Adoration
E1 Entertainment

Réalisateur: Atom Egoyan
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 100 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212101434

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
21 octobre 2009

Atom Egoyan renoue avec ses anciennes oeuvres grâce à "Adoration" qui visite à nouveau ses obsessions les plus singulières. Lorsque la famille se veut troublante, fascinante... et incroyablement glaciale.

En compagnie de David Cronenberg et de Guy Maddin, Atom Egoyan est certainement le cinéaste le plus déstabilisant du Canada. Dès ses premiers films, il piquait la curiosité avec ses thèmes sombres et matures qui restaient en tête longtemps après la tombée du générique. La dernière décennie n'a toutefois pas été très clémente. Après le succès critique et public de The Sweet Hereafter qui était aisément l'opus le plus accompli de sa carrière, il s'est permis quelques distractions. Malgré leurs nombreuses qualités, Felicia's Journey, Ararat et Where the Truth Lies n'avaient pas le même charme de ses débuts. Peut-être que le metteur en scène voulait prouver à ses détracteurs qu'il était capable de changer de style et de sujet. Avec "Adoration", il revient tranquillement au bercail en accouchant d'une suite bien de son temps de son déjà excellent Family Viewing.

Simon (Devon Bostick) n'est pas un adolescent comme les autres. Ses parents sont décédés alors qu'il était en bas âge et il est élevé par son oncle Tom (Scott Speedman). Influencé par les révélations de son grand-père mourant, il décide de régler le cas de sa famille dans le cadre d'un travail de français, au grand dam de sa professeure Sabine (Arsinée Khanjian). Ce qui devait être un simple devoir se transforme rapidement en un exposé où Simon accuse son père (Noam Jenkins) d'avoir délibérément tué sa mère (Rachel Blanchard). Ses propos font même l'objet d'un populaire "blogue" où le jeune homme peut interagir directement avec des inconnus...

Ce douzième long-métrage d'un surdoué de la caméra ne déstabilisera pas trop ses admirateurs. Il est toujours question de fiction et de réalité (comme dans son excellent documentaire Citadelle, malheureusement inédit au Québec), de mensonges et de vérités. Les points de vue sont nombreux, tout comme les supports (Internet, cellulaire, oraux, etc.) pour les recueillir. Le tout se fond brillamment dans une solide mise en scène peuplée d'ellipses temporelles. L'intrigue, aussi touffue que verbeuse, paraît étonnamment complexe, avant de se résoudre beaucoup trop facilement. Quelques explications tardives qui enlèvent au récit sa profondeur et sa mysticité.

Tout comme dans le récent Three Monkeys du virtuose Nuri Bilge Ceylan, la famille passera un mauvais quart d'heure. Ce qui est connu est constamment remis en doute, alors que la subjectivité prend aisément la mesure de l'objectivité. Ces variables indissociables du cinéma d'Egoyan sont appuyées de prises de position sur la religion et les nouvelles technologies. Si les joutes rhétoriques sur le web fascinent instantanément, les règlements de compte autour du repas familial tendent à prêcher par excès.

Les démonstrations techniques du créateur d'Exotica" sont irréprochables, avec cette utilisation astucieuse des ombres et de la lumière. Quelques scènes lyriques et poétiques jouent avec la nostalgie du moment, rappelant même le mémorable Le violon rouge de François Girard. Les couleurs sombres sont précises, tout comme les contrastes qui font oublier la présence de blocage et parfois même de grain.

Le tout est accompagné d'une trame sonore déstabilisante où les rugissements de Godspeed You Black Emperor se devinent en sourdine, avant de laisser leur place à un violon ténébreux qui fait presque instantanément réagir. Les pistes sonores, efficaces dans leurs façons de titiller les différentes enceintes en faisant ressortir des bruits d'instruments, de sirènes de police, de chien qui jappe et d'avion des multiples haut-parleurs, sont néanmoins concentrées sur les dialogues, nombreux, mais toujours audibles, qui peuvent être secondées par de très visibles sous-titres jaunes.

Malheureusement, l'émotion est parfois défaillante. La démonstration, souvent froide et engourdie, ne permet pas l'implication directe du spectateur, qui aimerait bien être autre chose qu'un témoin impuissant. Ce détachement se répercute sur le plan de l'interprétation, qui est tout de même de très haut niveau. Le jeune Devon Bostick montre une belle sensibilité, Arsinée Khanjian est d'une justesse inouïe et Scott Speedman prouve qu'il est capable de faire autre chose que Underworld. En revanche, leur jeu s'adresse d'abord à l'intellect.

La pochette représente quelques écrans d'ordinateur, renvoyant à une des prémisses de l'ouvrage. Le menu principal reprend ce concept, étonnamment statique, mais accompagné d'une mélodie dramatique. Outre l'éternelle bande-annonce et de la publicité, les suppléments regroupent une discussion à trois qui fait presque office de séquences allongées (tant mieux, le brouhaha des voix n'amène rien de fondamentalement pertinent), des scènes supprimées qui éclairent parfois trop certains enjeux et la création du segment où le violon force la rencontre entre les parents du protagoniste. S'il n'y a aucune piste de commentaires, Atom Egoyan aborde ses thèmes et la création de l'histoire dans le document sur le tournage, et il traite de ses fascinations et de la structure de son récit dans une entrevue un peu trop longue, mais généralement intéressante.

La raison prend constamment le dessus sur les autres organes, ce qui fait d'"Adoration" une démonstration toujours pertinente, mais un peu sèche, qui manque de chaleur humaine pour se lover, à l'instar de The Sweet Hereafter, tout près du cœur. Cela demeure toutefois une œuvre recommandable, si sophistiquée et complexe, qui se visionne plus d'une fois.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments7
Vidéo7
Audio7