The Beautiful Country
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Hans Petter Moland
Année: 2004
Classification: PG
Durée: 125 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Portugais, Espagnol
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
26 décembre 2005

Magnifique récit poussiéreux plus beau que bon, "The Beautiful Country" a énormément de difficulté à s'affranchir de son côté carte postale et sa pochette annonçant une grosse distribution pourra en décevoir plus d'un. C'est l'histoire de Binh (Damien Nguyen), un Bui doi. C'est de cette manière que l'on appelle les enfants vietnamiens nés d'un père américain. Une fois en âge d'assurer seul son existence, il déménage ses pénates à Saigon pour enfin connaître sa mère. Cette rencontre sera de courte durée, car il devra fuir le Vietnam avant qu'il ne soit trop tard. Emprisonné dans un camp de réfugiés en Malaisie, il arrivera à s'échapper de ses ravisseurs avec l'aide d'une jeune femme séduisante (Bai Ling). Par malheur, ces gens se retrouveront sur un bateau comme esclaves et ils devront puiser au plus profond d'eux pour ne pas abandonner et se laisser mourir. Une fois arrivé à New York, Binh cherchera à mettre de l'argent de côté pour rejoindre son père qui habite le Texas.

Tourné en plusieurs langues et dans de nombreuses régions de la planète, "The Beautiful Country" est un ravissement total pour les yeux. Les plans extérieurs sont légions, souvent brumeux et exploitent admirablement bien les superbes décors asiatiques. Ceux qui se situent à l'intérieur multiplient les allusions pas toujours intéressantes tout en offrant une atmosphère par moment suffocante. Grâce à un rendu sur DVD assez majestueux, la quête du jeune protagoniste se déroule dans le dépaysement le plus total. Même si elles sont souvent sombres, les teintes sont précises et elles offrent de nombreux détails. Quant aux sous-titres jaunes incroyablement clairs, ils ne nuisent jamais au déroulement du récit. Tout aussi convaincant, le son hante tous les haut-parleurs pour offrir une bonne expérience de visionnement. La nature possède les enceintes arrière avec ses nombreuses vagues, la pluie qui tombe et, surtout, le bruit incessant des cigales. De quoi s'assurer que la fenêtre est bien fermée! Alimentées par la trame sonore classique et efficace du vieux routier Zbigniew Preisner (fidèle collaborateur de Krzysztof Kieslowski), ces images touchent le lyrisme pour atteindre l'état des cartes postales. Pas surprenant que cette quasi perfection au niveau des textures a influencé le légendaire et trop rare Terrence Malick à agir en tant que producteur.

Aussi beau que peut être ce long métrage, il souffre pourtant d'une formule convenue que la réalisation professionnelle du Norvégien Hans Petter Moland ne peut sauver de l'ennui. Avec un tel sujet, le scénario aurait dû aller davantage en profondeur sur des plans politiques et économiques. Sauf qu'il reste en surface. Le canevas de l'histoire préfère s'intéresser aux éléments dramatiques, ce qui amène des séquences prévisibles et une histoire d'amour assez indigeste. En utilisant les silences et les pauses, le cinéaste derrière Aberdeen prend le soin de faire respirer ses personnages. Mais finalement, cela ne sert pas à grand-chose, car avec une amputation de 25 minutes, le film aurait certainement eu le même impact.

Il y a également la pochette assez hideuse qui fait mentir. Des décors féeriques dans des teintes de turquoises enrobent des comédiens importants et ceux qui ne font que passer. Les excellents acteurs Tim Roth et Nick Nolte tiennent de petits rôles et on les voit assez rarement. Le premier interprète un gentil commandant de bateau, alors que le second personnifie le père du jeune héros. Ce sont plutôt sur les épaules de Damien Nguyen que reposent la délicate tâche de faire passer les émotions sans trop forcer la dose. Pour son premier grand rôle, le jeune réussit l'exploit et il s'en sort avec les lauriers. Son Binh ne parle pas pour rien et ses regards désespérés signifient tout. Sa prestation est maximisée par des rôles secondaires souvent crédibles, à l'exception de Bai Ling qui demeure un peu trop superficielle.

Même si le menu principal reprend simplement la pochette (sans musique), les trois options présentes compensent largement pour ces écarts de conduite. Peut-être pas la section des bandes-annonces (il y en a six en tout), mais certainement le reste. À commencer par ces questions posées à la scénariste Sabina Murray qui parlent pendant vingt minutes de son premier scénario, des gens qui l'ont inspirée et de ses recherches difficiles. Il y a des éclairs dans son regard et elle parle de son cheminement avec passion. Le son n'est peut-être pas assez élevé, mais le caractère sobre de cette entrevue et, surtout, les propos évocateurs de la principale intéressée, ne sont pas négligeables. Il y a également une piste de commentaires assez fascinante du réalisateur Hans Petter Moland. Ses phrases contiennent énormément d'hésitations, mais quel regard sur le monde extérieur! Sa voix posée, qui s'exprime sans cesse au bon moment, et les mots humanistes qu'il utilise sont encore plus agréables que le long métrage!

En soignant énormément sa pellicule, l'homme de Zero Kelvin en a presque oublié son histoire, qui est sauvée in extremis par le brio de Damien Nguyen. Sans son interprétation (et la présence de très solides suppléments), "The Beautiful Country" voguerait comme un beau paquebot sans profondeur, ce qui n'est pas exactement le cas.


Cotes

Film6
Présentation1
Suppléments6
Vidéo8
Audio8