Anna Lucasta
MGM Home Entertainment

Réalisateur: Arnold Laven
Année: 1958
Classification: PG
Durée: 97 minutes
Ratio: 1.66:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Daniel Cyr
15 janvier 2005

La comédie dramatique "Anna Lucasta" m'a agréablement surpris. Cette nouvelle version également tirée de l'œuvre théâtrale de Philip Yordan, qui a par ailleurs signé le scénario, est une comédie noire au sens propre et figuré. Philip Yordan a su mettre en relief cette violence psychologique que bon nombre de femmes vivent quotidiennement.

Anna Lucasta (Eartha Kitt) a dû quitter le foyer familial afin de fuir cette atmosphère bourbeuse de l'alcoolisme de son père Joe, qui était devenu de plus en plus hargneux au fil du temps.... Anna qui détestait l'alcool, sombre finalement dans le même pattern et se met à boire à son tour ... Ainsi la déchéance commence... le mal de vivre la ronge, s'agrandissant de jour en jour... Elle s'engloutit dans les ténèbres du rejet, de l'abandon, de la désespérance et de la culpabilité... Elle a tellement un manque d'affection et d'amour qu'elle se prostitue dans le bar minable d'un port de la côte Ouest américaine. Un soir, un matelot du nom de Danny Johnson (Sammy Davis, Jr) qui aime bien revoir Anna après chacun de ses périples, refait son apparition. Son arrivée la rend heureuse, car elle croit profondément qu'il peut la sortir de ce trou à rats.

Pendant ce temps, Frank et Eddie, les frères d'Anna, ont la possibilité de mettre la main sur une somme de quatre mille dollars s'ils trouvent une femme pour Rudolf Slocum (Henry Scott)... Anna est la personne toute choisie!

Dans ce long-métrage, tous les acteurs sont excellents et plus particulièrement Eartha Kitt et Sammy Davis, Jr. Eartha Kitt qui fut l'une des deux Catwoman de la série télévisée Batman démontre ici beaucoup de talent dans ce rôle qui n'est vraiment pas facile à interpréter. Elle sait comment bien se placer face à l'angle de la caméra et aborde l'expression requise pour que son charme opère de la façon la plus saisissante qui soit. Elle sait aussi maintenir l'attente, baisser la tête pour mieux dévoiler son visage et exprimer, à cet instant, dans le moment, l'émotion exacte. Elle possède, sur ce plan, un contrôle surprenant sur l'image qu'elle projette et il suffit de mettre bout à bout quelques images de films pour être totalement confondu quant à l'âge, la nature, la qualité morale, voire même la beauté de l'actrice.

Du côté de Sammy Davis, Jr qui était à ses débuts dans un rôle majeur se défend plutôt bien, il est dynamique, enjoué et plein d'entrain dans ce personnage de marin un peu désinvolte. Il chante la chanson thème du film en ouverture de rideau et que dire de son petit numéro de danse qui est tout simplement exquis. Cet artiste multidisciplinaire nous montre pour la première fois à l'écran son talent inné. Le réalisateur Arnold Laven, plutôt connu pour son travail au petit écran, prouve qu'il est aussi un grand réalisateur de drames pour le grand écran. Son style est élégant et coulé. Il sait parfaitement quoi montrer pour émouvoir, choquer ou attendrir, mais il a également une grande pudeur. Chaque plan est réfléchi, calculé et sans effets spéciaux. Les personnages sont bien développés et le spectateur s'attache facilement à eux malgré les côtés obscurs de leur nature. Chaque personnage a sa particularité physique et comportementale et forcément ces spécificités vont finir par les servir ou les desservir.

La musique d'Elmer Bernstein pour "Anna Lucasta" n'a rien d'un grand chef-d'œuvre. Il nous rappelle pourtant à quel point le compositeur est très à l'aise dans l'écriture de partitions orchestrales contenant une thématique forte et bien ancrée dans l'histoire du film. Son style jazzé illustre le suspense, maintient une certaine tension omniprésente tout au long du film et évoque les sentiments des deux protagonistes principaux.

Malgré les quarante-six ans de cette œuvre, la MGM nous offre une copie totalement restaurée qui donne au noir et blanc toute sa fraîcheur et sa qualité d'origine. L'interpositif semble sortir tout droit du laboratoire tellement il est impeccable et magnifique. Le transfert numérique au format de 1.66:1 est également admirable. Il est d'une définition exemplaire, donnant à l'image une clarté et une jeunesse inouïes. Les noirs sont particulièrement solides et profonds. Les textures sont réalistes, les moindres détails sont visibles et la netteté est irréprochable. Quant au contraste, il est bien régi et permet d'avoir une agréable répartition des hautes lumières. Voilà un travail extraordinaire qui est un véritable plaisir pour les yeux et qui rend justice au labeur de Lucien Ballard, le responsable de la cinématographie.

La seule bande-son disponible sur cette édition est monophonique anglaise. Sa dynamique est dans la moyenne des productions de l'époque mi-figue mi-raisin. Les dialogues (si importants pour ce film) sont intelligibles en toutes circonstances et ne montrent jamais de signes de parasites ou de saturation quel que soit le volume sonore. Cependant ceux et celles qui doivent lire les sous-titres pour mieux comprendre l'histoire auront tellement de texte à parcourir que leurs yeux seront fatigués par autant d'exercices de se déplacer sans cesse entre l'image et l'écriture.

Le seul supplément disponible sur cette édition est une bande-annonce. À l'exception de ce maigre additif, ce film est impeccable et admirablement bien interprété. À vrai dire, l'incroyable performance des principaux comédiens est largement suffisante pour justifier l'achat de ce film qui ne vous laissera nullement indifférent.


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