$9.99
E1 Entertainment

Réalisateur: Tatia Rosenthal
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 78 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212100024

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
12 mars 2010

Dessin animé qui pourrait très bien chauffer Coraline, Ponyo, La traversée du temps et Mary & Max dans la catégorie des meilleures animations de la dernière année, "$9.99" est un exutoire intelligent et philosophique qui s'interroge sur le sens de l'existence.

Israël semble être le nouveau bastion du dessin animé qui fait réfléchir. Après le magnifique Valse avec Bachir, aisément un des films les plus réussis de 2008, voilà que débarque "$9.99" de la cinéaste Tatia Rosenthal qui est basé sur de courtes histoires de l'écrivain Etgar Keret. Cet essai, visiblement inspiré du fascinant Waking Life de Richard Linklater pour ses dialogues abondants et méditatifs, se plaît à analyser la société ambiante.

Dans un immeuble à appartements, de grands et de petits drames se vivent constamment. Un jeune homme sans emploi qui s'entend mal avec son père met la main sur un livre révélant le sens de l'existence. Son frère passe ses journées auprès d'un mannequin anorexique. Un veuf se sent seul et délaissé. Son voisin du dessous aimerait bien reconquérir sa fiancée. Un garçon commence à économiser pour s'acheter l'objet de ses rêves. Et il y a un sans-abri qui décide de mettre son entourage à l'épreuve. Ces individus se croisent sans se connaître réellement, cherchant le bonheur à des endroits où il n'y en a pas toujours.

Ce long-métrage d'à peine 78 minutes se laisse apprécier de différentes façons. Les individus plus cérébraux et raisonnés se passionneront à dresser des ponts avec le réel. Le tout débute rapidement avec la magnifique scène d'introduction qui risque de donner des frissons dans le dos. Subtilement, la réalisatrice déploie ses fils, s'intéressant ici à la surconsommation, là à l'envahissement de la publicité. Il sera question d'argent, du culte de la beauté superficielle et du sort des laissés-pour-compte, des thèmes traités avec savoir-faire qui ne servent jamais à faire la morale.

De cette mélancolie ambiante dominée par la solitude émanent des bribes comiques portés par une charge surréaliste. Soudainement, la fantaisie brille de ses plus belles couleurs, adoucissant quelque peu le ton gris au passage, rendant le cœur plus léger. Sans crier gare, des lilliputiens à la Amélie Poulain apparaissent, un ange sorti de The Hudsucker Proxy fait son entrée et une histoire d'amitié avec un cochon tirelire rendra les yeux mouillés. L'évasion est parfois le meilleur moyen de faire disparaître le morne quotidien, surtout lorsqu'il baigne dans la poésie et l'originalité.

La technologie utilisée - si charmante et unique - ne peut que venir relever ce concept déjà très alléchant. Il y a des marionnettes, des éléments en deux dimensions et de l'animation image par image, dont le résultat final se rapproche quelque peu des visions de Selick, de Burton et du studio Aardman. Les images aux multiples détails n'éliminent pas totalement le blocage, mais elles surprennent par leur vigueur, leurs traits affilés, leurs contrastes presque parfaits et la richesse des couleurs utilisées.

Le tout est bercé par une musique particulièrement mélodique de Christopher Bowen, et des voix tout à fait adaptées aux personnages. Dans le lot, il est possible de reconnaître le timbre sonore si particulier d'Anthony LaPaglia et celui, beaucoup plus outrancier et ironique, de Geoffrey Rush, qui campe un étonnant et inoubliable sans-abri. Les différentes pistes sonores utilisent quelques bruits de tous les jours (cris de foule, coup de revolver, télévision, sirènes, une bière qui se décapsule) afin de camper une judicieuse atmosphère. Puisque les dialogues sont nombreux et que parfois un mélange d'accents se fait ressentir, il ne faut pas hésiter à insérer de visibles sous-titres jaunes en anglais ou en français.

L'étonnante et féerique pochette montre un ciel, une ville, un cochon volant et un homme barbu et mal habillé qui possède les ailes d'un ange! De quoi piquer immédiatement la curiosité. Le menu principal du DVD s'ouvre sur un montage rapide de scènes et une vibrante mélodie. La combinaison entre le son et le visuel fonctionne haut la main. En plus de quelques bandes-annonces ventant des films qui semblent alléchants, les bonus offrent la chance de voir deux courts-métrages du tandem Rosenthal/Keret. Le premier reprend avec presque le même découpage l'introduction, alors que le second explore comment un élément insoupçonné peut venir dérégler la routine établie. Trop court, mais c'est mieux que rien.

Par ses personnages bien campés, ses tranches de vie si réalistes et ses ruptures de ton, "$9.99" peut rappeler le Magnolia de Paul Thomas Anderson ou quelques essais de Robert Altman. Le tout est enrobé dans une forme d'une beauté particulière, toujours agréable à regarder, et dont le manque de rythme est compensé par une horde de détails d'une justesse inouïe qui font passer par toute la gamme des émotions. De loin, cela ne semble peut-être pas aussi intrigant qu'un Walt Disney ou un Pixar, mais de près, la magie s'avère tout aussi éclatante.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments3
Vidéo8
Audio7