Anna Karenina
Cinema Classics Collection
20th Century Fox Home Entertainment

Réalisateur: Julien Duvivier
Année: 1948
Classification: PG
Durée: 112 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DDST, Mono), Espagnol (mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Ostiguy
29 avril 2007

Si j'ai déjà vu au moins huit versions, autant télévisuelles que cinématographiques, du chef d'œuvre de Léon Tolstoï, celle-ci m'avait échappé. Il s'agit pourtant, je le dis d'emblée, de celle que j'ai appréciée le plus. J'avais lu, il y a longtemps, la brique de plus de mille pages que représente Anna Karenina. Mon souvenir est un peu vague, mais j'ai eu l'impression en visionnant le film de Julien Duvivier que l'esprit du roman avait été davantage respecté que dans toute autre adaptation.

La trame du film est simple. Anna Karenina est mariée à un politicien, Karénine, avec lequel elle a un fils de sept ans, Sergeï. Très attachée à son fils, et d'une certaine manière à son mari, elle tient son rôle dans la société avec un bonheur relatif. L'élément déclencheur de ses passions endormies est la rencontre du comte Vronski dont elle tombe éperdument amoureuse. Elle crée un petit scandale lors d'une soirée entre amis. Son mari lui pardonne cette première incartade. Mais, ne pouvant oublier son amour pour Vronski, elle s'enfuit en Italie avec son amant abandonnant mari et enfant. Ce geste, on ne le lui pardonnera pas. Elle sera isolée autant par son mari que par la bonne société. Forcée de vivre à l'écart, en la seule compagnie de son amant, elle devient bientôt jalouse et acariâtre. Lorsque Vronski lui-même se détourne d'elle, elle se suicide.

Il s'agit donc d'une tragédie.Anna écoute son cœur faisant fi de sa raison. Encore aujourd'hui c'est un conseil que l'on est instinctivement tenté de suivre. Tolstoï questionne ce comportement. Peut-on ne pas tenir compte des codes de la société sans en subir de conséquences? C'est la question universelle que pose ce classique. L'un des thèmes les plus fréquents dans l'œuvre de Tolstoï, soit l'inéluctabilité du destin est également présent dans Anna Karenina. Quelques minutes après sa rencontre avec Vronski, elle voit un chemineau se faire écraser par un train. Tout le long du film, elle a l'impression de revoir cet homme. Et elle se tuera finalement en se jetant elle-même sous un train dans un final à glacer le sang, certainement l'un des plus beaux que j'aie vus.

Vivien Leigh, éternellement figée dans le rôle de Scarlett O'Hara, nous offre ici une magnifique composition dans le rôle d'Anna. Elle parvient à rendre à la perfection la fragilité et la force de caractère de son personnage. Ce n'était certainement pas un pari facile et elle le relève avec brio. Elle est également merveilleusement entourée. Ralph Richardson est très nuancé dans le rôle du "méchant" Karénine, en fait un homme profondément blessé, très amoureux de sa femme, mais mené aveuglément par son orgueil. Il offre selon moi la meilleure interprétation du rôle toutes versions confondues. Et le jeune Kieron Moore est très bien dans le rôle de l'amant Vronski. Le mari de Vivien Leigh, Laurence Olivier avait d'abord été pressenti pour le rôle, mais il dut décliner l'offre, étant occupé à réaliser sa version de "Hamlet". Pour la petite histoire, mentionnons que c'est à l'époque du tournage de "Anna Karenina" qu'Olivier fut anoblie et que Vivien Leigh devint Lady Olivier! Le tournage fut d'ailleurs suspendu une journée pour permettre à l'actrice d'assister à la cérémonie.

La production est tout simplement somptueuse. Le réalisateur et producteur, Alexander Korda se spécialisa toute sa vie dans les films d'époque. Ici, bien qu'il soit le maître d'œuvre du projet, il ne réalise pas, attribuant plutôt cette tâche au réalisateur français Julien Duvivier. La réalisation de Duvivier est formidable et il signe ici le meilleur film de sa période anglaise. Soulignons également la grande qualité technique du film, tant du point de vue des costumes de Cecil Beaton que des décors d'Andrej Andrejew. Finalement, remarquons que le principal auteur de l'adaptation est le dramaturge français Jean Anouilh.

Le film est merveilleusement restauré. Dans les suppléments on nous offre d'ailleurs de comparer la bande maîtresse avec le produit fini ce qui est fort intéressant. On n'a pas assez conscience à mon avis des efforts déployés pour offrir au public d'aujourd'hui des classiques dans le meilleur état possible. Côté suppléments, on n'est pas très gâté. On nous offre un documentaire sur Tolstoï, mais rien vraiment sur la réalisation du film. Heureusement, le coffret contient un livret nous racontant plusieurs anecdotes de tournage.

J'ai adoré cette version de "Anna Karenina" que je ne saurais trop vous recommander. La production est d'une qualité exemplaire et Vivien Leigh offre une performance magique. Si vous ne connaissez pas l'histoire d'Anna, voilà une très belle façon de la découvrir!


Cotes

Film9
Présentation9
Suppléments7
Vidéo9
Audio8