Body Double
Special Edition
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Brian De Palma
Année: 1984
Classification: R
Durée: 114 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

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Selon Robert Bélanger
27 septembre 2006

Brian De Palma est souvent cité comme étant l'un des leaders du mouvement du "Nouveau Hollywood" (1965-1980), mouvement qui fait référence à la période hollywoodienne post-classique où une jeune génération de cinéastes a radicalement changé la façon dont les films étaient produits et commercialisés, ainsi que le type de films qui étaient tournés. De Palma et ses contemporains Paul Schrader, Francis Ford Coppola, Martin Scorcese et Steven Spielberg, entre autres, ont infusé une dose de réalisme au cinéma américain en privilégiant le tournage dans des environnements naturels et ont innové en abordant des thèmes socio-politiques associés à la contre-culture, tels la critique du pouvoir, l'aliénation chez les jeunes, l'utilisation de drogues et la libération sexuelle. Fortement influencé par Godard, Antonioni, et surtout par Hitchcock, De Palma abordera, au travers de sa filmographie, le mystère et l'obsession, la dualité identitaire et la nature destructrice de la vision masculine du monde, et développera un style visuel où prime la complexité du montage et de la mise en scène. Après le controversé Scarface en 1983, il réalise "Body Double", un mélange de suspense et de satire teinté de violence et de nudité, que les critiques de l'époque ont immédiatement qualifié de scandaleux et de misogyne.

Décidément, ça ne va pas très bien pour le pauvre Jake (Craig Wasson). Claustrophobe, il joue un vampire dans un film de série B, mais est pris de panique chaque fois qu'il doit entrer dans son cercueil. De plus, Sam habitait chez sa copine, mais se retrouve à la rue depuis qu'il l'a surprise au lit avec un autre homme. Lors d'une audition, il rencontre Sam (Gregg Henry), un collègue acteur, et celui-ci lui propose d'occuper son appartement puisqu'il doit s'absenter pendant quelques mois. Jake accepte et, avant son départ, Sam lui montre sa "voisine préférée" au travers d'un télescope, une superbe jeune femme qui exécute un sulfureux striptease tous les soirs devant sa fenêtre. Jake devient obsédé par la femme, se met à la suivre et finit par faire sa connaissance après avoir récupéré son sac à main qui avait été volé. Mais plus tard, alors qu'il l'observe à nouveau de son appartement, Jake assiste à son assassinat. Pris dans un labyrinthe de supercheries, Jake s'apercevra qu'il y a beaucoup trop de coïncidences dans cette histoire et ne pourra résoudre le mystère qu'avec l'aide de Holly Body (Melanie Griffith), une actrice de films pornos.

Hommage à Hitchcock et satire acidulée du système hollywoodien, "Body Double" est un film inégal qui fonctionne parce que De Palma ne se prend pas du tout au sérieux. Un peu comme si le réalisateur voulait nous montrer ce qu'il adviendrait de Vertigo et de Rear Window si on transposait l'intrigue dans les années 1980 et si cette intrigue était le fruit de l'imagination tordue d'une prostituée adepte de films gore! Ce mélange de violence, de comédie, de sexe et de suspense peut paraître déroutant, mais il demeure efficace, même si au final certaines séquences prises individuellement sont plus convaincantes que le film dans sa totalité. On se rend d'ailleurs compte que De Palma est plus intéressé par la technique que par l'histoire et la direction d'acteurs. Obsédé par les détails et l'aspect visuel, il multiplie l'utilisation d'écrans divisés, de longs plans éloignés, de travelling et d'angles de caméra innovateurs, se distanciant souvent du sujet pour laisser le spectateur entrer dans l'action. La scène où Jake suit la femme fatale au centre commercial et celle sur la plage où il observe de loin le complexe d'appartements sont de véritables bijoux de chorégraphie. Bon, l'intrigue est inutilement compliquée et le jeu des acteurs est plutôt limité, mais le côté excessif et irrévérencieux de "Body Double" compense largement.

Restauré et remastérisé, le transfert anamorphosé de "Body Double" est excellent. L'image est claire et propre, les couleurs sont vives et naturelles, et le niveau des contrastes et des détails est à point. Je n'ai noté aucun problème de compression ou d'accentuation des contours. C'est tout aussi bon côté audio, alors que la piste sonore offre une excellente spatialité et que l'ambiance générale est agrémentée d'effets ambiophoniques directionnels alternant force et subtilité, qui rendent l'expérience très immersive. L'étonnante trame musicale de Pino Donnagio est rendue avec justesse et les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. La présentation est standard et le boîtier simple ne contient qu'un encart publicitaire. Les menus sont statiques, sans accompagnement musical et la navigation s'effectue aisément. Au niveau des suppléments, on retrouve quatre revuettes ("The Seduction", "The Setup", "The Mystery", The Controversy") où le réalisateur, Melanie Griffith, Gregg Henry et Deborah Shelton, nous parlent de la genèse du projet, du casting et du tournage, en passant par la controverse entourant la nudité et la violence. De Palma est très candide dans ses commentaires et n'hésite pas à s'autocritiquer, expliquant pourquoi telle ou telle scène ne fonctionne pas du tout. À défaut d'une piste audio de commentaires, ces quatre segments nous proposent un très bon aperçu des différents aspects de la production et de l'impact du film sur la carrière des intervenants et sur le cinéma des années 1980.

Thriller érotique, hommage à Hitchcock, parodie du milieu du cinéma, "Body Double" mérite sa réputation de film culte et son contenu était presque prophétique si l'on considère que vingt ans plus tard, le sexe, la violence et la pornographie sont omniprésents dans notre société. Et puis nous sommes tous un peu voyeurs non?


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments6
Vidéo8
Audio8