The Brave One
Warner Home Video

Réalisateur: Neil Jordan
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 122 minutes
Ratio: 2.40:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51), Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 31
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
27 janvier 2008

Neil Jordan est un drôle de réalisateur. Il aime souvent traiter de conflits historiques et politiques (comme dans Michael Collins) et il le fait généralement de façon indépendante. Entre deux projets plus personnels, le créateur du mythique The Crying Game revient à Hollywood pour diriger une grosse production plus clinquante et divertissante. Après son excellent Breakfast on Pluto, le voilà arpenter le chemin délicat et parfois manipulateur de l'auto vengeance avec "The Brave One".

Erica Bain (Jodie Foster) est une populaire animatrice de radio de New York. Un jour, elle et son conjoint sont battus dans Central Park et son amoureux rend l'âme. Une fois hors du coma, elle n'arrive pas à reprendre sa vie normale. Sa personnalité se transforme et devant l'inertie des forces de l'ordre, elle décide de se promener avec un pistolet et de s'en servir en cas de besoin. Au gré des journées, elle se lie d'amitié avec un policier (Terrence Howard) qui est frustré des règles en place. Des meurtres inexpliqués surgissent, et le destin des deux protagonistes ne pourra qu'être intimement lié.

Ce récit aurait facilement pu sombrer dans la facilité et le sensationnalisme façon An Eye For An Eye ou plusieurs productions de Joel Schumacher. Face aux intempéries de l'existence, une justicière décide de faire le ménage et de nettoyer les méchants. Heureusement, il n'en est presque rien. Derrière quelques passages plus douteux, des séquences invraisemblables et une finale qui fait sourciller, un message de perdition s'ancre dans les esprits. Cet étranger qui s'accapare de l'organisme n'est pas une fin en soi, mais un fléau qui détruit l'âme. Les personnages passent la majorité de leur existence à fuir ces zones sombres et malheureusement pour eux, ils ne peuvent qu'écouter leurs tentations les plus viles.

Devant un scénario à la limite du racoleur qui arpente des territoires qui sont loin d'être vierges, le brio des interprètes sauve la mise en transformant une banale prémisse en suspense aussi haletant qu'efficace. Dans le difficile rôle principal, Jodie Foster est comme toujours étincelante. Elle semble animée de la même énergie que dans le réussi Panic Room, entre douceur et fermeté, en livrant une prestation sans faille. Les meilleurs moments du film sont lorsque son personnage doit côtoyer celui du policier, incarné avec douceur et sincérité par un Terrence Howard qui ne finit plus de surprendre. Cet être en trois dimensions apporte l'humanité – et l'humour! – en demeurant toujours au service de l'intrigue.

Les adeptes de Neil Jordan trouveront que leur réalisateur préféré se retrouve davantage du côté du mélancolique The Good Thief que de l'inoubliable The Butcher Boy. Pourtant, derrière cette grande machine dirigée par le producteur Joel Silver, ressort un cinéaste en pleine possession de ses moyens, qui reprend à nouveau son thème fétiche: la marginalité. Personne ne comprend l'héroïne qui décide de fuir... avant de se rendre compte qu'elle tourne en rond. Des simplifications peuvent paraître outrancières et des individus ne semblent présents que pour faire la morale, mais l'ensemble est rondement mené. Dans le premier tiers, le metteur en scène derrière Interview With a Vampire fait tourner sa caméra comme une balance, reprenant en vue subjective ce qu'Erica Bain ressent. Et il n'hésite pas à mettre en symbiose de la terreur pure avec des extraits romantiques, un mélange assez surprenant.

Dans cet univers aseptisé, New York devient un personnage à part entière. La ville est photographiée magnifiquement... et elle ne donne pas toujours le goût d'être visitée! Les images, si elles manquent parfois d'éclat, s'avèrent très réalistes et les contrastes prennent de plus en plus d'importance à mesure que l'ombre s'accapare de l'existence des anti-héros. Une luminosité un peu trop flagrante nuit parfois un peu trop aux couleurs, mais jamais pour très longtemps. Les pistes sonores anglophones, francophones et espagnoles sont en Dolby Digital 5.1 et elles agrémentent généralement bien les différentes enceintes. Soudainement, un train fait sursauter, si ce n'est pas un coup tiré ou une sirène de police. La musique, très présente, évoque le suspense ou le drame, hormis cette pièce populaire plus douteuse qui se veut légèrement kitch. Il n'y a aucun bruit pour entraver les dialogues et c'est Jodie Foster qui double elle-même sa propre voix dans la langue de Tremblay. En cas de besoin, il y a de beaux sous-titres blancs qui permettent de ne rien manquer.

Il est difficile de ne pas être interpellé par la pochette. L'actrice principale pointe une arme au visage du spectateur, l'obligeant presque à visionner l'œuvre. Le menu principal du DVD se tient dans les mêmes eaux. S'il n'y a aucune animation, une chanson mouvementée vient déjà titiller les nerfs. Après une première écoute, il est aisé de sauter aux suppléments. De ce côté, il y a six minutes de scène supprimées qui n'apportent presque rien au récit. Mieux vaut donc se retourner vers ce très intéressant documentaire sur le tournage. Pendant vingt minutes, Joe Silver parle de son admiration pour le réalisateur, monsieur The End of An Affair explique la façon dont il a tourné quelques scènes, Jodie Foster raconte ce qui l'a attirée dans ce projet (tout en faisant un parallèle avec l'incomparable Taxi Driver) et Terrence Howard traite de la formation policière qu'il a dû subir. De quoi en savoir un peu plus sur le produit final.

"The Brave One" est loin d'être le meilleur film de son cinéaste. Les motivations des personnages s'avèrent parfois manipulatrices et quelques conclusions laissent supposer que l'auto justice est la voie à suivre. Il faut pourtant échapper à cette vision assez primaire pour aborder de front les véritables enjeux: la facilité à se procurer une arme, le peu d'aide apporté aux victimes de violence, le laxisme de certaines lois, etc. Quelques thèmes qui sont touchés en ricochet par la bande. Malgré ses défauts, le nouveau Neil Jordan est souvent sauvé par le duo plus que parfait de Jodie Foster et de Terrence Howard qui offre au long-métrage des scènes tristes et même déchirantes.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments4
Vidéo7
Audio8