Broken Saints
The Animated Comic Epic
20th Century Fox

Réalisateur: Brooke Burgess
Année: 2001
Classification: NR
Durée: 626 minutes
Ratio: 1.66:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DD51, DDST)
Sous-titres: Anglais, Espagnol, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 4 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
13 août 2006

Une des séries animées les plus originales et songées de la décennie transcende l'Internet pour arriver en format DVD. Pour les fans, le plaisir atteint de nouveaux sommets. Quant aux néophytes, le visionnement de "Broken Saints: The Animated Comic Epic" procurera une expérience unique qui risque de bouleverser de nombreuses existences.

Pendant que la Terre se meurt, quatre individus sont habités par des visions prophétiques. Il y a la jolie fille sauvage Shandala, l'informaticien Raimi, le mercenaire Oran et le vieux sage Kamimura. À leur manière, ces personnes opposées se rapprocheront du but, une société futuriste répondant au nom de Biocom qui cherche à asservir la planète. Folie ou réalité? Illusions chimériques ou illuminations salvatrices? Les éternels questionnements ne font que commencer.

Cette série créée par Brooke Burgees, Ian Kirby et Andrew West, trois Canadiens qui avaient beaucoup trop de temps libre, a été diffusée directement sur Internet de 2001 à 2003. L'épisode final a été suivi par plus de trois millions de personnes à travers le monde, un succès populaire doublé de critiques élogieuses de différentes publications (Entertainment Weekly, USA Today, etc.) et même d'un prix remporté au festival de Sundance. Si les onze heures sont séparées en vingt-quatre chapitres, ceux-ci ne sont pas d'égale durée et varient de neuf à quatre-vingt-trois minutes! Voici une liste complète des différents segments:

"Broken Saints" est une animation s'adressant directement à l'âme. Les thèmes abordés sont multiples et ils mélangent la politique à la spiritualité. En regardant le tout, le spectateur est invité à voyager au-delà des apparences et à se forger sa propre opinion du monde qui l'entoure. Les religions, le rôle de l'informatique, la guerre en Irak, les éternelles questions où vais-je?, qui suis-je?, pourquoi est-ce qu'il y a de la vie?: de nombreux sujets qui modifient la façon de penser et de percevoir les éléments. À travers quatre archétypes, c'est l'histoire de l'humanité qui est abordé avec des métaphores et des transpositions incroyablement efficaces. Chaque épisode s'ouvre avec une citation célèbre (Edgard Allan Poe, Nietzsche, Albert Einstein, etc.), rendant les actions encore plus mystérieuses. Le rythme lent et verbeux peut paraître prétentieux, il faudra faire des efforts pour ne pas décrocher. Les plus patients seront récompensés d'une œuvre majeure, à ranger immédiatement à côté du précieux Paranoia Agent de Satoshi Kon tant les univers peuvent être similaires.

À sa première vie sur l'ordinateur, cette série était uniquement constituée de dessins en deux dimensions. Le mouvement était orchestré par le logiciel Flash et il était assez particulier. Pour suivre l'histoire, des bulles de bandes dessinées apparaissaient. Ce procédé est bien entendu présent sur les DVD. Même qu'il a été enrichi au passage d'effets spéciaux sidérants utilisant pleinement les capacités technologiques. Les cyniques chercheront le moindre défaut et ils seront déçus. La qualité de l'image est exceptionnelle. Le dessin est beau, les couleurs sont enivrantes et il n'y a aucun artefact apparent. Les sous-titres anglophones, espagnols et francophones sont très apparents et si les erreurs grammaticales sont nombreuses, la compréhension du récit n'en est jamais altérée.

En plus du traditionnel texte, une option permet de donner des voix aux protagonistes. Cette façon de les rendre encore plus vivants est accompagnée d'une multitude de bruits comme des animaux et des échos qui s'accaparent des haut-parleurs situés sur le côté. La piste sonore Dolby Digital 5.1 est profonde et très bien développée. Non seulement la perspective des récits est modifiée, mais il n'y a rien qui vient heurter les voix. Au contraire, elles sont toujours très audibles, triomphantes dans cette marre auditive riche en surprises. Cette atmosphère joyeusement suffocante bénéficie de la musique légendaire du compositeur Tobias Tinker. Les jours tristes passent par un piano puissant et émotionnel. Une trame sonore à se procurer le plus rapidement possible.

L'enrobage de cette épopée est tout à fait exceptionnel. Il y a un plastique à l'effigie des quatre héros en guise de protection. Cet élément est un peu inutile et se détériore assez rapidement, mais l'idée est séduisante. Le coffret sombre et foncé montre un lieu énigmatique. Des citations sont présentes un peu partout et il y a deux livrets. Le premier résume les épisodes, alors que le second est un plan incongru assez incompréhensible. Une fois l'insertion du DVD, différents menus en mouvement apparaissent, les personnages et l'espace se succédant rapidement. La musique spirituelle annonce immédiatement les couleurs et propose une entrée en matière assez réussie. Les suppléments, extrêmement nombreux, sont éparpillés sur les quatre disques. Le seul élément commun demeure ces pistes de commentaires forts instructives des différents créateurs. Leurs propos brisent parfois un peu trop la magie, il faudra les écouter avec prudence.

Assez peu orthodoxe, le premier DVD en est un d'introduction. Il est possible d'accéder aux rôles de chaque personne à travers des textes un tantinet trop petits. Les douze instances suivantes sont alignées sur une carte astrale, entre icônes apparentes et celles davantage dissimulées. Il y a un documentaire assez intéressant sur la production, un autre sur la nécessité de trouver des bons doubleurs et une discussion animée de 50 minutes provenant directement de l'institut d'art de Vancouver. Ce dernier est assez technique, sauf que les questions du public renforcent graduellement l'intérêt. Au niveau des bandes-annonces, il y en a sept: trois de qualités variables, une sur le futur jeu vidéo, une autre sur la trame sonore et les deux dernières sur les films Donnie Darko et Office Space. Une pièce musicale jouée par le compositeur Tobias Tinker et trente seconde de franches rigolades sont de la partie en cliquant sur des minuscules points rouges.

Le second DVD est divisé en trois sections distinctes. "Buzz" est en lien avec tout ce qui touche le domaine des médias. Il y a six entrevues télévisuelles ou radiophoniques où les trois créateurs parlent de leurs influences, de la difficulté de ne pas être commercial, du succès presque instantané, des longues heures à se casser la tête, du choix de ne pas inclure de publicités sur le site, etc. Les premières questions sont très intéressantes... mais il y a énormément de répétitions au fil du temps. Un court montage passant un peu trop rapidement présente les récompenses et des critiques de la presse écrite. Plus imagée et fascinante est cette présentation de la compagnie Biocom, une pièce maîtresse de l'histoire. C'est une bonne idée d'accéder à cet endroit si la trame narrative paraissait un peu floue et nébuleuse. Sauf que les réponses ne sont pas données facilement. Il faudra décortiquer et agencer comme un casse-tête les différents éléments afin de saisir l'essence créative du scénario. Une présentation publique d'Indianapolis de Brooke Burgess est également disponible et il reparle avec véhémence de ses débuts, de sa démarche, de ses inspirations...

Sans doute plus immédiat est ce troisième disque. Huit courts-métrages réalisés par des fans sont inclus et il y en a quelques-uns qui sont plutôt réussis. Environ une heure de plaisirs coupables par l'entremise de mordus qui n'hésitent pas à sacrifier des dizaines d'heures de leur temps pour assouvir une passion. Un arbre généalogique présente les différents personnages, leurs amis et leurs adversaires. Ces indications sont encore une fois nécessaires à la bonne compréhension du récit. Le reste se retrouve directement sur l'Internet. En insérant le DVD dans l'ordinateur, de nouvelles sections du site web s'ouvrent et donnent accès à des MP3, des fonds d'écran et bien plus encore.

Le dernier disque est basé principalement sur les documentaires. Il y en a un sur l'apport de la trois dimensions, un autre sur le montage et un dernier présentant des dessins. Tinker parle de la musique et il interprète même une version au piano. Une courte entrevue inutile plus près de la publicité est disponible, tout comme un épisode utilisant seulement des croquis. Une comparaison de la séquence d'introduction montre les changements perpétrés par la sortie de ce coffret. À un endroit différent se retrouve un énième essai expliquant encore la réussite de la série et un montage anecdotique de 24 minutes du voyage vers Sundance.

À la fois divertissant et songé, "Broken Saints: The Animated Comic Epic" est un ravissement sur toute la ligne. Le dessin est joli, la musique toujours mémorable et les suppléments laissent béats tellement ils sont nombreux. Avec une histoire aussi recherchée confrontant les certitudes les plus élémentaires, il n'est pas rare d'évoluer. Une pièce d'orfèvre à chérir à la moindre occasion.


Cotes

Film9
Présentation10
Suppléments10
Vidéo10
Audio10