A History of Violence [Blu-ray]
Alliance Vivafilm / New Line Cinema

Réalisateur: David Cronenberg
Année: 2005
Classification: 18A
Durée: 96 minutes
Ratio: 1.85:1
Codec: 1080p (VC-1)
Langue: Anglais (TrueHD51, DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (BD-25)
Code barres (CUP): 065935824701

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
23 septembre 2010

"Madame Stall, n'oubliez pas vos chaussures!"

Depuis les dernières 15 années, David Cronenberg s'est réellement transformé en auteur d'histoires inhabituelles et pourtant reprenant le quotidien de tous. Depuis "Crash" en 1996, le réalisateur a réécrit sa feuille de route, décrivant une narration plus complexe, une attention aux acteurs et une narration bien plus travaillée. Ses thèmes abordent souvent la violence et la justification de celle-ci, sans pour autant la célébrer.

Tom Stall (Viggo Mortensen) est le propriétaire d'un petit café dans la municipalité de Millbrook. Le jour où deux étranges personnes se pointent à son restaurant, sa vie ainsi que celle de la petite communauté entière est sur le point de changer radicalement. Les deux clients inhabituels se révèlent être des cambrioleurs décidés à prendre la caisse et ne laisser personne en vie. Écoutant son courage, Tom se retourne contre les malfaiteurs et les expédie tous deux dans l'au-delà. Nul doute, Stall devient le héros de l'heure et son restaurant connaît une affluence comme jamais. Un groupe mené par un sinistre personnage (Ed Harris) s'adresse à Tom sous le nom de Joey, persuadé que le héros est quelqu'un d'autre. Seulement, à mesure que se bousculent les événements, Tom et ceux qu'il aime semblent perdre le contrôle de la situation... et les conséquences risquent de changer davantage le cours de leurs vies.

Le film de Cronenberg, bien qu'un peu moins personnel que Spider, offre son lot d'intérêt. L'interprétation est hallucinante, à commencer par Viggo Mortensen dans son rôle de Tom Stall. Tout au long du film, le personnage entreprend une série de transformations le forçant à affronter des démons qu'il n'aurait jamais souhaités. Son langage change et ses actions en viennent bientôt à contredire le gentil propriétaire de restaurant qu'il est et le mettre au pied du mur. N'importe quel acteur pourrait se tromper et aller dans une interprétation trop exagérée, mais Mortensen transcende la matière du celluloïd et casse la baraque. Ed Harris donne une toute aussi fascinante performance, glacial dans son rôle de l'homme persuadé de la véritable identité de Tom. Son langage physique ainsi que ses actions témoignent d'un talent indéniable et chacun de ses moments vaut la peine d'être vu plus d'une fois. Le maquillage spécial aide, mais l'acteur y est pour bien plus. Le reste de la distribution est tout aussi irréprochable. Cronenberg choisit avec soin ses acteurs et permet ainsi de préserver une qualité cohérente tout au long du film.

La narration surprend à tout moment, le film prend des avenues que plusieurs réalisateurs et scénaristes auraient préféré éviter. La réalité des relations et l'historique silencieux de chacun des personnages sont ce qui tient le spectacle intact et frais. Il y a une tension épaisse et la réalisation alerte et maîtrisée finit de rendre le résultat excellent. Le rythme du début, le sentiment général qui peut s'en dégager risque d'en déboussoler plusieurs puisque l'introduction est lente et établit tant l'histoire violente et silencieuse de tous, mais également la violence que chacun subit à un moment ou un autre dans son existence. David Cronenberg dessine un portrait violent, mais très réaliste sur la violence et ses conséquences dans la vie quotidienne. La finale, ambiguë, laisse plus de place pour la conversation et les spéculations plutôt que d'essayer de fournir une explication pour tout. Au contraire, le film bénéficie de cette idée et permet de garder une idée incertaine sur l'avenir de certains personnages. Plus qu'une démonstration, le film est une excellente réflexion sur la violence. Tant sur ceux qui la subissent que ceux qui la perpétuent. Cronenberg ne perd jamais cet objectif de vue et ne sombre jamais dans la redite ou les clichés.

Dommage que l'image retrouvée sur ce disque ne soit pas à la hauteur du film. On perçoit une réduction du bruit qui affecte particulièrement le déroulement des actions. Le grain de pellicule était nettement plus présent lors des représentations en salle. Les contrastes manquent un peu de détails dans les textures. La saturation est cependant très adéquate et les textures générales, sous la lumière du jour, offrent leur lot de détails plus qu'intéressants. Seulement, il aurait probablement fallu un transfert supervisé par le réalisateur, car lors des scènes de nuit, l'image perd beaucoup de sa qualité et de sa précision. Parfois, on distingue assez mal les personnages dans ces environnements sombres, mais peut-être était-ce déjà une idée artistique implantée depuis le début.

Il y a une fidélité dans la reproduction sonore. Chaque petit geste est accompagné d'un effet sonore réaliste et adéquat. Les dialogues sonnent naturel et ne sont que très rarement submergés par la musique ou les bruits ambiants. L'ambiophonie est pour le moins réussie, permettant une bonne immersion dans l'univers et sa violence. La musique inquiétante de Howard Shore (oui, le compositeur pour Lord of the Rings) offre une solide performance. Tantôt tranquille, mais surtout axée sur les conséquences de la violence. Le tout rehausse la tension palpable et continue du film. En général, la piste sonore est compétente et les effets sonores croustillants et clairs.

À proprement parler, après le film, les suppléments sont ce qu'il y a de plus intéressant sur le disque. La piste de commentaire de David Cronenberg est très informative. Un documentaire sur la production de plus d'une heure permet d'en apprendre beaucoup sur la production et révèle que la spontanéité sur le plateau est très appréciée pour ce type de film. Trois autres revuettes et la bande-annonce du film complètent les suppléments du disque. Il aurait été difficile de demander plus que ce qu'on nous offre.

"A History of Violence" ne se cache pas de montrer une violence extrême dans des moments de désespoir extrêmes. L'ensemble d'acteurs offre une irréprochable performance. Malgré une durée un peu courte, le rythme du film permet d'en explorer bien assez sur les personnages. Seulement, l'image et le son n'offrent pas une performance aussi illustre que les acteurs. La piste sonore est correcte et quelque peu énergique, mais l'image manque de tonus. On sent l'habituelle compression, la réduction du bruit et une plasticité de l'ensemble empêchant l'apparition de grain de pellicule. Les suppléments offrent une excellente et pertinente brochette, allant d'un documentaire de production de plus d'une heure à une piste de commentaires fascinante. D'autres revuettes complètent bien le lot, rendant cette édition une très bonne idée pour mettre à jour. Si vous possédez déjà le DVD, empruntez le Blu-ray ou louez-le pour vous en convaincre. Sinon, vous devriez déjà vous diriger au magasin le plus près.


Cotes

Film10
Présentation8
Suppléments8
Vidéo6
Audio7