Blue Valentine
Alliance / The Weinstein Company

Réalisateur: Derek Cianfrance
Année: 2010
Classification: 18A
Durée: 112 minutes
Ratio: 1.66:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935846505

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
6 mai 2011

Les derniers seront les premiers? C'était à souhaiter pour le déchirant petit film indépendant "Blue Valentine" qui, dans un monde idéal, aurait fait sensation à la prochaine cérémonie des Oscars. Seulement pour les performances criantes de vérité de Ryan Gosling et de Michelle Williams qui méritent d'être soulignées.

Un couple se désagrège. Ce n'est pas le premier et certainement pas le dernier. Ce qui était si beau au début tombe peu à peu en ruine, et malgré leurs bonnes volontés, ni Dean (Ryan Gosling) ni Cindy (Michelle Williams) ne semblent trouver la façon pour remédier à la situation. Au centre de ce chaud paradis devenu glacial champ de bataille se trouve leur jeune fille Frankie (Faith Wladyka) qui ne veut surtout pas être séparée de ses deux parents.

Les hauts et les bas de l'Amour, le cinéma le traite depuis ses débuts, cherchant constamment à insuffler un peu de nouveauté à cette thématique vieille comme le monde. Il y a quelques années le cinéaste français François Ozon, par l'entremise de son inégal 5x2 avait eu l'originalité de décrire une union en commençant par la fin, de son échec à sa naissance. Un poil moins aventureux dans sa forme, le réalisateur Derek Ciafrance multiplie ici les ellipses, confrontant deux mondes très distincts: le passé loin d'être idyllique qui fait battre le coeur et le présent beaucoup moins enclin au bonheur.

Ce qui en ressort est une analyse précise et sincère du couple, comme l'avait fait Sam Mendes il y a quelques années avec son sous-estimé Revolutionary Road. Le metteur en scène décortique les fondements de l'attachement, montrant que l'effritement du temps a généralement le dernier mot sur tout. Préparant son scénario depuis 12 années, Ciafrance a eu le mérite de trouver deux très grands comédiens, qui jouent avec un naturel confondant des inconnus, des amants, puis mari et femme. Sans jamais être des bourreaux ou de simples victimes, ce couple demeure humain, ce qui tranche avec la majorité des productions hollywoodiennes où les personnages semblent parfaits et invincibles. Mélangeant vulnérabilité et force du félin, Michelle Williams rappelle qu'elle est un des plus beaux trésors de sa génération. C'est pourtant Ryan Gosling qui finit par l'éclipser, incarnant avec fouge et passion un homme qui a très peu à voir avec celui qu'il incarnait dans The Notebook.

L'agréable musique de Grizzly Bear donne beaucoup de relief aux situations. Les pistes sonores anglophones et francophones en Dolby Digital 5.1 sont discrètes mais justes dans leur façon de faire ressortir des différentes enceintes cette faune de bruits urbains qui vont des criquets aux automobiles. Les voix demeurent toujours claires, et en cas de nécessité, il y a un inégal doublage francophone ou la possibilité d'insérer de très visibles sous-titres blancs (qui ne sont toutefois pas toujours justes, le chapitre 11 en anglais devenant mystérieusement le chapitre 9 en français!). Un jeu constant sur la lumière fait fluctuer les couleurs chaudes et froides. Ce tour de passe-passe est habilement desservit par une image juste, des teintes précises et des contrastes tout à fait dans le ton ... mais également un peu de blocage.

La jolie pochette représente un homme et une femme qui semblent être sur le point de s'embrasser. Le menu principal du DVD offre plutôt un élégant montage de scène sur une drôle de chanson qui sonne parfois faux. Les suppléments comprennent 20 minutes de séquences supprimées qui peuvent renforcer les liens entre les personnages, un documentaire de 14 minutes sur le tournage qui permet aux acteurs de parler de leur attachement à cette histoire, un court-métrage mettant en vedette le principal trio d'interprètes et une divertissante piste de commentaires en compagnie de Derek Cianfrance et du monteur Jim Helton qui déconstruisent allègrement le récit à coût d'anecdotes savoureuses.

Jouant constamment des dichotomies entre cet hier granuleux fortement improvisé à la façon d'un Cassavetes (le père, pas le fils) et un aujourd'hui où la tension se déploie par des plans rapprochés, "Blue Valentine" s'échappe constamment des pièges du mélo, présentant d'une main les possibilités infinies de demain pour mieux resserrer le poing sur tout le travail accompli. Le constat, d'une triste noirceur sans être larmoyant, est filtré de multiples rayons de soleil qui amènent périodiquement de l'humour, de la poésie et beaucoup de sensibilité. Les amateurs de vraies histoires d'amour pour adultes (façon Two Lovers, I Am Love ou Mademoiselle Chambon) seront comblés.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments7
Vidéo7
Audio7