Inception [Blu-ray]
Warner Home Video

Réalisateur: Christopher Nolan
Année: 2010
Classification: 14A
Durée: 148 minutes
Ratio: 2.40:1
Codec: 1080p (VC-1)
Langue: Anglais (DTSHDMA51), Français (DD51), Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 3 (BD-50 + BD-25 + DVD-5)
Code barres (CUP): 883929159703

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
7 décembre 2010

Facilement le meilleur film américain de 2010, "Inception" développe un récit intelligent sans se faire écraser par toutes ses scènes d'action. Une denrée rare par les temps qui courent et une réussite extrêmement originale pour un réalisateur aussi à l'aise dans l'intimiste que le spectaculaire. Après l'avoir vu une bonne demi-douzaine de fois en salles, pourquoi ne pas le redécouvrir dans cette impressionnante édition Blu-ray?

Le rêve. C'est la source de tous les possibles pour qu'un monde devienne meilleur, pour qu'un changement s'opère en profondeur. Cobb (Leonardo DiCaprio) et son équipe sont capables de s'infiltrer dans l'inconscient des gens pour leur soutirer de l'information. À la demande de l'influent et énigmatique Saito (Ken Wanatabe), ils doivent exercer l'opération inverse: pénétrer les songes d'un riche héritier (Cillian Murphy) pour lui implanter une idée qui fondera la société de demain. Une mission pratiquement impossible à mener à terme, surtout lorsque de vieux démons apparaissent constamment pour compliquer la tâche.

Dire que le nouveau film de Christopher Nolan est attendu impatiemment est un euphémisme. La rumeur coure depuis des lustres que le réalisateur du génial The Dark Knight mettait en scène son récit le plus personnel et qu'il viendra revigorer cette année pauvre en bonnes productions américaines. Là où il y a des attentes, il peut y avoir de la déception, souvent injustifiée, comme c'était le cas il y a quelques années avec le dantesque There Will Be Blood. À force d'attendre le classique ou le chef-d'œuvre, le cinéphile risque de se construire une chimère inaccessible, et il peut très bien sortir du visionnement en se disant "ce n'était que ça? ". Pourtant, lorsqu'il reverra le tout pour une deuxième ou une troisième fois (ces séances qui seront encore plus jubilatoires que la première fois), il se rendra compte que finalement, il était dans l'erreur. L'ouvrage remplit presque toutes ses promesses, peut-être même plus.

Suivre le tout comme un suspense infernal est logique... et maladroit tant ce n'est pas la conclusion attendue qui vaut le détour, mais bien la progression de l'aventure qui évoque autant un classique de Bunuel que ceux de James Bond. Comme dans tous ses films, le cinéaste développe des héros torturés par leur esprit. Il perdait la tête dans Following, tournant continuellement en rond (dans Memento), doutant de ses capacités (Insomnia) jusqu'à user d'un moyen peu orthodoxe pour survivre (The Prestige). Suite à sa longue et fastidieuse entrée en matière sur Batman Begins, l'homme chauve-souris dévoilait enfin sa noirceur et les ténèbres qui le hantait dans The Dark Knight. Un procédé qui est à nouveau emprunté ici.

Ironiquement, les liens sont multiples avec Shutter Island, le très bel exercice de style de Martin Scorsese qui mettait également en vedette Leonardo DiCaprio. Encore une fois il ne faut pas se fier aux apparences et l'histoire d'amour qui guide absolument tout prend une importance démesurée. Les êtres ont des psychologies similaires avec ces maux qui grugent l'âme, jusqu'au point de non-retour. De plus en plus à l'aise dans ce registre, Leonardo DiCaprio assure à nouveau avec brio. Son duo avec la délicieuse Marion Cotillard allège la tension, gardant finalement les deux pieds sur terre dans ce jeu de haute voltige. Le reste de la distribution, spectaculaire à souhait, compte sur une horde d'excellents comédiens de tout acabit, de Joseph Gordon-Levitt à Elle Page en passant par Ken Wanatabe, Cillian Murphy, Pete Postlewaite, Tom Berenger et Michael Caine qui fait une apparition éclair.

Le scénario pouvait évoquer The Cell, eXistenZ, Dark City ou même The Matrix. Des comparaisons qui ne tiennent pas la route tant "Inception" est dans une classe à part. Le blabla pseudo spirituel, philosophique et existentialiste est réduit au strict minimum, car le scénariste préfère explorer les méandres et les possibilités de l'esprit, les relations père-fils, les amours éternels, etc. Outre l'idée de base, il ne s'agit pas réellement d'un film de science-fiction, mais plutôt d'une odyssée dans l'âme - et le corps - humain avec ces nombreuses confrontations entre différentes sources de parasites et de protecteurs qui cherchent à rétablir ou détruire le système de défense. Les adeptes de métafiction reconnaîtront également plusieurs thèmes récurrents du romancier japonais Yasutaka Tstusui, dont ceux de "Paprika" (mettre un lien vers mon article) qui a été adapté dans une grandiose animation par le grand Satoshi Kon. Les fils dramatiques se ressemblent beaucoup et quelques scènes (celles dans l'ascenseur notamment) évoquent presque l'hommage, le clin d'œil.

Le spectateur n'est toutefois pas obligé de décortiquer l'opus dans le détail pour l'apprécier à sa juste valeur. La réalisation est spectaculaire à souhait, utilisant l'inoubliable musique d'Hans Zimmer pour rajouter de la tension. Les séquences explosives, un peu trop abondantes et filmées dans l'urgence, sont là pour aller rejoindre un public plus immédiat. Le brio de l'entreprise est d'enraciner ce flafla dans une brillante matière première qui ne sacrifie jamais le fond si inspirant à l'enivrante forme. Non seulement il est possible d'être rivé à son siège lors des multiples confrontations (le combat sans gravité ne s'oubliera pas de sitôt), sauf que cela ne se fait jamais au détriment des neurones qui courent à pleine allure. Les échos parlaient d'une prémisse compliquée et parfois touffue... ce qui n'est pas réellement le cas tant les cailloux du Petit Poucet sont clairement en évidence.

Une des (nombreuses) pistes de solutions pour s'y retrouver est de suivre les codes de couleurs qui caractérisent les différents stades de l'opus. De quoi être époustouflé par les jolies images, les teintes toujours dans le ton, le riche niveau de détails et les contrastes plus que parfaits. S'il n'y avait pas la présence de blocage, le tout s'avérerait parfait. Difficile de demander mieux sur le plan audio. Les pistes sonores sont d'une belle intensité, avec ces bruits de vagues, de cris, de tremblements et d'explosions qui déferlent des enceintes. Le vrai raz de marée se fait ressentir par la charge d'instruments qui captive au plus haut point l'ouïe. Le plus surprenant dans tout cela est que les voix demeurent toujours audibles et précises. De très visibles sous-titres blancs sont disponibles en cas de besoin.

Cette très belle édition comporte deux Blu-ray, une copie DVD, une copie digitale... et une toupie qui permet de savoir si nous sommes réellement dans la réalité! Le menu principal du premier disque offre un éloquent montage de scènes sur une mélodie trépidante. En plus du film, il y a un mode "d'extraction" de 45 minutes qui permette d'obtenir l'avis du créateur et de l'équipe technique sur différents éléments tels l'architecture, les déflagrations parisiennes, le désir d'utiliser le moins d'effets spéciaux possibles, la séquence du train, celle du corridor en rotation, la difficulté de tourner sous la pluie, le choix des lieux, etc. Le second Blu-ray offre plutôt un segment exhaustif sur la science des rêves, une animation qui explore une réalité parallèle, des documents secrets qui sont accessibles uniquement sous l'onglet Bd-Live, des affiches, des croquis et autres éléments promotionnels. Malgré ce que laisse supposer les premières informations divulguées, il n'y a pas de pistes de commentaires d'Hans Zimmer. Il est toutefois possible d'entendre la totalité de ses sublimes compositions, ce qui n'est pas négligeable.

Les détracteurs noteront que Nolan se prend toujours autant au sérieux et qu'il a un peu de misère à matérialiser son émotion. Sans doute auront-ils raison. Cela n'enlève en rien les qualités de cet ambitieux spectacle qui reprend quelques éléments de The Dark Knight pour les emmener encore plus loin. Le spectacle devient alors viscéral, un exercice de haute voltige qui laisse pantois, avec ces nombreux personnages qui ont un rôle bien précis dans le casse-tête final (par exemple celui d'Ellen Page agit en tant que cerveau, raison ou scénariste du projet, car il ne faut pas oublier que le cinéma rime toujours avec les rêves), et dont la dernière scène n'est qu'une fausse route parmi les dizaines qui ponctuent l'ouvrage. De quoi vouloir arpenter encore et encore ce labyrinthe sans fin, surtout au sein de cette édition Blu-ray aux fascinants bonus.


Cotes

Film9
Présentation8
Suppléments8
Vidéo9
Audio10