American Hardcore
The History of American Puck Rock 1980-1986
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Paul Rachman
Année: 2006
Classification: 14A
Durée: 100 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD50)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Sébastien Cassou
18 mars 2007

Quand on pense au mouvement punk des années 80, on pense surtout aux Sex Pistols et aux Clash, aux cheveux dressés sur la tête en mohawk, aux épingles à linge et aux manteaux de cuir couverts du A de l'anarchie. Bien que ces caractéristiques soient effectivement celles de la première vague punk, il serait injuste de s'arrêter là dans l'histoire puisque c'est en fait seulement la facette européenne (surtout britannique) du mouvement. Aux États-Unis, avec un an ou deux de retard, naissait une autre forme de punk, un mouvement tout aussi radical, aussi anti-establishment que son pendant anglais, avec la haine de Reagan et du rêve américain de la petite vie de banlieue rangée comme moteur principal. Il avait pour nom Hardcore Punk et c'est l'histoire de sa branche musicale que nous relate en détail le documentaire "American Hardcore".

Au moyen de dizaines d'entrevues avec pratiquement toutes les figures marquantes de l'époque, des groupes comme Bad Brains, Black Flag, D.O.A., SSDecontrol et autres, des gérants, des roadies, et des groupies, de vidéos d'archives de spectacles et de photographies, ce film retrace l'histoire et la géographie de cette musique marginale et parfois violente, tant haïe par tous ceux et celles qui ne faisaient pas partie du mouvement, que ce soit parents, policiers, radios commerciales ou autres. On se promène donc de Los Angeles à New York en passant par Boston et Washington pour suivre l'évolution de cette jeunesse (la majorité des membres des groupes et de leurs fans avaient entre quatorze et dix-huit ans!) en rupture avec le système de valeurs qu'on leur imposait. On apprend qu'au-delà des cheveux ras, des tatouages, des t-shirts avec le logo de leurs groupes favoris arborés par les spectateurs, et surtout de la violence autant des paroles (avec des titres de chansons évocateurs comme "Corporate deathburger" ou "Millions of Dead Cops"!) que des performances, existait un vrai esprit de communauté, d'entraide et de camaraderie parmi tous ces groupes. On "squattait" chez tel ou tel groupe lorsqu'on était en tournée, on partageait telle salle de concert (souvent des locaux désaffectés), etc.

Truffé d'anecdotes de conditions de vie difficiles, de moments touchants et de commentaires radicaux, "American Hardcore" brosse un portrait détaillé de cette musique et de cet état d'âme propre à une courte période de l'histoire américaine (1980 à 1985) mais qui devait laisser des traces importantes pour les courants musicaux à venir. Si vous avez le moindrement de curiosité musicale et des oreilles solides, ce film est un petit bijou de documentaire réalisé avec passion par des gens sûrement déjà vendus d'avance. Le fait d'avoir réussi à retracer tous ces protagonistes et d'avoir sillonné les USA pour retracer tous ces groupes éphémères le prouve amplement.

Au niveau de l'audiovisuel, un peu comme la musique qu'il présente, le documentaire est plutôt brouillon. Des entrevues dans des éclairages ambiants déficients, des lieux de tournage incongrus et bruyants comme un trottoir encombré d'échafaudages, un sous-sol écho, ou un désert venteux et un montage saccadé et même parfois épileptique ne font rien pour rendre accessible le propos à un public un peu plus frileux. Même si cela tient probablement d'une décision esthétique du réalisateur qui pose aussi en caméraman et en monteur, tout cela est parfois un peu énervant. Si on ajoute la piètre qualité vidéo et audio des images d'archives – non seulement on en était aux premiers balbutiements de la caméra VHS portative et de son micro limité ne réagissant pas si bien aux bombardements de décibels, mais on doit aussi composer avec des caméramans amateurs filmant sur la scène parmi les "stagedivers" et les fans turbulents– le résultat visuel et auditif du film serait plutôt passable que bon.

On se rattrape par contre avec les suppléments. Des séquences retranchées au montage, des performances entières provenant d'archives, un commentaire du réalisateur et du scénariste (dont le livre a inspiré le film), une galerie de photos de l'époque d'un photographe amateur groupie avec son commentaire en arrière-plan, et un extrait du lancement du film lors du festival de Sundance avec un mini-concert de D.OA. et de Circle Jerks reformés pour l'occasion.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments8
Vidéo6
Audio6