All The King's Men
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Steven Zaillian
Année: 2006
Classification: PG
Durée: 128 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
17 décembre 2006

Politique et altération des valeurs sont en symbiose au sein de "All The King's Men", un film miroir qui prend le temps de parler au lieu d'inonder le récit d'action superflue. "All The King's Men" est une œuvre attendue. Pour le meilleur et surtout pour le pire. Un réalisateur à la fiche de route intéressante (Steve Zaillian, le scénariste de Schindler's List) et une brochette d'acteurs talentueux (comprenant Sean Penn, Jude Law, Anthony Hopkins et Kate Winslet), cela ne peut qu'intriguer. Sauf que le nœud du récit faisait peur. À quoi bon reprendre encore une fois cette histoire basée sur l'excellent livre de Robert Penn Warren, gagnant du prix Pulitzer en 1947, après l'extraordinaire adaptation cinématographique de Robert Rossen en 1949?

Certainement pour montrer comment le passage du temps est vain face aux morales douteuses qui pervertissent l'homme lorsqu'il s'engage dans l'engrenage du jeu politique. C'est ce qu'apprend à ses dépens l'idéaliste Willie Stark (Penn), un homme du peuple qui, une fois élu gouverneur de la Louisiane, oubliera rapidement ses belles promesses. Dans sa démesure, il entraînera avec lui un journaliste cynique (Law), une belle âme qui se cherche (Winslet) et des collaborateurs (incarnés entre autres par James Gandolfini, Patricia Clarkson et Mark Ruffalo) pas toujours nets.

S'il est pratiquement impossible d'arriver à la cheville des deux ouvrages créés dans les années 1940, "All The King's Men" version 2006 (en fait, le film devait sortir à Noël 2005) n'est pas dénué d'intérêt. Il faut toutefois faire attention. Il ne s'adresse pas à tout le monde. Les dialogues sont nombreux sans être inutiles. Il faudra rester attentif pour ne pas perdre des motivations importantes à la bonne progression du récit. Des détails souvent drôles et instructifs, renvoyant à des discours ou des actions qui se tiennent à toutes les époques. Sans effort, c'est plutôt la lente descente vers les bras de Morphée. Le spectateur devra également bien connaître l'anglais s'il aspire regarder la version originale.

La mise en scène classique de Zaillian bénéficie d'un rythme certain. Les deux heures passent rapidement et quelques scènes font mouche grâce à leur virtuosité. Comme cette finale attendue, mais néanmoins réussie, où la caméra explore différentes dimensions, forme des ovales, avant de troquer la couleur pour un noir et blanc majestueux. La photographie subjugue l'ensemble en étant luxueuse. Les images sont splendides, tout comme la reconstitution d'époque et le soin accordé aux détails. L'utilisation de teintes grises métalliques offre des contrastes étonnants. Le niveau des détails est impressionnant, surtout lors de cette introduction qui resplendit littéralement.

La musique évocatrice et précieuse de James Horner, sans jamais trop prendre le dessus, est tout à fait adaptée au canevas en mélangeant lyrisme et intimisme. La piste sonore anglophone Dolby Digital 5.1 est très fournie. Les enceintes sont peuplées de multiples bruits divers comme des mélodies, de la pluie, du tonnerre, des sauterelles et même l'écho des cris de Sean Penn! Les voix sont parfaitement audibles et de superbes sous-titres jaunes sont disponibles pour les personnes qui ne saisissent pas tous ces dialogues. La trame sonore francophone est la bienvenue, mais elle est loin d'être géniale. Les voix sont parfois bizarres et les expressions particulières prennent souvent le dessus. Pendant une tranche d'anthologie, le protagoniste principal n'arrête pas de répéter un mot. Vocalement, c'est "cul terreux", les sous-titres dans la langue de Molière disent plutôt "plouc" et du côté de Shakespeare, c'est "Hick"! Il n'est pas difficile de trouver le meilleur langage.

Comme dans la majorité des longs-métrages, les personnages ne sont jamais assez développés et cette production ne fait pas exception. Malgré tout, les bases sont solides. Sean Penn est renversant dans le rôle principal. Il en fait trop et c'est ce qui fait le charme de son Willie Stark. Il gesticule, il gueule, il vit. Ni plus ni moins. Jude Law, pion parmi tant d'autres, est un peu à part du prisme. Il est le narrateur désillusionné, un instigateur qui sera en lien direct avec les différentes strates politiques, familiales, amicales et amoureuses. Le reste de la distribution ne demeure pas trop hétérogène et le manichéisme ne survit guère longtemps.

Étrangement, la pochette de cette œuvre est plutôt banale. Les visages de Penn, Law, Hopkins et Winslet semblent sortir du même cadre et vers le bas, une foule regarde les mimiques d'un politicien. Le menu principal du DVD reflète parfaitement les idées véhiculées. Le protagoniste principal énonce un discours, un montage rapide de plusieurs scènes apparaît et une trame sonore appuyée se fait entendre. La section des suppléments est évocatrice sans combler la totalité des attentes. Il y a deux scènes supprimées un peu longuettes et une finale alternative, encore plus cynique et explicative que celle qui a été gardée dans le montage initial. À un autre endroit se trouvent cinq documentaires totalisant plus d'une heure de matériel. Un segment assez pertinent fait découvrit l'auteur Robert Penn Warren et la nature philosophique de son livre culte. Un autre fort intéressant propose une biographie de Huey Long qui a inspiré le personnage principal. Des politicologues et des images d'archives tentent de mieux saisir l'essence de cet homme inextricable. Une carte de visite publicitaire vante les mérites de la Louisiane, le lieu de tournage qui semble si apprécié de l'équipe technique. Il y a également une discussion animée sur la corruption et les questions morales. Les temps changent, mais le combat entre le bien et le mal persiste. L'endroit qui semblait le plus complet, le fameux "Making-Of", est maigre en informations nouvelles. La démarche du réalisateur semblait faire l'unanimité, Sean Penn voulait à tout prix endosser l'uniforme de ce prisme et les thèmes abordés toucheront différemment les gens. D'accord... et ça ne remplace pas une bonne vieille piste de commentaires qui résumerait tout ça en quelques instants.

Il est facile de ne pas aimer "All The King's Men". Trop de dialogues et trop de protagonistes connus pour une version superflue d'un livre à succès. Pourtant, ces brouhahas sont faussés et alimentés par une vision coincée attardée (acteurs populaires + film potentiel à Oscars + récit extraordinaire = échec sur toute la ligne) où seules les œuvres indépendantes et à petit budget sont intéressantes. Une logique mal intentionnée qui mésestime ce nouveau Zaillian, alors qu'il est tellement supérieur à des entités telles A Civil Action.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments7
Vidéo10
Audio9