Bright Star
TVA Films / Pathé

Réalisateur: Jane Campion
Année: 2009
Classification: PG
Durée: 118 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 025192058691

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
14 février 2010

Présenté en compétition officielle à la dernière édition du Festival de Cannes, "Bright Star" dirige surtout les projecteurs vers Jane Campion, qui revient à la réalisation six années après son décevant In the Cut. Une nouvelle histoire d'amour d'une romance exacerbée qui n'a cependant presque rien à voir avec son grandiose The Piano.

En 1818 à Londres, la société anglaise ne voit pas du bon œil le mélange de classes sociales. Cela n'empêche pas le poète sans le sou John Keats (Ben Wishaw) d'avoir un puissant et sincère béguin pour Fanny (Abbie Cornish) qui vient d'une famille aisée. Au départ, les deux jeunes gens ne peuvent se blairer, mais rapidement, ils deviennent indissociables, cachant leur union pour ne pas s'attirer de problèmes. Lorsqu'une des deux âmes tombent malade, la seconde attend désespérément son retour, échangeant avec sa douce moitié une correspondance épistolaire.

Avec Agnès Arda, Jane Campion est probablement la cinéaste la plus acclamée et réputée de l'industrie cinématographique. Au début de son parcours, elle séduisait avec Sweetie et An Angel at My Table, avant d'atteindre l'extase grâce à son inoubliable The Piano, qui allait lui rapporter une Palme d'Or en 1993. Depuis cette année charnière, les projets allumant se sont fait moins présents. Dans The Portrait of a Lady, son regard féminin non dénué d'intérêt et de classicisme se perdait parfois par manque de vigueur, alors que Holy Smoke n'arrivait pas toujours à tirer profit de son sujet et de ses fabuleux interprètes. Venant ensuite In the Cut, où elle cognait son premier vrai mur, offrant un suspense sexuel plus ou moins crédible.

Comment se relever de cet échec? En ne prenant aucun risque et en retournant exactement à l'endroit où tout le monde l'attend: au film de costumes. C'est un peu le sort réservé à "Bright Star", une adaptation élégante, mais glaciale de la vie de John Keats à partir de ses propres poèmes et d'une biographie qu'en a déjà tiré Andrew Motion. Comme à l'accoutumée, la metteure en scène atteint presque le nirvana sur le plan de la photographie et la direction artistique. Les plans sont de véritables peintures qui respirent, donnant le profond désir d'aller s'y perdre quelques heures. L'image est soignée sans atteindre l'apothéose, se répercutant grâce à des couleurs étonnantes et de formidables teintes, mais également des contrastes un peu trop sombres et austères.

Le tout est accompagné de subtiles compositions de Mark Bradshaw qui animent régulièrement le récit. Les pistes sonores, discrètes dans leur façon d'exploiter les différents haut-parleurs (en recréant des bruits d'oiseaux, de jappements de chiens, de voix, d'applaudissements, d'éclairs ou de pluie), ne délaissent pas pour autant les voix un peu faibles, mais toujours compréhensibles. Bien que la traduction française soit très acceptable, la version originale anglaise est nettement plus recommandable tant le pouvoir des mots et de la langue est fort. Dommage qu'au passage, aucun sous-titre ne soit de la partie, seulement au cas où les accents britanniques seraient trop prononcés.

Il fallait bien tous ces éléments, car l'ensemble ne s'avère pas toujours convaincant. Le rythme indolent intéresse difficilement et il faudra attendre presque une heure avant de ressentir une quelconque émotion envers les personnages. Par des frôlements de mains, des regards intenses et des corps qui vibrent, la chimie entre Abbie Cornish et Ben Whishaw est palpable, et ce, même si les dialogues se veulent plus naïfs que réellement inspirés. Contrairement à un James Ivory (A Room With a View), à un Joe Wright (Atonement) et même à un James Cameron (Titanic), le sentimentalisme suranné prend périodiquement le dessus, alors que la réalisation demeure beaucoup trop sage. Ce qui, dans le genre, n'est pas nécessairement un défaut, seulement une constatation.

La pochette inspirante montre les deux amoureux qui sont sur le point de s'embrasser. Le menu principal du DVD opte plutôt pour un potable montage de séquences sur quelques chants angéliques. Les suppléments sont superficiels, se limitant à deux minutes d'inégales scènes supprimées et trois segments d'à peine sept minutes (au total) où la talentueuse créatrice parle de la naissance du projet, de l'apport des comédiens et du soin apporté aux costumes. Des explications qui manquent nettement de profondeur.

À l'instar de Coco avant Chanel d'Anne Fontaine (une autre biographie romancée qui sent parfois trop la carte postale), "Bright Star" traite d'une femme à l'avance sur son temps dont l'amour lui apportera les plus grandes sources de bonheur et de malheur. Le principal couple d'amoureux est particulièrement mignon et l'esthétisme séduit au plus haut point, sauf que l'objet tourne parfois à vide, et quelques thèmes fascinants (la création influence l'amour ou ça serait le contraire?) sont traités trop sommairement. Malgré sa propension à intéresser, ce n'est malheureusement pas avec ce titre-ci que Jane Campion retournera dans les bonnes grâces de ses admirateurs.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments2
Vidéo7
Audio7