Bugsy
Extended Cut
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Barry Levinson
Année: 1991
Classification: 14A
Durée: 149 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Portugais (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français, Portugais
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 2 (DVD-9 + DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
24 décembre 2006

Film de gangsters, histoire d'amour improbable, distribution impeccable : tous les éléments étaient présents pour que "Bugsy" marque les années 1990 au fer blanc. Outre des Oscars pour la direction artistique et les costumes, le film est tombé dans les oubliettes... et il est ramené à la vie quinze ans après sa sortie dans une édition portant la marque "Extended Cut".

Il faut pourtant calmer les ardeurs des partisans du long-métrage de Barry Levinson. Les quinze nouvelles minutes n'apportent pas grand-chose à l'histoire et elles ne changent guère la réflexion finale sur cette œuvre légèrement boursouflée, comportant la recette du succès sans que la magie ne s'incruste complètement. "Bugsy", c'est Benjamin Siegel (Warren Beatty), un grand malfrat de New York de visite à Los Angeles. Dans cette nouvelle ville, il développe un goût encore plus prononcé pour le luxe, le cinéma et la belle actrice Virginia Hill (Annette Bening) avec qui il va vivre une relation amoureuse impossible. Dans ses idées de grandeur, ce truand décide d'investir son argent et celui de ses "associés" dans la construction d'un casino en plein milieu d'un désert. Un rêve qui le mettra rapidement sur la corde raide, les problèmes d'argent étant rapidement problématiques au sein de ces années 1940.

La fin des années 1980 et le début de 1990 étaient une période d'or pour le cinéaste Barry Levinson. Il arrivait à enchaîner des films personnels comme Avalon tout en offrant des flamboyantes méga productions telles Rain Man et Good Morning Vietnam. Il a finalement manqué un peu de souffle sur "Bugsy", une très bonne vue qui aurait pu être légendaire. Sur papier, le succès est immédiat. La recréation d'époque est superbe et le soin apporté aux petits détails fait chaud au cœur. Le casting impeccable, réunissant les Harvey Keitel, Ben Kingsley et Joe Mantegna dans des rôles souvent secondaires, pousse Warren Beatty à se dépasser et son personnage représente le meilleur élément de la production. Incroyablement drôle, imprévisible, chien jaloux qui tient à ses jouets, il peut être fou braque ou trop sympathique dans la prochaine scène.

Le scénario comporte quelques bons dialogues, mais le récit s'avère souvent maigre et prévisible, suivant un schéma précis pour aboutir à une conclusion plus qu'attendue. D'ici là, c'est la perte des illusions, l'amour qui détruit tout, les hauts et les bas d'un mythe : des conventions propres à tous les récits sur les gangsters, une marque de commerce appliquée et développée au fil des décennies par un certain Martin Scorsese. Mais Barry Levinson n'a jamais été un cinéaste doté de ce génie et sa réalisation, si elle se déroule rapidement et pratiquement sans aucun temps mort, finit par être conventionnelle, voir anonyme. Quelques ombres viennent sauver la mise par ici, les clins d'œil aux figures hantant Los Angeles (comme Mickey Cohen et Charlie Luciano) sont saupoudrés par là. Au final, la pâte ne s'imbrique pas parfaitement, laissant quelques ouvertures flagrantes et navrantes.

La trame sonore d'Ennio Morricone égaye sans réellement détonner. Sa musique pimpante enterre malheureusement un peu trop les voix. À moins que ça soit ces enceintes assez bien développées, offrant une abondance de bruits comme la pluie, des éclairs ou un coup de revolver. Dans tous les cas, il faudra élever le volume pour tout bien saisir ou sélectionner les très beaux sous-titres jaunes. La traduction française est loin d'être mauvaise, il est cependant malheureux que le timbre sonore d'Annette Bening soit si épouvantable. Et comme il s'agit d'un personnage important, mieux vaut se tourner assez rapidement vers la langue de Shakespeare. La qualité des images, navigant entre le sublime et le plus ordinaire, se veut finalement inégale. Les détails sont intéressants, la définition des contours est parfaite et les couleurs sont admirablement adaptées aux propos. Cependant, une luminosité blanchâtre peut apparaître à quelques endroits, tout comme du grain et du blocage sur les chemises et toits de maisons.

La pochette de "Bugsy" ne laisse aucune place à l'interprétation. Des hommes au chapeau entourent un Warren Beatty et une Annette Bening pour leur mettre de la pression. Serait-ce un film de mafioso? Le menu principal, assez traditionnel, présente un montage de quelques séquences dans un écran de cinéma et une musique vieillotte qui n'est pas désagréable. Sur le premier DVD, il y a le film et quatre bandes-annonces de productions diverses. C'est sur le deuxième disque que se trouvent tous les suppléments. Il y a une audition en noir et blanc qui est assez hilarante. Warren Beatty récite une séquence et il semble incroyablement coincé! Deux très courtes scènes inédites proposent un peu plus de romance et de drôlerie. Pourquoi pas? Le gros bonus s'intitule "The Road to Damascus : The Reinvention of Bugsy Siegel". Pendant une heure trente minutes (!), Warren Beatty, Barry Levinson et le scénariste James Toback sont assis autour d'une table et ils discutent du film. Ils passent en revue le script, le casting, la réalisation, les dialogues, les aspects glamours, les images, l'époque et bien plus encore en prenant soin d'y apporter des anecdotes et beaucoup d'humour. À un moment donné, un artisan apparaît pour commenter une question ou un segment. Pour briser le rythme et amener un peu de visuel, une personne commente une scène en particulier en l'alimentant de détails. Une idée séduisante, quoiqu'un peu longuette, pour parler de la production.

Divertissant, comique et bien interprété, "Bugsy" manque pourtant de profondeur pour s'inscrire dans la lignée des grands films de gangster comme Chinatown, The Untouchables et L.A. Confidential. Un peu plus de surprises, de tension ou de mystère n'auraient certainement pas de mal à cette œuvre facilement oubliable. Comme chronique d'un amour qui détruit tout, c'est assez intéressant. Sauf que dans le même genre, le Casino de Scorsese est nettement plus recommandable.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments6
Vidéo7
Audio7