The Buster Keaton 65th Anniversary Collection
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Jules White
Année: 1939-1941
Classification: NR
Durée: 176 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
26 février 2006

L'histoire du cinéma est ponctuée d'innovations technologiques qui lui ont permis d'évoluer et la plus importante est sans contredit l'apparition du cinéma parlant qui changea l'essence même du 7e art. Grand nombre d'artistes n'ont jamais pu s'agripper à cette nouvelle réalité et quelques-uns allèrent même jusqu'à s'enlever la vie. Buster Keaton, considéré comme le plus artisan du cinéma muet à l'exception de Charlie Chaplin, vécu lui aussi les contres coups de cette novation. Combiné à son passage à la MGM en 1928 où il perdit toute liberté artistique, il sombra dans l'alcoolisme et fut même interné en 1935. Durant cette période de grand remous, il travailla dans l'ombre des "Mark Brothers" et de "Red Skelton" pour lesquels, il écrivit plusieurs des gags des films les mettant en vedette. Parallèlement, il tourna de nombreux courts métrages, dont une dizaine pour "Columbia Pictures". "Sony Pictures" souligne cette ère en mettant sur le marché une très belle édition DVD intitulée "Buster Keaton Collection" dans laquelle on peut contempler dix variations du génie de ce grand homme qui ne souriait jamais. Voici sans plus attendre, un bref synopsis des dix courts métrages qu'a fait Buster Keaton pour "Columbia Pictures" à la fin des années 1930 et au début des années 1940:

"General Nuissance (1941)": Un milliardaire doit se rendre au bureau de recrutement pour découvrir qui est celui qu'aime sa dulcinée. "His Ex Marks the Spot (1940)": Un homme nouvellement remarié invite son ex-femme et son nouveau copain a venir vivre avec eux dans le but d'éviter de lui payer une pension alimentaire. "Mooching Through Georgia (1939)": Deux frères sèment la pagaille dans les troupes nordistes lors de la guerre de Sécession. "Nothing But Pleasure (1940)": Lors d'un voyage à Détroit ayant pour but l'acquisition d'une voiture neuve, un homme et sa femme vivent des expériences de voyage inoubliables. "Pardon my Berth Marks (1940)": Lors du voyage en train l'amenant à Reno, un journaliste maladroit assigné à la couverture d'un divorce houleux, vivra la totale alors qu'il aura maille à partir avec une valise, des gangsters et un perroquet. "Pest From the West (1939)": Un millionnaire qui a le béguin pour une jeune beauté est la proie d'un homme qui se trouve à être l'ex-ami de cette jeune femme. "She's Oil Mine (1941)": Un honnête plombier et un charlatan notoire se disputent le cœur d'une richissime héritière d'un empire pétrolier. "So You Won't Squawk (1941)": Un employé de restaurant maladroit et non respecté se retrouve du jour au lendemain traité aux petits oignons alors qu'on le confond avec un célèbre gangster. "The Spook Speaks (1940)": Un couple se voit confier la surveillance de la maison d'un magicien. À leur grand désarroi, ils seront témoins de plusieurs activités paranormales. "The Taming of the Snood (1940)": Un chapelier en vient presque à perdre la tête alors qu'une ravissante jeune femme, qui se trouve impliquée dans un vol de bijou, entre dans sa boutique pour y camoufler son larcin.

Étant moi-même un inconditionnel de Buster Keaton, de son humour physique quasi surréaliste, j'étais plus que curieux de pouvoir regarder ces courts métrages très méconnus du public. D'emblée, on peut affirmer que l'on est loin du génie créatif de maître Keaton surtout quand on pense à The General et Steamboat Bill Jr. Au lieu de lui donner l'espace et la latitude pour pouvoir s'exprimer librement, "Columbia Pictures" exigea à Buster Keaton de se plier aux exigences de Jules White (réalisateur de la plupart de ces courts métrages), lui demandant d'acter dans des numéros de vaudeville et de "Slapstick Comedy" où l'odeur du déjà-vu remplissait le studio. C'est comme prendre un cheval de course et en faire une bête de travail. Le cas Buster Keaton est malheureusement un exemple de ce genre de non-sens. Malgré les dialogues télégraphiés, les gags redondants et le fait que Buster Keaton se perd dans la distribution, il y a encore des moments de purs brios qui émanent de ce génie du langage corporel et d'autres où il est impossible de ne pas partir à rire. (La performance du pingouin sur patins à roulettes est d'anthologie).

Sony Pictures a pris grand soin de rematricer l'image de ces courts métrages et le produit final est drôlement impressionnant. L'image est presque exempte d'impuretés et une belle palette de tons de gris nous est offerte. Les contrastes sont généralement profonds et seuls quelques plans sombres souffrent d'un grain plus apparent. Le balai fut également passé à la trame sonore alors que les bruits de fond et autres impuretés ont été éliminés. Il ne reste que les dialogues, la musique et les effets ambiants qui sont admirablement reproduits et étonnamment clairs.

Chaque film propose une trame de commentaires pleine durée qui est animée par une kyrielle d'intervenants, certains experts dans l'œuvre de Keaton, d'autres dans l'histoire du cinéma et du cinéma muet. Pris individuellement, le tout demeure intéressant, mais quand on combine ces trames, on se retrouve à écouter une hallucinante dissertation sur le Hollywood des années 1930 et sur la vie de Buster Keaton. Un documentaire de vingt-cinq minutes intitulé "Buster Keaton: From Silents to Shorts", habile mélange d'intervenants et d'archives, dresse la biographie du grand artiste qu'était Buster Keaton. J'aimerais souligner le souci du détail apporté à cette splendide édition DVD. Sous une pochette classique, se cache un splendide "Digipack" aux couleurs chaudes s'ouvrant sur deux disques. De plus, la reproduction écrite des scripts originaux nous est offerte dans un magnifique livret de grande qualité d'une trentaine de pages, valeur ajoutée grandement appréciée des collectionneurs.

Cette "Buster Keaton Collection" nous permet d'apprécier l'indéniable talent qui habitait ce grand artiste aux allures tristes. Même si ces courts métrages n'ont rien à voir avec l'apothéose de sa carrière, le tout demeure divertissant. L'attention particulière apportée à cette merveilleuse édition DVD, ses 176 minutes de divertissement, la qualité visuelle et audio du produit en fait un incontournable pour tout cinéphile. Si on ajoute son prix avoisinant les vingt-cinq dollars, nous avons sous la main toute une aubaine.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments8
Vidéo9
Audio8