Un ange à la mer
Alliance Vivafilm

Réalisateur: Frédéric Dumont
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 85 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935834434

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
25 avril 2010

Stefie Shock aurait pu chanter "Un ange à la mer, pour chaque père amer" tant la phrase décrit avec exactitude le film de Frédéric Dumont. Poétique, douloureux et prenant : ce premier long-métrage s'avère une très belle réussite.

Louis (Martin Nissen) a 12 ans et il habite au Maroc. Il passe ses journées à l'école ou à jouer avec son grand frère Quentin (Julien Frisson), prenant bien soin d'écouter les directives de maman (Anne Consigny). Papa (Olivier Gourmet) revient finalement à la maison, lui qui a dû s'y absenter pendant une longue période pour son travail. Le père de famille, maniaco-dépressif, est en train de faire une rechute, se laissant peu à peu envahir par les ténèbres. Un jour, il révèle un lourd secret à son fils cadet, ce qui aura de terribles répercussions sur le gamin.

Coproduction entre la Belgique et le Canada, "Un ange à la mer" n'a presque rien à voir avec le précédent effort conjoint entre ces deux pays qui ont donné l'excellent Congorama de Philippe Falardeau. Il s'agit plutôt d'un drame intimiste, filmé au plus près, qui épouse son difficile sujet (la maniaco-dépression) sans faire de concession. Le récit est sans cesse en équilibre entre la beauté et la terreur, la fragilité et la dureté, la lumière et la noirceur, qui s'exprime par une atmosphère suffocante et des ombres qui envahissent régulièrement l'écran, laissant les protagonistes dans le noir avec leurs tourments.

Sans nécessairement éviter certains pièges dramatiques (métaphores parfois appuyées, lourdeurs de quelques passages), le scénariste et réalisateur Frédéric Dumont affiche une belle authenticité, échappant généralement au mélo tout en développant un regard triste et sensible sur l'enfance, un âge d'apprentissage où les influences extérieures sont primordiales au développement d'une pensée et d'une identité.

Sa compréhension de la famille et sa maîtrise des personnages sont possiblement ses plus belles qualités. Il plonge dans le malaise complexe sans jouer la carte du voyeurisme, prenant comme témoin un jeune garçon qui est déjà sur son chemin de Damas. Ce qui est trop loin de ses yeux n'a pratiquement pas d'intérêt, comme ces Canadiens (Pierre-Luc Brillant, Louise Portal) qui alimentent peu l'histoire. Cependant, dans sa tribu immédiate, il est le témoin presque omniscient - donc angélique - de l'éclatement de la cellule, rongée de l'intérieur par cette terrible maladie. Le regard de Louis permet de saisir l'inquiétude et le désarroi de la mère, superbement interprétée par une Anne Consigny au sommet de sa beauté et de sa délicatesse, et de la figure du père, où Olivier Gourmet donne une de ses plus belles prestations en dehors du registre des frères Dardenne. Deux pôles chargés d'émotions qui referment le triangle de l'imprévisibilité sur le héros, campé avec justesse par l'étonnant Martin Nissen.

La belle musique parfois un peu trop omniprésente utilise à bon escient des cordes hyper mélodiques et quelques airs arabes. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est efficace dans sa façon de faire ressortir des bruits de vent, de voix et de vagues des différentes enceintes. Les dialogues généralement audibles peuvent compter sur de très visibles sous-titres blancs en anglais et en français. Les images claires aux couleurs précises et aux teintes parfois spectaculaires (les effusions de bleu et de vert) fracassent continuellement l'ombre et la lumière. Une confrontation nécessaire selon les thèmes abordés, et dont la qualité des contrastes s'en sort haut la main. Des traces de grain et de blocage empêchent toutefois une satisfaction totale et complète.

La pochette lumineuse montre la mer et un jeune garçon qui prend ses jambes à son cou. Plus élaboré est le menu principal du DVD, avec cet harmonieux montage de séquences et cette douce mélodie à la guitare qui évoque le rêve, l'évasion. L'unique supplément disponible en est un de qualité. Il s'agit d'une piste de commentaires narrée par le metteur en scène Frédéric Dumont et par Jean-Benoît Gabriel, un professeur de cinéma. L'échange entre les deux mérite le détour, tout comme les explications du cinéaste qui revient sur son enfance, son cheminement et ses choix artistiques.

Soutenant l'attention pendant ses 85 minutes malgré quelques répétitions, demeurant dans la morosité de l'âme en faisant abstraction de ces quelques moments de folie (les amateurs de chats n'ont qu'à bien se tenir), "Un ange à la mer" est un récit poignant et enrobant, nuancé et bouleversant, qui change du traditionnel mélodrame.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments4
Vidéo7
Audio7