Bruce Lee Ultimate Collection
20th Century Fox

Réalisateur: Lo Wei, Bruce Lee, Robert Clouse, Ng See Yuen
Année: 1971, 1972, 1973, 1979, 1981
Classification: 14A
Durée: 492 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DD51, DTS51) + Mandarin & Cantonais (DDST) sauf "Game of Death 1 & 2"
Sous-titres:
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 5 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
25 octobre 2005

Plus de 40 ans après sa mort tragique, Bruce Lee demeure le maître incontesté des films d'arts martiaux. Puisque j'ai déjà abordé sa biographie dans ma critique de Enter the Dragon, je vais m'attarder ici à certains aspects qui expliquent comment Lee a su révolutionner le genre et réinventer le héros chinois.

Durant toute sa vie, Bruce Lee n'a cessé de rompre avec les principes traditionnels d'enseignement des arts martiaux chinois en mélangeant les techniques de combats dans le but d'offrir un héros moderne et exportable. Cette approche reflétait une panasiatisation des arts martiaux pour les rendre plus efficaces dans l'Asie contemporaine. Il prônait politiquement le renouveau asiatique à la fois contre le modèle occidental et les modèles chinois archaïques. En ce sens, Lee a eu le même impact que Tsui Hark et John Woo ont eu en redéfinissant l'archétype des gangsters. Dans ses films, Lee radicalisait l'idée que l'action devait réellement s'effectuer devant la caméra. Les combats sont filmés en longs plans-séquences dans un cadre d'ensemble pour ne rien perdre de la réalité des exploits. Lee présentait également une version du héros asiatique très engagée. C'est l'opprimé qui condamne l'emprise arrogante des Japonais et des Occidentaux. L'un des principaux caractères moraux du héros de Bruce Lee est qu'il n'exprime aucune magnanimité chevaleresque et n'éprouve aucune pitié. Il demeure un héros chinois, mais un héros qui, pour épancher sa soif de libération, se doit de briser avec les traditions pour se faire justice. Lee va donc créer tout un lexique cinématographique (regards, expressions faciales, cris) pendant ses combats et aussi quand "il met à mort" ses adversaires. Les combats ressemblent à ceux des gladiateurs de la Rome Antique et Lee utilise ce langage pour interpeller l'ensemble des spectateurs et attirer les acclamations de la salle.

Voilà donc quelques pistes de réflexion qui, je l'espère, vous permettront de jeter un regard neuf sur le personnage mythique qu'est Bruce Lee et sur les cinq films inclus dans ce coffret, tous tournés pour le compte de Golden Harvest. Veuillez noter que vous retrouverez la cote du film après chaque film et une note commune à la fin pour les aspects audio/vidéo/présentation/suppléments. Ces derniers étant quasi identiques, cela permet d'éviter les répétitions.

The Big Boss (ou "Fists of Fury", 1971)

Cheng (Bruce Lee) est un jeune homme qui quitte son village natal pour aller vivre avec un groupe de ses cousins. Ceux-ci travaillent dans une usine de fabrication de glace et aident Cheng à s'y trouver un emploi. Quand deux d'entre eux disparaissent après avoir découvert de la drogue cachée dans un bloc de glace, Cheng prendra les choses en main malgré la promesse qu'il avait faite de ne pas utiliser ses habiletés au combat.

Réalisé par Lo Wei, "The Big Boss" fut l'un des premiers "Chop Socky" (films de kung fu) à tenter de donner une certaine profondeur aux personnages. Malheureusement, puisque ces scènes sont maladroites et ne fonctionnent pas, l'intrigue piétine et il faudra attendre la seconde partie du film avant de voir Bruce Lee casser la baraque. Même s'il n'affronte aucun adversaire à sa mesure et qu'il n'utilise pas les cris stridents et la gestuelle qui deviendront plus tard sa marque de commerce, son style économique axé sur la puissance est mis en évidence et insuffle une grande part de réalisme aux scènes de combat. "The Big Boss", bien qu'amputé de plusieurs scènes de violence (la version originale fait 115 minutes), nous offre tout de même un bon aperçu de l'immense talent et du charisme de Bruce Lee, et de l'impact qu'il a eu sur le genre.

Fist of Fury (ou "The Chinese Connection", 1972)

Au début du 20e siècle, alors qu'une partie de la Chine est sous occupation japonaise, Chen (Bruce Lee) retourne à Shanghai pour découvrir que l'illustre dirigeant de son école de kung-fu a été assassiné par les membres d'une école japonaise rivale. Devant l'impuissance des autorités chinoises à rendre justice, Chen, fou de rage, décide de venger son maître et d'affronter seul les responsables de sa mort.

Réalisé encore une fois par Lo Wei, "Fist of Fury" est cependant beaucoup plus réaliste et techniquement supérieur au film précédent. Utilisant le thème classique de la vengeance, il met en évidence toute la vitalité et la hargne de Bruce Lee qui a cette fois-ci chorégraphié lui-même tous les combats. La scène où il va affronter les spécialistes des arts martiaux japonais à leur école, ainsi que ses duels avec le Russe et le Japonais sont de véritables pièces d'anthologie. Lee est en pleine possession de ses moyens et on peut apprécier tout son arsenal de mimiques, de cris et de fulgurantes actions offensives, avec introduction aux redoutables "nunchakus" en prime. Les combats foisonnent, mais Lee nous démontre également qu'il sait jouer lors des séquences avec sa partenaire Nora Miao. Il se permet même une escapade humoristique assez convaincante alors qu'il se déguise en employé des services téléphoniques pour s'introduire dans le repaire des vilains. Mis à part les excès d'anticolonialisme japonais, "Fist of Fury" demeure le film le plus réussi de la carrière hongkongaise de Bruce Lee.

Way of the Dragon (ou "Return of the Dragon", 1972)

Tang Lung (Bruce Lee) est envoyé de sa Chine natale à Rome pour aider une amie de la famille qui a des ennuis avec des gangsters locaux. En effet, la mafia veut forcer la jeune femme à leur vendre son restaurant et harcèle les clients et les employés. Tang Lung s'avère un adversaire redoutable et le chef des gangsters fera venir le réputé Colt (Chuck Norris) des États-Unis pour se débarrasser de Tang Lung.

Première réalisation de Bruce Lee, "Way of the Dragon" est un mélange pas toujours convaincant d'amateurisme et de fabuleuses scènes de combat. La première partie du film, axée sur l'humour, nous montre un Lee aux prises avec le choc des cultures, mais ces scènes paraissent forcées et deviennent vite redondantes. De plus, l'inclusion d'extraits de films d'archives, qui semblent provenir d'un guide touristique, n'ont d'autre but que de nous faire apprécier le paysage romain. Au bout du compte, on ne se souviendra que de l'entraînement et des combats dans la ruelle derrière le restaurant, et du duel final entre Lee et Chuck Norris au Colisée, probablement la meilleure scène de combat jamais filmée. Mais même cette séquence comporte un élément bizarroïde puisqu'un petit chat observe attentivement la scène.

Game of Death (1972/1978)

L'acteur spécialiste des arts martiaux Billy Lo (extraits des films précédents de Bruce Lee, doublures, images fixes et photos découpées aux ciseaux!) refuse de signer un contrat qui confierait sa carrière à un syndicat du crime organisé. Après avoir subi des assauts répétés de la part des gangsters, Billy décide de feindre sa propre mort et revient par la suite incognito pour démanteler le syndicat.

En 1972, Bruce Lee avait temporairement abandonné le tournage de "Game of Death" pour celui de Enter the Dragon. Malheureusement, Lee connut une fin tragique peu avant la sortie du film en salle et "Game of Death" ne fut complété que six ans plus tard. Puisque Lee n'avait tourné que la scène finale, il n'y a vraiment rien à voir jusque-là. Les doublures, les photos et les extraits de films ne remplacent pas Bruce Lee et on se sent un peu mal à l'aise devant cette "Brucesploitation" qui exploite sans vergogne la popularité d'une légende. Par contre, on pourrait arguer qu'il s'agit d'un hommage à Lee qui nous permet d'assister à d'excellentes scènes de combat qu'il aurait été difficile de visionner autrement, en particulier son fabuleux duel avec la légende de la NBA Kareem Abdul Jabar, un élève de Lee. Le cinéaste Quentin Tarentino lui a d'ailleurs rendu hommage dans Kill Bill en faisant porter à "The Bride" (Uma Thurman) le même survêtement jaune que Lee portait dans "Game of Death".

Game of Death II (ou "Tower of Death", 1981)

Lorsque Billy Lo (extraits de films de Bruce Lee et doublures) et son maître Chin Ku sont assassinés, Bobby (Kim Tai Chung), le frère de Billy, tentera de démasquer les responsables. Son enquête le mènera au "Castle of Death", le repaire du sinistre Lewis (Roy Horan) et le dernier endroit où Chin Ku a été vu vivant. Bobby nouera une amitié avec Lewis, mais celui-ci décédera dans des circonstances mystérieuses. Bobby devra alors affronter un redoutable adversaire.

Après le succès de "Game of Death", on a décidé de presser un peu plus le citron de la popularité de Bruce Lee en tournant une suite. Puisqu'encore une fois, les doublures et les extraits de films sont peu convaincants et qu'il y a une limite à ce qu'on peut faire en filmant un personnage de dos, le réalisateur Ng See-Yuen a décidé à mi-chemin de faire mourir le personnage de Lee. Sage décision qui nous permet enfin de nous concentrer sur une intrigue bancale digne d'un film de série B, mais qui offre tout de même son lot de scènes de combat impressionnantes (chorégraphiées par Yuen Woo Ping), un soupçon de nudité gratuite, un lion qui est clairement un gars dans un costume et des décors sortis tout droit d'un mauvais film d'espionnage des années 1970. Pas très sérieux tout ça, mais "Game of Death II" a tout de même le mérite de ne pas se prendre au sérieux et d'être divertissant.

Les transferts remasterisés de cette édition Fox/Fortune Star représentent une légère amélioration par rapport à ceux disponibles chez Hong Kong Legends (région 2) et Mega Star (région 3). L'image est passablement claire et propre, avec un minimum de taches et d'égratignures. Les couleurs sont vibrantes et naturelles, et le niveau des contrastes et des détails est généralement très bon. Il y a quelques problèmes de compression et d'accentuation des contours, mais rien de trop grave. La qualité varie un peu d'un film à l'autre, le moins bon des transferts étant celui de "Way of the Dragon", qui a été tourné avec un budget réduit et qui présente une image parfois floue et granuleuse, alors que ceux de "The Big Boss" et de "Fist of Fury" sont excellents. Côté sonore, on a eu la bonne idée d'inclure les pistes originales en mandarin et en cantonais sur les trois premiers films. Celles-ci ont été retravaillées en stéréo et, bien que l'activité soit centrée dans les enceintes avant, le résultat est satisfaisant. Le son paraît parfois un peu sourd et métallique, mais ceci est normal vu l'âge des films et l'ambiance sonore demeure agréable. Ceux qui veulent rire un bon coup peuvent s'en remettre aux pistes anglaises gonflées en DTS ou en Dolby Digital 5.1. Les effets ambiophoniques sont beaucoup trop forts ce qui rend les scènes de combats carrément cacophoniques. Et le doublage, comme à l'habitude pour ce genre de film, varie entre atroce et ridicule. De plus, les dialogues en anglais ne correspondent même pas avec les sous-titres anglais! Ces derniers sont de lecture aisée et exempts d'erreurs typographiques. La présentation utilise des boîtiers minces de type "digipack", insérés dans un boîtier cartonné à l'aspect métallique bleuté orné d'une photo de Bruce Lee reproduisant l'affiche de "Game of Death". Les menus sont de facture classique et proposent une photo de Bruce Lee avec des extraits de films accompagnés de musique en arrière-plan.

Les suppléments sont malheureusement peu nombreux et souvent trop courts pour explorer à fond la vie et la carrière de Bruce Lee. Les trois premiers films comportent des entrevues avec divers réalisateurs, acteurs et artisans du cinéma de Hong Kong qui ont connu et/ou travaillé avec Bruce Lee. La plupart des interventions se limitant à glorifier le personnage. Les fans inconditionnels préféreront les "Outtakes" et "NG Shots" des deux derniers films, qui présentent de la pellicule enregistrée lors du tournage de "Game of Death". On peut y voir Lee en pleine action, au son de la musique techno. Pour terminer, tous les films proposent un "Bruce Lee Slide Show", une galerie photo et quelques bandes-annonces, dont celle(s) du film.

La qualité sonore et visuelle est au rendez-vous, mais à cause de la minceur des suppléments, on ne peut pas parler d'éditions définitives des films de Bruce Lee. On est encore loin de l'édition spéciale de Enter the Dragon, mais ce coffret demeure ce qu'il y a de mieux en ce moment sur le marché et saura satisfaire les curieux et les amateurs occasionnels. Les purs et durs cependant, demeureront sur leur faim et préféreront probablement attendre des éditions simples de plus haut niveau. Par exemple, une version double disque de "Fist of Fury", remplie de suppléments, est prévue chez Hong Kong Legends (région 2) pour janvier 2006.


Cotes

Film6/8/7/5/5
Présentation6
Suppléments4
Vidéo8
Audio7