, le tout débute comme une biographie avec une multitude de journaux, il y a une narration efficace, le synopsis est construit sur des témoignages de gens, le protagoniste flirte avec la politique, etc. Et au lieu de "Rosebud", le héros cherche à retrouver son panda trop mignon! Sauf que cet objet est également croisé avec les navets d'Ed Wood. Les effets spéciaux s'avèrent pitoyables et les domestiques robots sont plus que risibles. Cet amour pour le cinéma finit par tourner à vide, car la construction dramatique est faible. L'ensemble s'avère composé de dialogues qui ne mènent finalement qu'à très peu de choses.

Puisque tout a été construit avec des fonds verts, il est hasardeux d'évaluer les aspects vidéo. Les "paysages" sont souvent splendides avec leur multitude de détails. Le noir et blanc est envahi par le grain et les égratignures et c'est tout à fait normal. Comme si cette relique venait directement des années 1940 et qu'elle a été soudainement retrouvée. Ainsi, le jeu des ombres se veut réussi, la qualité des contrastes est fantastique et hormis un léger blocage, rien n'a été laissé au hasard. Les aspects audio sont tout aussi inspirants. Malgré que la trame sonore soit uniquement en anglais et en Dolby Digital 2.0, les effets sortant des différentes enceintes s'avèrent très acceptables et les éclats de tonnerre peuvent parfois surprendre. Les voix sont aisées à saisir, et ce, même si des timbres sonores sont parfois métalliques et robotiques. Quelle chance, car les sous-titres ne sont pas inclus. L'omniprésence de la musique cumule des choix grandiloquents à des mélodies classiques extravagantes. L'histoire est peut-être sommaire, sauf que les tympans vont passer un bon moment.

La pochette est plagiée sur celle du classique d'Orson Welles. Il n'y a que le visage d'Able Edwards qui regarde au loin. Le menu principal du DVD est simple. Après une succession d'images, un long plan est posé sur un homme qui écrit. Rien ne bouge, mais il y a une petite musique douce pour accompagner la navigation. De leur côté, les suppléments s'avèrent inégaux. Un documentaire de dix minutes offre une vision du tournage. Les comédiens interagissent sans décor, il est possible de voir le narrateur en pleine action pendant ses séances, etc. Ça ne va pas plus loin que ça. Trois scènes de quelques secondes sont explorées pour montrer l'utilisation des fonds verts. C'est extrêmement maigre. Il y a également le nom des personnes qui ont travaillé sur le DVD et six bandes-annonces de productions diverses. Le seul bonus pertinent est cette piste de commentaires ponctuée des propos du réalisateur Graham Robertson et du producteur Scott Bailey. Les deux hommes parlent des prises de vue, des effets visuels omniprésents et des clins d'œil à Walt Disney avec une aisance réconfortante. À un tel point que leur façon de tout raconter s'avère nettement moins endormante et plus instructive que le résultat final!

Ce n'est finalement pas surprenant que l'éclectique Steven Soderbergh agisse en tant que producteur exécutif. Tout comme l'extraordinaire Keane, monsieur Sex, Lies and Videotape sait prendre des risques en encourageant des petites œuvres indépendantes. Cette fois, son apport semble l'avoir énormément motivé, car il a utilisé la même technique (usurper les codes propres aux films issus des années 1940) pour créer son ordinaire The Good German. Dans les deux cas, le rendu est techniquement sans tache, mais il finit par être ennuyeux. Des deux histoires, ce "Able Edwards" est certainement la moins recommandable tant elle n'amène strictement rien. Le panda et l'utilisation des fonds verts séduisent. Quant au reste...


Cotes

Film4
Présentation5
Suppléments4
Vidéo8
Audio7