Al Pacino: An Actor Vision
The Local Stigmatic / Looking For Richard / Chinese Coffee / Babbleonia: A Documentary
20th Century Fox Home Entertainment

Réalisateur: Al Pacino
Année: 1990 / 1996 / 2000 / 2005
Classification: 14A / PG / 14A / NR
Durée: 56 / 112 / 99 / 54 minutes
Ratio: 1.85:1 / 1.85:1 / 1.85:1 / 1.33:1
Anamorphique: Oui / Oui / Oui / Non
Langue: Anglais (DD51, DD20) / Anglais (DD51) / Anglais (DD50, DD20) / Anglais (DDST)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 4 (2 DVD-9 + 2 DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
30 juin 2007

Avec Dustin Hoffman, Gene Hackman et Robert De Niro, Al Pacino est facilement un des acteurs les plus emblématiques du cinéma américain des années 1970. Après un passage à vide, sa cote de popularité auprès des studios est remontée en flèche au courant de la dernière décennie. Aujourd'hui, il joue dans un peu n'importe quoi, donnant au passage des prestations vibrantes où il en met souvent trop. Contrairement aux nombreux coffrets qui abondent sur le marché, "Al Pacino: An Actor Vision" ne s'intéresse pas à ses plus grands films comme la trilogie The Godfather, Dog Day Afternoon ou Serpico. Il remet plutôt au goût du jour les quelques réalisations de l'acteur et sa passion dévorante pour le théâtre. Voilà trois œuvres uniques et un petit documentaire pour les plus grands admirateurs de monsieur.

Le premier titre à figurer sur cette édition est "The Local Stigmatic", une adaptation de 56 minutes d'une pièce écrite par Heathcote Williams en 1964. Ce moyen-métrage tourné en 1990 reprend fidèlement les éléments de la scène. Il y a donc très peu de personnages, une poignée de décors, une abondance de dialogues et des situations séparées par des fondus noirs. Mais qui n'est pas Glengarry Glen Ross qui veut. Graham (Pacino) est un Anglais fasciné par les lévriers. Après une longue discussion avec son ami Ray (Paul Guilfoyle), il décide de libérer sa frustration sur un comédien acclamé (Joe Maher). Cet opus se veut plutôt verbeux et ennuyant dans sa première partie. Pacino remplit tout l'espace de sa formidable prestation, mais le scénario tourne un peu en rond. Graduellement, un féroce humour noir apparaît. Et dès que Graham commence à perdre la tête, l'entreprise se transforme agréablement en suspense. L'absence presque totale de musique et des images à la luminosité douteuse n'aident surtout pas le visionnement qui se veut parfois frustrant. Quelques suppléments intéressants sont néanmoins présents. Dans sa piste de commentaires, le comédien de Scarecrow parle avec émotions et sensibilité des enjeux et des thèmes de son bébé. En avant-propos, il explique sa démarche et en guise de conclusion, il discute avec le réalisateur David F. Wheeler des influences, de la recherche de style et des difficultés de la transposition. Il y a finalement une bande-annonce de "Looking for Richard", la prochaine œuvre au menu.

Le seul titre véritable connu du coffret est sans doute "Looking for Richard". En 1996, Pacino et son équipe technique interrogent des gens sur William Shakespeare et il cherche à mettre en images son classique Richard III. Malgré une distribution impressionnante et des apparitions éclair de figures renommées comme Alec Baldwin, Kevin Spacey, Winona Ryder, Kevin Kline et Vanessa Redgrave, cette docu-fiction s'avère assez intimiste. L'ancien maire de City Hall s'intéresse longuement au processus de création et il jette la lumière sur des chefs d'œuvres de la littérature et du théâtre qui n'arrivent plus à trouver un large public au 21e siècle. Les plans saturés de grains succèdent à des images beaucoup plus belles, comme une trame sonore bucolique peut devenir soudainement déchirante. En introduction, Pacino explique les raisons qui l'ont lancé dans l'aventure et à la fin, Baldwin et lui vont encore plus loin sur les différentes façons d'interpréter l'objet. Fort instructif.

Le film "Chinese Coffee" réalisé en 2000 par l'acteur qui a remporté un Oscar pour Scent of a Woman est sans doute le récit le plus simple et touchant du lot. Cette interprétation d'une pièce d'Ira Lewis met à l'épreuve l'amitié de deux hommes sur un fond d'évolution et de réalisation. Harry (Pacino) est pauvre et il vient d'écrire un nouveau livre. Son comparse Jake (Jerry Orbach) est loin d'avoir apprécié le résultat final, car les mots semblent trop décrire son propre jardin intérieur. La testostérone vocale et les règlements de compte ne peuvent que ressurgir. De judicieuses ellipses temporelles s'évadent de ce huis clos spirituel qui confronte l'être humain à ses peurs et à ses démons. En dotant le tout de belles couleurs et d'une trame sonore aux émotions prédominantes, Pacino ne pouvait se tromper. Et lorsqu'il parle des sacrifices du métier d'artiste, il le fait toujours avec doigté. Lors du prologue et de l'épilogue, le brillant acteur de l'excellent Angels in America évoque les origines de la pièce pendant qu'Orbach discute amplement des personnages. Dans sa piste de commentaires un peu blasés, il parle de son parcours à Greenwich Village et des années 1980 qui n'ont pas été très tendres envers lui.

Le documentaire "Babbleonia" produit en 2005 complète le tout. Pendant 54 minutes, Al Pacino s'entretient avec le professeur de cinéma Richard Brown. Une fois que le robinet de paroles est ouvert, il est pratiquement impossible de le fermer. Le comédien de Merchant of Venice raconte surtout sa fascination pour le théâtre. En direct de l'Actor Studio, il fait découvrir la scène tout en abordant les différences entre les formes d'arts. Ses mots, fascinants, ne peuvent que faire réfléchir. Les répétitions nécessaires, le rôle de l'inconscience, la présence du réel, la foule omniprésente, l'impact de la pièce "Paradise Now": aucun détail n'est laissé au hasard. À la fin, il touche un peu timidement au cinéma, à toutes ces caméras et à ces longues périodes d'attentes entre deux prises. En voilà un qui s'entendrait bien avec Orson Welles, Laurence Olivier et Kenneth Branagh. La réalisation artisanale, le plein écran limite et l'absence de bonus sont un peu décevants. Le cours magistral en vaut cependant la peine.

Avec son boîtier très classe dans des tons de noir et de gris, "Al Pacino: An Actor Vision" va immédiatement attirer l'attention de tous les gens qui le connaissent le moindrement. Cependant, par ses sujets théâtraux et son niveau artistique particulier, les sélections sont loin d'être aussi accrocheuses que des récits comme Heat, The Insider ou Insomnia. Il faudra donc être un fan inconditionnel pour adhérer totalement à cette démarche ou simplement voir quelque chose de différent. Il s'agit néanmoins d'un très bel objet qui en dit long sur un des comédiens les plus marquants des 40 dernières années.


Cotes

Film6/8/8/7
Présentation6
Suppléments5
Vidéo6
Audio6