American Gangster
2-Disc Unrated Extended Edition
Universal Studios Home Video

Réalisateur: Ridley Scott
Année: 2007
Classification: 18A
Durée: 158/177 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51 - Rated)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
24 février 2008

Possédant une feuille de route le rendant presque impossible à cataloguer, Ridley Scott a su se tailler une place de choix dans le cinéma postmoderne. Passant du chef-d'œuvre génial (Alien, Kingdom of Heaven) aux bons films (Matchstick Men, A Good Year) en passant par les mauvais (White Squall), ce réalisateur déjà considéré par plusieurs comme étant une légende vivante, s'attaque maintenant au monde du crime (abordé de manière passagère dans un Hannibal de triste mémoire) avec "American Gangster", démontrant une nouvelle fois le talent irréprochable du sieur à filmer la brutalité de l'humain, sa quête personnelle et son environnement, le tout dans un emballage signé de main de maître par une mise en scène percutante. Un film à voir absolument sinon à se procurer sous bref délai.

Dans une allée silencieuse, un homme attaché est aspergé d'essence. Un complice gratte une allumette, cette dernière terminant sa trajectoire sur la victime prenant immédiatement feu. Aux côtés du complice se tient l'orchestrateur, Frank Lucas (génial et très efficace Denzel Washington). L'homme au regard insensible sort une arme à feu et sans mot dire, plombe la torche humaine. Après la mort de celui qui lui a enseigné tout ce qu'il sait, Frank Lucas poursuit les activités pour se rendre compte que l'héroïne est la came de l'avenir. Cependant, Lucas désire offrir plus que le revendeur typique : une marchandise pure à 100%, sans aucun compromis nommée Blue Magic. Parallèlement, alors que ce dernier effectue une montée vertigineuse au pouvoir, Richie Roberts (brillant et adéquat Russell Crowe) est l'agent de police qui sera chargé de trouver la mystérieuse silhouette pouvant se procurer de la drogue pure et la revendre deux fois moins cher, créant ainsi deux fois plus de victimes.

Film pour lequel on lui pardonnera sans problème le douteux Hannibal, "American Gangster" pose les balises dès la première minute sur le personnage de Frank Lucas, un homme sans compromis, sans remords, ne faisant aucun faux pas. L'univers parallèle entre Lucas et Roberts est mis en évidence dans chaque scène, créant ainsi la différence entre les deux hommes et pourquoi l'un d'eux devra éventuellement tomber. Métaphore du bien et du mal, critique de la société dans laquelle le crime paie davantage que l'honnêteté (ce fabuleux montage de l'action de grâce comparé entre la luxueuse maison de Frank et sa famille contre un appartement minable dans lequel son locataire se fait un fixe), le réalisateur ne laisse place à aucune ou si peu de fantaisie, préférant notamment s'attarder à un réalisme bluffant, une férocité de plomb et une réalisation habile, donnant toute son ampleur aux deux univers étudiés avec justesse. New York est filmée avec une attention telle que Woody Allen pourrait en rester jaloux. Dans le monde du trafic de la drogue et de sa contrepartie, la loi, il n'y a que des nuances de gris, beaucoup de noir, et des couleurs rarement éclatantes, aspect magnifiquement pris en charge par la recherche maladive et minutieuse. On pourrait dire que le cheminement, l'expérience de Ridley Scott lui a permis de faire le film puisque le réalisateur pressenti au départ, Antoine Fuqua, n'aurait certes pas été à la hauteur des mêmes attentes. La première moitié du titre "American", n'est même pas vue sous l'angle habituel du drapeau tricolore étoilé, jouant plutôt sur l'ambiguïté de la signification du terme dans cette période, complétant ainsi le message du réalisateur envers nos voisins du Sud. Un film somme toute génial.

Côté suppléments, on nous offre une belle panoplie, dont une piste de commentaires de Ridley Scott et du scénariste Steve Zaillian, les deux ayant déjà collaboré ensemble auparavant, livrant ici une piste riche en détails et en anecdotes (Ridley Scott connaît très bien son sujet). Autre particularité est la possibilité de visionner le film dans sa version non coupée, proposant ainsi 18 minutes de plus. Des scènes approfondissant les personnages notamment, pour rendre le drame encore plus soutenu qu'il l'était déjà, des ajouts confirmant ce que l'on savait : un putain de bon film. Sur le second disque, on retrouve des scènes coupées, dont une scène d'ouverture différente, qui n'aurait assurément pas eu le même impact, un documentaire de 80 minutes explorant les diverses facettes de la production sans censurer un intervenant (félicitations, Universal, enfin un documentaire qui ne verse pas dans l'argumentation de vente!) et trois dossiers en lien avec la collaboration, la finale et les tests véridiques de drogue. Une édition 3 disques existe et contient pas moins de 5 heures d'extras. Celle-ci est déjà très bien fournie et se mérite une place de choix dans toute collection.

L'image est soigneusement travaillée, rendant l'atmosphère granuleuse recherchée par le réalisateur en tout instant. La couleur s'efface au profit de personnalités colorées, offrant une saturation limitée, mais combien réaliste. Les actions sont fluides autant que les gestes et les arrières-plans sont riches en détails. En aucun instant est-il possible de remarquer la moindre erreur, la moindre compression exagérée. Superbe! Le son, éclatant de rage, saura vous en mettre plein la vue (ou les oreilles, vous décidez). L'expérience est tout bonnement complète et réussie sur tous les niveaux. La page principale vous offre immédiatement de plonger soit dans la version en salles ou celle totalisant près de 3 heures (en anglais seulement). Le menu de chaque version, essentiellement le même, surplombe la ville de New York avec une musique du film et une petite animation. Le reste demeure fixe mais pas dénué de musique. Quant au second disque, c'est du pareil au même, quoique bien orchestré et donnant le ton du film que l'on s'apprête à voir.

Ridley Scott poursuit son ascension au sommet des meilleurs cinéastes de notre temps. Depuis Blade Runner, il peut compter sa place au panthéon des Spielberg, Lynch, Jackson et autre Raimi. Le film dépeint une Amérique en train de mourir, d'un regard dur, sans (au risque de le répéter) édulcoration. Dès l'entrée en matière, on ne badine pas avec les détails inutiles puisque l'on entre directement dans la tête de Frank Lucas et Richie Roberts. Laissons donc Ridley Scott faire ce qu'il sait le mieux : nous monter le vrai visage de l'humanité dans ses deux oppositions diamétrales.


Cotes

Film10
Présentation7
Suppléments8
Vidéo10
Audio10