Alice (Neco z Alenky)
First Run Features

Réalisateur: Jan Svankmajer
Année: 1989
Classification: NR
Durée: 84 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 9
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
12 février 2004

Il existe près d'une douzaine d'adaptations filmées du classique de la littérature "Alice In Wonderland" de James Carroll. De la première version muette du Britannique Cecil Hepworth en 1903, en passant par celle de Norman Z. McLeod en 1933, où Gary Cooper interprète le Chevalier Blanc, jusqu'à la plus connue, celle de Disney en 1951 qui vient d'ailleurs tout juste de réapparaître dans une superbe présentation DVD remasterisée. Cependant, la version Disney, étant de loin la plus connue et la plus populaire, est tellement présente dans notre subconscient qu'on a tendance à penser que cette histoire légère d'une petite fille dans un monde magique constitue une adaptation fidèle du roman alors que certains des aspects les plus hasardeux et troublants en ont été évacués. Évidemment, il n'est pas dans les habitudes de Disney de faire peur aux enfants.

En 1988, le maître de l'animation Tchèque Jan Svankmajer, spécialiste du "stop motion animation"(1), dont les films ont la particularité de mélanger adroitement animation et séquences filmées avec de vrais acteurs, a accouché de "Alice", une version étrange et tordue à l'opposé de celle de Disney, sorte de croisement entre "Alice In Wonderland" et Eraserhead.

La jeune Alice (Krystina Kohoutovä, la voix de Camilla Power), assise dans sa chambre, observe un lapin empaillé prendre vie, s'extirper de sa cage de verre, et disparaître dans le tiroir d'un bureau. Elle le suit et émerge dans un monde étrange et macabre, où cohabitent un bric-à-brac d'instruments rouillés, de jouets brisés, de spécimens dans des bocaux et d'animaux empaillés. Svankmajer conserve les éléments familiers de l'histoire, mais les déforme en utilisant une imagerie bizarre rendue encore plus insolite à cause de l'aspect saccadé propre à ce style d'animation. La chenille, par exemple, deviendra un bas avec des dentiers et des yeux globuleux, pendant que d'autres créatures se matérialiseront sous forme de crânes d'animaux surplombant des corps mal adaptés qui "saignent" le bran de scie. Alice elle-même se transformera en poupée de porcelaine et pourra ainsi suivre le lapin en passant par des portes minuscules, des corridors sombres et étroits et les tiroirs des commodes. Le récit est, tout au long, ponctué de gros plans sur les lèvres d'Alice qui raconte l'histoire.

Visuellement, l'image proposée par le DVD de First Run Features est adéquate. Malgré quelques débris, taches et égratignures apparaissant à l'occasion, l'image est généralement claire, et le contraste adéquat, sauf lors de certaines scènes plus sombres où l'on note une perte au niveau des détails. La piste sonore stéréo est concentrée dans les avants, mais ne souffre d'aucune distorsion apparente, tant au niveau des dialogues (peu nombreux) que des effets sonores. Ces derniers, constitués principalement de craquements, grincements métalliques et autres bruits hétéroclites, contribuent largement à soutenir l'atmosphère trouble du film. Les menus sont statiques et sans support musical. Le seul supplément est un court-métrage animé d'environ sept minutes de Svankmajer intitulé "Darkness Light Darkness" où un bras fait de pâte à modeler se constitue littéralement un corps à l'intérieur d'une pièce minuscule. On peut voir là une allégorie sur la vie de Svankmajer en Europe de l'Est.

Svankmajer, dans la plus pure tradition surréaliste, utilise des objets familiers de façon non-familière, transforme le banal en singulier et fait basculer la logique du rêve à la limite du cauchemar. Bien que l'imagerie demeure, pour un adulte, plus déstabilisante que traumatisante, les plus jeunes feraient mieux de s'en tenir à la version de Disney.


(1) "Stop motion animation": Ce procédé d'animation fut l'un des premiers à être inventés pour la création d'effets spéciaux. Il consiste à photographier un sujet inanimé dans diverses positions pour donner l'illusion de mouvement. Il s'agit là d'un travail de moine puisque 24 photos sont nécessaires pour chaque seconde de film. Un des pionniers de cette technique est Ray Harryhausen à qui l'on doit l'animation de diverses créatures dans des films des années 60 comme One Million Years B.C., Jason And The Argonauts et les films de Sinbad. Bien que l'ordinateur ait presque entièrement remplacé cette technique, certains comme Svankmajer et aussi Nick Park (Wallace and Gromit, Chicken Run) continuent de l'utiliser.

Cotes

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