The American
Alliance / Focus Features

Réalisateur: Anton Corbijn
Année: 2010
Classification: 14A
Durée: 105 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51), Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935842439

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
22 décembre 2010

D'une lenteur pleinement assumée, "The American" est un plaisir incommensurable pour les sens tout en étant un fascinant hommage aux films noirs des années 1950 et 1960. Bien que les amateurs d'action seront déçus, les autres y trouveront largement leur compte au sein de cette oeuvre contemplative à souhait.

Un tueur à gages (George Clooney) est de passage en Italie pour remplir un contrat. Il se prépare minutieusement, prévoyant tout d'avance pour éviter d'être pris de court. Pendant ses moments libres, il discute avec un membre de l'Église ou il paye une visite à une prostituée. Rien ne sera simple, il y a toujours quelqu'un qui apparaît pour essayer de l'éliminer. Pourquoi ce sera différent cette fois-ci?

En compagnie de The Last Exorcism, "The American" est un nouvel exemple que les bandes-annonces sont souvent trompeuses. Ici elles ne sortent guère de l'ordinaire, s'adressant à tous les amateurs de James Bond avec son rythme endiablé et ses cascades à l'emporte-pièce. De quoi attirer une clientèle qui ne risque pas toujours d'être habituée à ce type de long-métrage.

Le film s'apparente plutôt à un anti-Jason Bourne. L'histoire réduite au minimum (il s'agit d'une adaptation du livre A Very Private Gentleman de Martin Booth) revisite le mythe du tueur solitaire qui erre sans jamais trop savoir trop quoi faire. Il ne parle pas beaucoup, préférant observer le monde qui l'entoure, la botte italienne en occurrence. L'antihéros a un certain sens de l'humour, appartenant autant à l'univers d'un Jean-Pierre Melville que d'un Jim Jarmusch.

Tout cela serait le plus normalement du monde si le metteur en scène n'avait pas eu l'audace d'étirer ses plans. Dès cette introduction très scandinave, le temps semble s'arrêter, ce qui peut expliquer que les enjeux ne semblent pas plus importants qu'une discussion métaphysique avec un prêtre. Ce choix de privilégier l'atmosphère au détriment du récit en tant que tel nage à contre-courant de la tendance dite normale des productions américaines. Ici le suspense se développe en filigrane, au moyen de seulement trois scènes d'action, alors que c'est la trame sonore sentie qui baigne les situations dans l'émotion.

Ce traitement ne surprendra personne qui est initié aux travaux du cinéaste Anton Corbijn. Ce photographe qui a fabriqué l'image mythique de U2 et de Depeche Mode a déjà offert par le passé le magnifique Control qui relatait l'existence du chanteur de Joy Division. Le réalisateur a une vision: il ne fait pas du divertissement, mais des films d'arts et d'essais. Cela explique sa façon de fabriquer des toiles qui respirent, soignant les moindres détails et plans de caméra. Surtout que le metteur en scène néerlandais prend des risques, présentant quelques scènes osées qui auraient été coupées par presque n'importe qui d'autre.

Cette obsession visuelle ne serait qu'un exercice de style sans son scénario simple qui tend de plus en plus vers la gravité. Peu importe que la conclusion soit prévisible, l'intérêt ne réside pas là. Mais plutôt dans le désir d'être réellement du protagoniste qui sent que sa vie n'est qu'une éternelle répétition: une existence de fuite et d'amours déchus. Cela ne fait que renforcer cette très belle pochette, clin d'œil ingénieux au Vertigo d'Alfred Hitchcock.

Et George Clooney là-dedans? Le plus glamour des acteurs hollywoodiens vieillis décidément très bien, jouant à la perfection un rôle qui aurait pu être tenu à une autre époque par Steve McQueen. Pour une fois il n'est pas obligé d'user de son charme naturel et de ses sourires en coin pour séduire. Au contraire, son corps parle davantage que ses mots, et le comédien n'a aucune difficulté à élever constamment son jeu intériorisé.

La rare musique se veut atmosphérique et mélodique, développant une certaine tension par ses notes de piano. Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 sont efficaces sans être complètement immersives, faisant ressortir des haut-parleurs des bruits de tirs, d'avions, de cloches, de voitures et de foule. Les dialogues sont compréhensibles, il y a de très visibles sous-titres blancs en option, et même la possibilité d'opter pour une piste sonore descriptive afin de combler les gens non-voyants. L'image demeure solide, avec ses teintes éclatantes, ses couleurs précises et ses contrastes parfaitement homogènes. Un peu de blocage peut toutefois se faire ressentir.

Un peu de publicité apparaît une fois l'insertion du disque. C'est ensuite au tour du menu principal du DVD, représentant le héros qui court devant un fond orange et blanc. Cette image se veut en mouvement, alors que la mélodie haletante donne le goût de tout regarder le plus rapidement possible. Les suppléments auraient pu être plus volumineux. Il y a six minutes de scènes supprimées un peu inutiles, un documentaire qui permet au créateur de parler de sa fascination pour les westerns, ainsi que d'une piste de commentaires. Avec sa voix légèrement endormante, Anton Corbijn analyse ce qui se retrouve sous ses yeux (par exemple l'apport de la lumière et des ombres), y allant de quelques anecdotes sur le tournage qui n'a pas semblé de tout repos.

Peut-être à ne pas consommer après une longue journée de travail, "The American" demeure un hypnotisant opus qui renouvelle d'une très belle façon le thème éprouvé qu'est la rédemption. Comment pouvait-il en être autrement de la part d'une association Clooney-Corbijn? Lorsque le cinéma d'auteur se veut éclatant.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments6
Vidéo8
Audio7