Bellflower
Oscilloscope Pictures

Réalisateur: Evan Glodell
Année: 2011
Classification: R
Durée: 107 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 18
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 896602002401

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Jimmy Chartrand
25 novembre 2011

L'amour au 21e siècle a mangé toute une volée et ce virage plutôt sombre se poursuit avec "Bellflower", sorte d'ovni cinématographique dont personne ne sort indemne, autant devant que derrière l'écran. Film à la vision trouble qui hypnotise dès son ouverture, on ne saura jamais trop où le film sera en train de nous conduire et pourquoi il nous accrochera autant, mais dans sa folie réaliste aux limites d'une paranoïa obscène et d'une exagération potentielle qui n'est pourtant jamais excédée, on verra en nous un lien fort qui se construira avec le film ici présent.

Revisitant une façon de faire et de raconter le cinéma comme on pensait le connaître, on se trouve face à un melting pot de genres qui nous empêche de le qualifier. Tout à la fois romance, bromance, apocalypse, début et fin de relation, tendresse et violence, eden et enfer, beauté et horreur, jeunes adultes en perdition et on en passe, "Bellflower" est d'abord et avant tout un foutoir dont on aura l'impression d'avoir pour mission d'en démêler les pistes. Cependant, il en sera impossible puisque de cette histoire brisée jusqu'au cou, faisant usage de tous les sens propres et figurés possibles, il présentera un "brain damage cinématographique" comme on n'en aura jamais vu. Faisant écho à Eternal Sunshine of the Spotless Mind dans sa façon de tout mélanger entre pensées et réalité, souvenirs et fantasmes, on retrouvera ainsi la même conclusion crève-coeur: non seulement l'amour est imparfait, mais en plus il fait mal, littéralement.

Par contre, ce qui fera également poids dans ce long-métrage, au-delà de cette rencontre, cette relation et la déchirure qui en suivra, ce sera le portrait de l'homme en mal de vivre qui a prit d'assaut le 7e art depuis plusieurs années déjà. Vu non seulement d'un point de vue masculin, on livre ici un film où les émotions s'avèrent inexplicables et impossibles à vivre à leur plein potentiel et où la virilité est constamment mis au défi face à des femmes de caractère autant adjuvante qu'opposante (pourrait-on parler de l'équivalent post-moderne de la femme fatale?).

Séparé en chapitres qui résonnent comme des psaumes maudits, le film est déconstruit et malgré quelques rares longueurs et baisses de régime qui renforcent les interrogations qui ne font que se multiplier au fil du film, on ne peut retirer nos yeux de l'écran, le choc se faisant toujours plus grand à chaque avancée. Il va s'en dire également que la décortication des relations inter-personnages s'avère des plus réussies.

On s'immisce alors dans la vie d'errance de Woodrow et Aiden, deux anti-héros spontanés qui n'attendent que l'apocalypse en calquant leurs aspirations sur Mad Max, alors qu'ils tentent d'insérer également l'amour dans leur rythme de vie. Ces deux types ne jurent par ailleurs que par Lord Humungous et ne passent leur temps qu'à construire des lance-flammes et des voitures qui dépassent l'imaginaire. Cette fascination pour les inventions pourraient d'ailleurs apporter au film son plus grand côté culte, notamment par le biais de "Medusa", leur voiture qui fascinera encore longtemps une fois l'écoute terminée pour ses nombreuses fonctions totalement inattendues.

Ce côté "bidouilleurs" qui provient d'ailleurs entièrement du véritable Evan Goldwell, à la fois protagoniste, scénariste, réalisateur, co-monteur et co-producteur de son film, se fait sentir tout du long. Soigné, pour ne pas dire léché jusqu'au moindre détail, le film qui nous intéresse est léché aux limites du possible. Sa direction photo joue les teintes chaudes et arborent un jaunâtre qui fait aussi aussi vieillot que sale, alors que les jump cut se comptent par millier et que la pellicule, granuleuse, est constamment salie, à notre plus grand bonheur, en plus d'une mise au point qui n'est d'ailleurs pas toujours au point. Ce visuel des plus attrayants pour quiconque se sentant interpellé, ressort d'ailleurs admirablement bien sûr DVD, bien que le tout était nécessairement plus gagnant sur grand écran. Ce petit côté Grindhouse fait persister l'idée prônant la singuliarité du long-métrage qui tend vers le film indie typique avec sa joie au coeur première, son humour bon-enfant et sa prédominance d'idéologies égocentristes à coup d'une trame sonore sélectionnée à la perfection entre des tubes de Santigold, Lykke Li et Ratatat, notamment, avant de virer radicalement vers le film d'horreur d'auteur à la violence noire inexplicable fortement prononcée. La bande son est également très bien retransmise sur DVD profitant autant des chansons que des pièces originales de Jonathan Keevil qui poussent toujours plus dans la déroute le fil au fil de ses situations inattendues.

Du côté de la présentation, Oscilloscope a mis sur pied une magnifique édition du film, débutant dans sa très belle pochette en carton tout de jaune moutarde vieillie vêtue. L'image sur le dessus attire le regard par cette photo mystérieuse de la voiture nostalgique et du couple à droite séparé entre les jambes et le reflet de leur baiser. À l'arrière, on retrouve plusieurs critiques élogieuses, un synopsis et deux mentions de sélection à des festivals. L'intérieur, se dépliant en quatre, ressemble à un vieil album de famille alors qu'on retrouve plusieurs portraits floués des personnages principaux. Par contre, on ne trouve aucun livret à défaut d'une invitation à faire partie du "Cercle de confiance" du distributeur.

Du côté des suppléments, s'ils ne sont pas toujours transcendants, ils font également office d'une excellente maîtrise technique et donc d'un soin négligeable. On trouve un petit making of d'une vingtaine de minutes qui montrent les liens unissant tous les membres ayant collaboré au film, un petit vidéo du genre "Pimp My Ride" d'une dizaine de minutes présentant les particularités principales de "Medusa", la voiture, un peu moins de dix minutes de bloopers et l'excellente bande-annonce du film.

Enfin, sorte de version particulièrement trouble et sombre de n'importe quel (500) Days of Summer de ce monde, "Bellflower" fait état avec brio d'un monde condamné marchant inconsciemment vers sa propre auto-destruction. Par le biais d'une histoire d'amour abordée avec douceur puis brutalité, bénéficiant d'une vision d'auteur aussi unique qu'assurée, on trouve ici un premier film qui marque et laisse sa marque. Une très belle et impressionnante réussite qui laisse sur son chemin de nombreux noms qu'il faudra assurément surveiller.


Cotes

Film9
Présentation8
Suppléments8
Vidéo9
Audio8