The Brothers Bloom
E1 Entertainment / Summit Entertainment

Réalisateur: Rian Johnson
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 76 minutes
Ratio: 2.40:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 18
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212000614

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
6 octobre 2009

Dans certaines mains, "The Brothers Bloom" aurait été un classique culte composé de magnifiques tableaux de cinéma. À l'état actuel, il n'est que ludique, brouillon et sans conséquence. Sa féroce originalité et son ton jubilatoire risquent toutefois de pallier plusieurs de ses largesses.

Difficile d'oublier Brick, un des longs-métrages les plus étonnants de 2005. Cette œuvre à petit budget réussissait brillamment à détourner les codes du film noir. Lauréat d'un succès d'estime et de quelques prix sur son passage, son réalisateur Rian Johnson a pris son temps avant d'accoucher d'un second ouvrage. Présenté au festival de Toronto en 2008, "The Brothers Bloom" n'a pas reçu le même accueil. Pas que l'ouvrage soit mauvais, loin de là. Il ne possède seulement pas l'inventivité de son précédent essai. De quoi titiller légèrement les cinéphiles qui se retrouvent tout de même devant un divertissant objet aussi comique que sympathique.

Les frères Blooms sont des maîtres de l'arnaque. Pendant que Stephen (Mark Ruffalo) prépare des plans ingénieux, Bloom (Adrien Brody) les réalise efficacement. En compagnie de leur acolyte Bang Bang (Rinko Kikuchi), ils décident d'escroquer la riche, jolie et insouciante Pénélope (Rachel Weisz). Ce qui devait être un simple tour de passe-passe se complique lorsque les sentiments apparaissent au tournant.

Le cinéaste connaît son art. Après seulement deux films, il se plaît à mélanger les styles et les genres, apparaissant toujours aux endroits les plus insoupçonnés. C'est le cas de son dernier effort tout à fait abracadabrant où le réel et le fantastique se côtoient sans cesse. Frère spirituel de Wes Anderson, Johnson opte pour une mise en scène légère et lumineuse qui, à l'instar de l'hilarant Dirty Rotten Scoundrels de Frank Oz, manipule constamment son public. Le vrai et le faux briguent le même espace et le gagnant ne le sera jamais pendant très longtemps.

Tout est au service d'une fantaisie lustrée qui aime le faste et les grands espaces. Les décors et les costumes détonnent allègrement, tout comme cette trame narrative qui imite James Bond en changeant perpétuellement de pays. Ce tour de l'Europe - et de l'Amérique - est d'un kitch pleinement assuré, ressemblant parfois même au vieux Ocean's Eleven. Une folie poétique qui est admirablement secondée par une mise en scène rythmée qui ne fait presque jamais défaut.

L'humour typiquement britannique ne vogue pas vers un horizon déterminé. Il y a des touches à la Pink Panther première mouture, ainsi qu'un second degré qui sied parfaitement aux comédiens. Le duo composé de Mark Ruffalo et d'Adrien Brody fonctionne rapidement grâce à la prestance du premier et la désinvolture du second. Le tandem n'est toutefois que les faire-valoir d'une incroyable distribution secondaire: Robbie Coltrane qui apparaît toujours subitement, Rachel Weisz qui n'aura jamais été aussi irrésistible et surtout la magistrale Rinko Kikuchi. Cette actrice aperçue dans Babel vole la vedette sans jamais ouvrir la bouche, un véritable tour de force.

Après une enjouée introduction et une fantastique première partie, le long-métrage peine à tenir toutes ses promesses. À force de chasser autant de lièvres, il retourne bredouille à la maison. Ce qui en émane est cette sensation de flottement au sein d'une intrigue qui va un peu n'importe où, multipliant les faux-semblants pour masquer sa flagrante absence de profondeur. Le subterfuge est levé lors de cette finale qui tarde à venir et de ce ton incroyablement moralisateur qui gâche presque tout.

Tout est cependant beau et pétillant sur le plan technique. La photographie s'avère merveilleuse, avec ces images très détaillées, ces couleurs incroyablement colorées et ces contrastes généralement homogènes. De quoi faire oublier ce blocage insidieux. Tout aussi agréable est la trame sonore riche et variée qui soutient admirablement bien l'action, les péripéties et les élans du cœur. Les pistes sonores, étonnamment immersives, regorgent de bruits divers (des explosions, du feu, de l'eau, des sons d'animaux, de transports, etc.) qui s'échappent des différentes enceintes, sans toutefois nuire aux dialogues qui s'entendent instantanément. Afin de saisir les nombreuses subtilités du texte, il peut être intéressant d'insérer de très visibles sous-titres jaunes ou de sélectionner l'honnête traduction française.

La pochette reprend efficacement le visage des trois héros et quelques lieux importants. Le menu principal ressemble plutôt à un livre de poche d'où émane un montage de scènes porté par une mélodie rutilante. Les suppléments fantaisistes regroupent quelques bandes-annonces, une galerie d'intrigantes photographies, trois séquences en scénarimages, un documentaire plutôt longuet sur l'attente des comédiens avant de tourner une scène et 32 minutes de segments retranchés. Le tout se regarde aisément, avec un énorme sourire aux lèvres. Le bonus le plus spectaculaire est toutefois cette formidable piste de commentaires. Rian Johnson et le producteur Ram Bergman narrent l'ensemble avec beaucoup d'humour et de tendresse, se perdant dans les anecdotes invraisemblables et les constats qui obligent le spectateur à porter un nouveau regard à l'ensemble.

Ce que "The Brothers Bloom" manque en ambition, il le compense par son imprévisibilité. Les situations disjonctées se succèdent à un rythme effarant, laissant le cinéphile admiratif devant ces interprètes enjoués et ces gags si bien amenés. Jusqu'au moment où l'écran de fumée disparaît, découvrant les brèches d'un scénario parfois déficient. Cela donnera une raison au réalisateur et au scénariste de travailler encore plus fort pour son prochain projet. D'ici là, adapter le tout en pièce de théâtre pourrait être une merveilleuse façon de polir le tout...


Cotes

Film6
Présentation7
Suppléments7
Vidéo8
Audio8