L'avocat de la terreur
Métropole Films Distribution

Réalisateur: Barbet Schroeder
Année: 2007
Classification: G (QC)
Durée: 135 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français/Allemand/Anglais (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
2 mars 2008

Barbet Schroeder est capable du meilleur comme du pire. Hormis son intrigant Single White Women, la grande majorité de ses longs-métrages tournés aux États-Unis s'avèrent peu intéressants. Pourtant, lorsqu'il sort de ces frontières, il est capable de créer des films puissants et renversants, comme en fait foi son très réaliste Our Lady of the Assassin. C'est du côté de l'étranger qu'il s'est tourné pour pondre l'excellent "L'avocat de la terreur", qui a récemment remporté le César du meilleur documentaire de 2007.

Le sujet de son nouvel opus est fascinant. Il relate les évènements marquants de l'avocat Jacques Vergès, un homme énigmatique qui n'a pas cessé d'intriguer la planète au cours des dernières décennies. Dans les années 1950 et 1960, il semble communiste, clairement anticolonialiste, défendant Djamilah Bouhired avant l'indépendance de l'Algérie. Par la suite, il fraye avec la Palestine et peut-être le Cambodge, disparaissant pendant huit années sans laisser de trace. Il réapparaît toutefois en 1978, devenant l'avocat de plusieurs dictateurs ou de gens ayant commis des crimes contre l'humanité. Dans son existence, son nom a été associé à des noms aussi disparates que Magdalena Kopp, Anis Naccache, Carlos, Slobodan Milosevic, ainsi qu'un certain Klaus Barbie...

Ce documentaire présenté dans plusieurs festivals d'importance n'a pas la prétention de résoudre le mythe entourant Jacques Vergès. Au contraire, plusieurs questions restent en suspens, dont ces années où il est disparu et sa façon d'être un jour à gauche de la sphère politique et à l'extrême droite par la suite. Le traitement n'est pas non plus objectif. Au contraire, Schroeder sait qu'il lui donne toute la place, se faisant sans doute manipuler au passage par un être à l'intelligence vive et affilée. Mais ce n'est pas son but non plus.

L'objectif est plutôt de montrer les raisonnements et les contradictions d'un être qui aime parler et être sous les projecteurs. Le document s'intéresse à la cause et à la rhétorique en ne demeurant pas seulement sur les strates politiques. Vergès traite de ses amours et de ses amis, de nombreuses sources assez édifiantes parlent de son côté enfantin et des douloureux évènements extérieurs lorsque sa tête était à prix. Ce sont ces témoignages qui sont révélateurs du temps qui passe. En 135 minutes, le long-métrage s'attarde avec minutie à l'Algérie et à la Palestine, passant par la Grèce et le Cambodge, demeurant les pieds bien ancrés dans la France, avec cette odeur en sourdine où les actions des États-Unis s'avèrent souvent discutables.

Les images sont un couteau à double tranchant. D'un côté, il y a toutes ces archives captivantes (photographies en noir et blanc, extraits de films) qui en disent beaucoup. Ce procédé offre cependant des teintes un peu inégales, des couleurs qui peuvent manquer d'éclat et même du grain et des égratignures. Il faudra s'habituer et ce n'est pas plus mal ainsi. La musique alterne efficacement entre des airs dramatiques et d'autres plus exotiques, répondant très souvent au pays où se déroule l'action. La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 préfère soigner au maximum ses dialogues plutôt que d'exploiter convenablement les différentes enceintes. Une décision stratégique, surtout au sein d'une œuvre qui ne fait que parler. Heureusement, les nombreux récits s'entendent immédiatement et il y a des sous-titres blancs lorsque les intervenants s'expriment en anglais et en allemand.

La pochette a beaucoup de potentiel. Elle montre Vergès avec un cigare allumé. La fumée laisse échapper des visages multiples, dont ceux de Yasser Arafat et de Saddam Hussein. Le menu principal du DVD reprend cette photographie sans l'agrémenter de la moindre action. Il y a cependant une belle mélodie onctueuse pour agrémenter la navigation. Jolie... sauf que n'importe qui aurait préféré une piste de commentaires du cinéaste ou des suppléments encore plus approfondis sur le sujet.

Comme son nom l'indique, "L'avocat de la terreur" parle d'une figure qui n'a pas hésité à mettre sa vie et sa réputation au sujet d'hommes et femmes qui ont bouleversé l'actualité avec leurs crimes. Sans vouloir explorer toutes les facettes de la médaille, Barbet Schroeder a préféré suivre à la trace cet être paradoxal, Jacques Vergès, en prenant soin de ne pas le juger ou l'encenser au passage. Il en ressort un documentaire fouillé et foisonnant, qui en apprend beaucoup sur les rapports qu'ont les êtres humains avec leurs idées.


Cotes

Film8
Présentation4
Suppléments-
Vidéo6
Audio6