Body of Lies
2-Disc Special Edition
Warner Home Video

Réalisateur: Ridley Scott
Année: 2008
Classification: 18A
Durée: 128 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51), Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 33
Nombre de disques: 2 (DVD-9 + DVD-5)
Code barres (CUP): 883929064274

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
15 février 2009

Depuis 1985, le cinéaste Ridley Scott semble être incapable de réaliser deux bons films consécutifs. Après le pertinent American Gangster, voilà que l'homme qui tourne plus rapidement que son ombre offre l'à peine potable "Body of Lies". Si la distribution est plutôt attrayante (Leonardo DiCaprio et Russell Crowe sont en bonne forme), l'histoire ne prêche pas par son originalité.

Le terrorisme est un sujet de rêve. Surtout à une époque où les attentats sont presque considérés normaux. Et pourquoi ne pas parler également de torture et de vols d'identité? Entre Rendition et Traitor, "Body of Lies" n'arrive pas toujours à trouver son propre style, ce qui est toujours dommage pour un long-métrage solidement mis en scène.

Des explosions retentissent aux quatre coins de la planète et la CIA cherche à enrayer la situation. L'agent Ferris (DiCaprio) est sur le terrain et il se demande à qui il peut faire confiance. Grâce aux instructions de son mentor Hoffman (Crowe), le jeune homme arrive à se sortir de moments périlleux. Sauf qu'il ne comprend toujours pas pourquoi il est incapable d'effectuer correctement son travail en Jordanie alors qu'il a reçu la protection de l'influent Hani (Mark Strong). La situation sera encore plus catastrophique lorsqu'une histoire d'amour risque d'être exploitée par ses ennemis...

Cette adaptation du roman de David Ignatius par le scénariste de The Departed (un remake tout de même bien transposé par William Monahan) traite de confiance et d'identité à une époque où les idéaux prennent souvent le bord. L'œuvre est également transcendée par tous les effets secondaires de cette guerre dont se livre une organisation souvent déconnectée qui achemine ses messages de leur propre pays à des agents sur le terrain qui se sacrifient pour leurs idéaux. Rajoutez à cela la réalisation toujours experte de Ridley Scott et vous obtenez une production extrêmement huilée et efficace mélangent action et réflexion.

Pourtant, plusieurs pièces manquent au casse-tête. Les séquences d'action sont trop abondantes et elles ne sont pas nécessairement filmées avec authenticité. La première demi-heure, plutôt longue et inutile, s'insère mal avec le reste de l'ensemble. Très souvent, pas moins de cinq idées distinctes semblent être imbriquées, ce qui provoque de nombreux changements de pays. Oui, le terrorisme est mondialisé, mais pas besoin d'aller dans dix régions de la planète pour le prouver. En agissant ainsi, l'attachement se fait difficilement envers les protagonistes.

De ce côté, Léonardo DiCaprio assure sans jamais surprendre. Il offre une prestation digne d'un Blood Diamond, troquant l'émotion par des regards sévères. Même si son personnage, sorte de Rambo avec un cerveau, sera continuellement blessé, il continuera tout de même à courir comme si de rien n'y était. Et avec l'entraînement psychologique et intellectuel qu'il a reçu, comment peut-il flancher devant une belle infirmière et mettre sa mission en péril? Ce sont ces incohérences qui handicapent le récit, ce choix délibéré d'abandonner les jeux raisonnés du chat et de la souris pour offrir plus de romance et d'explosions.

La vedette de The Aviator ne fait toutefois pas le poids face à Russell Crowe, l'acteur fétiche du metteur en scène depuis le surestimé Gladiator. Le comédien, grossi pour l'occasion, multiplie les crochets verbaux envers son partenaire. Il est pratiquement la seule source de rires de l'entreprise, une idée salvatrice pour un projet qui se prend tellement au sérieux. Ces bonzes hollywoodiens doivent toutefois s'incliner devant Mark Strong, tout simplement magistral dans un rôle difficile de gentil méchant (ou vice-versa) qui captive par la seule intensité de son regard. En voilà un qui doit être déçu de ne pas avoir décroché une nomination aux Oscars dans la catégorie du meilleur acteur de soutien.

Ridley Scott est un ancien directeur photo et cela paraît par son image toujours juste et précise d'où émane des milliers de détails. Peu importe que le grain et le blocage soient au rendez-vous, le niveau des couleurs est sidérant, tout comme les reflets utilisés et la profondeur des contrastes. Sur le plan sonore, c'est la totale. Les différentes pistes sonores sont d'excellentes qualités, laissant échapper une multitude de sons renversants (des explosions, des hélicoptères, le cri d'une chèvre, etc.) et des élans d'une musique variée des haut-parleurs en prenant soin de toujours rendre justice aux nombreux dialogues. Entre une très honnête traduction francophone doublée au Québec et de jolis sous-titres jaunes, le choix n'est pas toujours évident.

En contrepartie, l'image sur le boîtier est décevante. Elle ne montre que les deux protagonistes dans une pose affligeante qui peut rappeler la pochette d'une série B. Le menu principal du DVD évoque le plan d'un radar avec quelques cibles importantes. Une bonne idée insuffisamment développée. Les suppléments, extrêmement intéressants et fascinants, déçoivent par leur faible durée. Il y a tout d'abord trois segments - totalisant moins de 25 minutes - qui permettent d'en apprendre davantage sur les modes de travail du réalisateur (il tourne parfois avec huit caméras!), sur les attraits de filmer au Maroc et sur les démarches de l'auteur. Du bonbon. Mais pas autant que cette succulente piste de commentaires qui permet à Scott, à Ignatius et à Monahan de disséquer l'œuvre, soulevant plusieurs pistes de réflexion qui sont souvent bien plus instructives que le résultat final. Une copie numérique du film est également présente pour les personnes qui préfèrent le regarder sur leur ordinateur.

Ni bon ni mauvais et méritant sans doute plus qu'un visionnement, "Body of Lies" n'offre absolument rien de nouveau à tous ces longs-métrages qui ont comme toile de fond la lutte au terrorisme. Techniquement au point avec une distribution de qualité, la progression s'enlise dans des intrigues inutilement complexes qui, mystérieusement, se règlent à la vitesse de l'éclair dès que la flamme du personnage principal disparaît. Il en va tout autrement dans la réalité.


Cotes

Film6
Présentation5
Suppléments5
Vidéo8
Audio9