Before The Devil Knows You're Dead
Les Films Séville Pictures / ThinkFilm / Capitol Films

Réalisateur: Sidney Lumet
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 117 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
10 mai 2008

La famille n'aura jamais paru aussi éclatée que dans "Before the Devil Knows You're Dead ", un drame intense et puissant porté par des comédiens masculins au sommet de leur art. Lorsque le scénario est béton et que tout le monde joue dans la note, il est difficile de faire fausse route.

Andy (Philip Seymour Hoffman) a besoin d'argent et il convainc son jeune frère Hank (Ethan Hawke) de dérober le magasin familial. Lorsque leur plan tourne mal, c'est l'ensemble de la famille Hanson qui souffrira des terribles répercussions. Aucun de ses membres ne sera épargné et le paternel Charles (Albert Finney) fera une enquête pour savoir ce qui s'est réellement passé.

Sidney Lumet doit pousser un soupir de soulagement. Le réalisateur de 83 ans a connu son lot de triomphes mérités avec entre autres 12 Angry Men, Serpico, Dog Day Afternoon et Network, des œuvres phares qui n'ont presque pas pris de rides. Mais depuis le début des années 1990, il y a eu un long passage à vide et des productions pas toujours convaincantes. Même que son dernier essai, Find Me Guilty, est sorti directement en DVD en 2006 malgré ses belles qualités. De quoi décourager n'importe quel cinéaste. Mais pas le père de The Verdict. Pour son 45e film, Papy se reprend en signant un des meilleurs opus américains des dernières années.

La structure de son récit ressemble à trois poupées russes qui s'emboîtent continuellement l'une par-dessus l'autre, et ce, pendant deux heures. La prémisse s'attarde à Hank, elle revient dans le temps avec Andy, repart de plus belle vers l'avant, pour retourner en arrière auprès de Charles. Et hop, un nouveau crochet vers le cadet, l'aîné, le patriarche, etc. Heureusement, ce procédé ne se veut pas trop confus. Les sauts se déroulent subtilement et il y a souvent de l'information écrite directement à l'écran pour ne pas perdre le spectateur.

Cette spirale, si elle finit par titiller la patience dans la dernière demi-heure, est un excellent moyen de raconter une histoire qui s'apparente beaucoup au film noir classique. Les imprévus bouleversent les situations qui se dérèglent, amenant avec elles malheurs et inconforts. Le scénario, immuable et imposant, s'avère diabolique, très ingénieux, devenant de plus en plus sombre à mesure qu'approche cette conclusion terrible et définitive. Sans doute que les frères Coen auraient apprécié baigner dans cette atmosphère de plus en plus étouffante.

La réalisation de Lumet, solide et efficace, est également soignée dans ses quelques plans-séquences, sa juxtaposition d'ombres et son utilisation hypnotisante de la musique de Carter Burwell (justement complice des frangins Coen depuis Blood Simple). Les airs utilisés savent mettre le feu aux poudres en poussant l'intensité aux endroits les plus sensibles tout en ralentissant la cadence afin de bien gérer l'émotion. Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 font ressortir des enceintes des bruits de voitures, d'applaudissements et de verre brisé avec une gravité souvent appuyée, enterrant parfois les voix qui auraient pu êtres plus élevées. La piste francophone, clairement doublée en France, enragera les adeptes d'un doublage québécois, qui préféreront sans aucun doute la version originale ou l'insertion de très visibles sous-titres blancs. L'image saturée de couleurs neutres et cliniques (blanc, noir, gris) s'avère souvent juste et précise, avec sa belle définition des contours et ses contrastes très pointilleux. Du blocage et un peu trop de luminosité s'évadent cependant de quelques scènes, donnant un rendu quelque peu inégal.

Le créateur du brillant Prince of the City est toutefois reconnu pour sa direction d'acteurs et ici, elle est pratiquement sans faille. D'American Gangster à No Country For Old Men, les œuvres américaines sorties récemment ne laissent pas beaucoup de place au sexe féminin et "Before the Devil Knows You're Dead" ne fait pas exception. Les femmes sont généralement invalides, décédées, rouspéteuses ou carrément nues, comme cette Marisa Tomei qui fait office de trophée. Les erreurs et les folies meurtrières concernent plutôt les hommes. Ethan Hawke par ricochet qui ne sait pas comment réagir et qui passe son temps à prendre la fuite. Albert Finney en filigrane qui réagira d'une drôle de façon à toute cette violence. Et surtout Philip Seymour Hoffman, très bien dans The Savages et Charlie Wilson's War, mais qui trouve ici son meilleur rôle depuis Capote. Ensemble, ces trois hommes font des flammèches, et ce, même s'ils finiront par s'électrocuter.

Les principaux comédiens figurent sur la pochette du disque. Ils sont cependant séparés par une donnée importante : la fissure causée par une balle de revolver! Après quelques publicités, le menu principal du DVD apparaît. Il y a le titre avec des cornes et une queue de diable, une musique dramatique et rythmée et une image statique dans des tons de blanc, de noir et de rouge. Afin de poursuivre le plaisir une fois le visionnement terminé, pourquoi ne pas opter pour le très intéressant documentaire sur le tournage? Pendant 25 minutes, le cinéaste dissèque son film, expliquant la façon dont il dirige ses acteurs et ne tarissant pas les éloges pour le scénario écrit par Kelly Masterson. Du bonbon. Tout autant que cette piste de commentaires où le metteur en scène, Ethan Hawke et Philip Seymour Hoffman discutent de l'oeuvre. Légers, dynamiques et divertissants, leurs propos sont souvent une bonne source d'informations pour en savoir davantage sur la production. Une bande-annonce complète le tout.

Dans son message tempéré et critique, ce nouveau récit de Lumet s'apparente beaucoup à celui de l'excellent "We Own The Night. La famille fait mal et elle divise ses troupes de façons qui dépassent l'imagination. Hormis une ou deux baisses de tension, "Before the Devil Knows You're Dead" tient la route sans anicroche, prouvant encore une fois qu'il ne faut pas enterrer un brillant réalisateur après quelques longs-métrages moins mémorables.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments5
Vidéo7
Audio7