Anna Karenina
Alliance Films / Focus Features / WorkingTitle

Réalisateur: Joe Wright
Année: 2012
Classification: PG
Durée: 130 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935591252

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
11 février 2013

Opulente réinterprétation toute personnelle du chef-d'œuvre littéraire de Tolstoï, la version d'"Anna Karenina" de Joe Wright est un tour de force visuel et technique qui laisse malgré tout sur sa faim.

L'histoire n'a guère changé depuis toutes ces décennies. Divisée entre son mari (Jude Law) et son enfant et son nouvel amant (Aaron Taylor-Johnson), la belle Anna Karenina (Keira Knightley) doit choisir son camp, au risque d'y perdre son âme et peut-être même plus.

On a adapté ce classique tellement souvent qu'il est aisé de craindre la vieille version poussiéreuse et académique. Ce n'est heureusement pas ce que propose cette énième transposition qui possède beaucoup plus de chien qu'il n'y paraît. Au contraire, le cinéaste britannique décide de camper son action dans les arcanes du théâtre, conférant un climat d'artificialité propice à son sujet, rappelant toute la vacuité dans ces rapports de classes sociales qui séparent les êtres humains.

En fait, la mise en scène de Joe Wright est le véritable héros du long-métrage. Sa réalisation ponctuée d'étonnants plans-séquences est spectaculaire, explosive, férocement originale, jouant avec les métaphores, abusant des symboles, en mettant plein la vue pour essayer d'apporter un peu du neuf à du vieux. À tel point qu'on a l'impression qu'il se prend pour le grand Max Ophüls, se plaisant à multiplier les obstacles entre le spectateur et ses personnages, payant quelques hommages aux illustres Lola Montès et Madame de....

Bien entendu, tout ça cache quelque chose. Le style est peut-être flamboyant, mais le récit ne semble pas toujours incarné. Au lieu de se concentrer sur son triangle amoureux, le scénario fait des digressions, s'attardant trop longtemps aux personnages secondaires, renfonçant par la répétition cette idée que le couple adultère et en crise peut être sauvé (le frère d'Anna) et que la passion amoureuse peut se réaliser sur une longue durée (le rouquin qui aimerait bien jouer chez Terrence Malick). Autant de jeux de miroirs pas toujours subtils pour mettre en relief la dimension tragique de la prémisse.

Sauf que débarrassée de ses sous-entendus politiques, l'intrigue ne peut que manquer de souffle. La pire idée est d'avoir confié un rôle aussi important que celui de l'amant au tiède Aaron Taylor-Johnson. Il était peut-être potable dans Kick-Ass, mais il s'avère ici monolithique et bien peu convaincant. Du coup, on se demande pour quelles raisons Anna veut tout quitter pour lui. Abonnée aux films à costumes, Keira Knightley s'en sort plutôt bien, sauf lors des moments de crises où elle semble toujours à un doigt de chuter dans l'hystérie. Des pièges qu'arrivent à éviter l'excellent Jude Law, que l'on voit malheureusement trop peu, et dont le "méchant" de l'histoire semble ici plus "gentil" et "compréhensif", en comparaison d'Anna dont il est parfois difficile de prendre en pitié.

La sublime photographie est bien desservie par un soin constant apporté aux images. Ainsi, les couleurs sont magnifiques, au même titre que les contrastes parfaitement homogènes et les teintes extrêmement détaillées. Les pistes sonores anglophones et francophones en Dolby Digital 5.1 sont efficaces à défaut d'être grandioses, utilisant les nombreuses enceintes pour y faire ressortir des bruits d'applaudissements, de feux d'artifice et la très agréable partition musicale de Dario Marianelli. Les voix agrémentées d'accents sont compréhensibles et en cas de nécessité, il y a un acceptable doublage francophone et de très visibles sous-titres.

La pochette assez représentative montre l'héroïne qui se dresse devant un train. Le très joli menu principal du DVD offre un haletant montage de séquences et une mélodie grandiloquente. Les suppléments contiennent tout d'abord une éclairante piste de commentaires du metteur en scène et huit segments supprimés qui renforcent les sentiments et la psychologie des personnages. Il y a ensuite de trop courts documentaires qui portent sur l'histoire et les thèmes, la transposition du livre original, l'apport de Keira Knightley et celui de Joe Wright, la concoction des costumes et l'élaboration des décors. Quelques bandes-annonces complètent le tout.

Beaucoup moins complexe et réussi que l'ultime version de 1935 qui mettait en vedette Greta Garbo, le "Anna Karenina" de Joe Wright demeure un objet de grande classe, un peu tape-à-l'œil et superficiel, qui se regarde tout de même avec intérêt, et dont l'humour insoupçonné en surprendra plus d'un. Sans rivaliser avec son superbe Atonement, cela fait tout de même du bien de voir son auteur revenir à quelque chose de plus substantiel après son terriblement ordinaire Hanna.


Cotes

Film6
Présentation7
Suppléments6
Vidéo9
Audio7