Broken Embraces [Blu-ray]
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Pedro Almodóvar
Année: 2009
Classification: 14A
Durée: 127 minutes
Ratio: 2.35:1
Codec: 1080p (AVC)
Langue: Espagnol (DTSHDMA51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (BD-50)
Code barres (CUP): 043396345904

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
25 mars 2010

Jolie fresque miroir qui paye un hommage sincère à la filmographie de Pedro Almodóvar et au septième art en général, "Los Abrazos Rotos" ("Étreintes brisées" en version française et "Broken Embraces" en version anglaise) est peut-être une œuvre mineure, mais qui réconforte abondamment par sa délicate romance.

Depuis un tragique accident où il a perdu son amour éternel (Penélope Cruz) et sa vision, l'écrivain Harry Caine (qui tourne également des films sous le nom de Mateo Blanco) n'a pu s'empêcher d'arrêter son travail littéraire, mettant cependant au rancart sa caméra et ses projets de longs-métrages. Lorsque le fils (Tamar Novas) de son éditrice (Blanca Portillo) est hospitalisé, l'homme d'âge mûr (Lluis Homar) décide d'en prendre soin, lui racontant son histoire amoureuse et son terrible dénouement.

Comme chez Woody Allen et Nanni Moretti, les œuvres de Pedro Almodóvar ressemblent à des poupées russes qui s'assemblent et se défont quelque part entre la fiction et la réalité, entre hier et aujourd'hui. Pour sa dernière offrande, le cinéaste espagnol s'est surpassé à brouiller les cartes, créant un flux continuel de mises en abyme, de jeux de miroirs et de doubles envisageables. Au passage, il emprunte ici et là à la majorité de ses propres essais, titillant le style comique et kitch de ses premiers opus, le mélo de ses derniers et le suspense noir qui ne peut qu'évoquer La loi du désir et La mauvaise éducation.

Tout en se plagiant avec un malin plaisir, il paye un homme - encore plus grand que Tarantino dans Inglorious Basterds - au cinéma avec un grand C, volant des scènes à Rossellini et à Malle, inscrivant son récit dans une intemporalité classique, rappelant l'importance de terminer ses objets filmiques qui font souvent office de mémoire. Un tour de force plus qu'apprécié à une époque où l'art tend à disparaître devant les coûts exorbitants de production.

Bien que la démarche ne surprenne guère et que le ton manque parfois de consistance dans la seconde moitié, le créateur de Tout sur ma mère n'a pas perdu sa main, et sa réalisation, aussi étincelante que fluide, alterne aisément entre les années, s'apparentant à cet énorme casse-tête dont les pièces s'imbriquent progressivement. Pour mieux saisir l'ampleur et l'impact de l'ouvrage, mieux vaut peut-être regarder le long-métrage plus d'une fois, la première pour suivre la ligne dramaturgique dont l'importance penche finalement peu dans la balance, et la seconde pour jouir de ces superbes artifices de mises en scène (les fondus au noir par exemple) qui ravissent à chaque visionnement.

Les qualités techniques de ce Blu-ray sont appréciables. Sans être époustouflante, l'image demeure très correcte, détaillée à souhait, ornée de couleurs justes et d'une agréable définition des contours. Les contrastes manquent peut-être de mordants et de profondeurs, mais l'ensemble se regarde sans trop rechigner. Les pistes sonores utilisent légèrement les multiples enceintes à leur disposition, y faisant ressortir des bruits de sirènes, d'échos ou de musique. L'excellente bande son d'Alberto Iglesias accompagne favorablement les dialogues clairs et le piquant accent espagnol. Afin de saisir toutes les subtilités, mieux vaut insérer d'assez visibles sous-titres anglais ou français plutôt que d'opter pour la décevante traduction dans la langue de Molière.

L'élégante pochette rouge est à l'effigie de l'actrice fétiche du cinéaste. Le menu principal du Blu-ray reprend ce concept, faisant naviguer une multitude de mots labyrinthiques, horizontaux et verticaux sur une intrigante mélodie. Les suppléments un peu quelconques comprennent une série de publicités, la bande-annonce originale, des questions simplistes posées à la comédienne Penélope Cruz, des images d'une première tapis rouge qui s'est déroulée à New York, trois pertinents scènes retranchées et un court-métrage qui approfondit légèrement le "film dans le film", soit la comédie un peu folle qui est directement inspirée de Jeunes femmes au bord de la crise de nerf. Une piste de commentaires et des documentaires plus exhaustifs auraient été appréciés.

Plus glamour et pétillant que son précédent quoique supérieur Volver qui était déjà un condensé de ses précédents efforts, Pedro Almodóvar s'amuse comme un petit fou à réunir sa famille de cinéma (magnifique Penélope Cruz, excellente Blanca Portillo) autour d'un scénario alambiqué sans être inutilement touffu, qui met sur un piédestal le septième art et l'amour, créant une symbiose imparfaite, mais si intrigante, dont quelques plans extrêmement réussis (impossible d'oublier ce dernier baiser et sa représentation langoureuse) sont d'une romance et d'une poésie exquises. Un cadeau qui se laisse d'abord et avant tout apprécier pour son irrésistible papier d'emballage.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments6
Vidéo7
Audio7