Barbiers - Une histoire d'hommes
Christal Films

Réalisateur: Claude Demers
Année: 2006
Classification: G (QC)
Durée: 78 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 9
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
5 novembre 2006

La gent masculine se confie dans "Barbiers, une histoire d'hommes", un délicieux documentaire qui traite de tous les sujets indispensables à l'être humain. Après le mauvais L'invention de l'amour, Claude Demers se fait pardonner avec une œuvre gentille et lumineuse.

Ils sont dans l'ombre, leur métier s'éteint de plus en plus et grâce à leurs conseils, des âmes se sentent moins seules. C'est le métier de barbiers, qui exerceront leur profession jusqu'au dernier souffle. Un peu comme les tavernes, ces endroits sont souvent fréquentés par des hommes qui y trouvent une complicité, des gens qui ne les jugent pas. Ils peuvent dire n'importe quoi, parler de sexe ou raconter des gags salés, les récoltes de rires seront abondantes et l'estime de soi atteindra des sommets vertigineux.

C'est à cette clientèle éminemment sympathique que s'intéressent Claude Demers et son équipe. Un peu comme dans l'excellent Gaz Bar Blues de Louis Bélanger, "Barbiers, une histoire d'hommes" parle de quelques rares oasis qui vont disparaître avec le passage du temps. De nouveaux salons de coiffure poussent un peu partout et l'attention apportée au client n'est plus la même. De cette optique, le documentaire gratte le douloureux sujet du vieillissement des gens. Ceux-là mêmes qui n'ont souvent pas eu beaucoup d'éducation, qui ont dû quitter des endroits pauvres pour venir vivre à Montréal ou à Trois-Rivières afin de gagner un peu d'argent. Le souvenir est puissant, le dévouement toujours saisissant. Les rapports avec les pères étaient difficiles et il y a une scission avec les fils qui proposent des changements de mentalité, de visions.

Le charme ne serait pas le même si la population choisie n'était pas aussi charismatique. Ces hommes se dévoilent comme si la caméra était invisible. Ils multiplient les anecdotes savoureuses qui font souvent rire énormément. Pour exprimer leurs mots, des images d'archives apparaissent sans jamais prendre le dessus. De peur de tourner en rond, Demers relance ses sujets avec des questions universelles qui sont les bienvenues. Il parle d'affection et de sentiments. Il aborde la thématique des femmes dans ces univers souvent masculins et il va même leur demander quels comportements ils exerceraient si leur salon disparaissait. Les réponses ne se font pas attendre et les émotions sont parfois élevées.

Ces instants magiques sont suffisamment abondants pour que les yeux oublient les moments plus faibles. Cette caméra qui bouge beaucoup trop dans le premier tiers et qui est malheureusement visible. Ce détour vers l'Italie cherche à explorer le passé d'un des personnages principaux, mais cette façon de courir plusieurs lièvres à la fois alourdit le propos. Tout comme ces nombreuses longueurs à la toute fin et cette conclusion aux effets prévisibles et appuyés.

La qualité des images est plus réaliste que jolie. La caméra fluide permet de bouger, mais le rendu n'est pas toujours très soigné. Ce n'est pas grave, "Barbiers, une histoire d'hommes" est un documentaire. Les gens sont habituellement identifiés, ce qui est un gros avantage pour différencier les multiples sources. Une aura de lumière semble baigner la photographie, ce qui offre des scènes un peu trop blanches par moment. Les couleurs jaunes et beiges représentatifs de cet univers en voie de perdition sont bien représentées. La qualité des archives est variable, il y a quelques superbes photographies en noir et blanc et les formidables sous-titres anglophones blancs sont très aisés à lire.

L'atmosphère sonore respecte le sujet sans le bonifier. Le timbre vocal des gens est souvent entravé par des bruits quelconques (mousse, ciseaux, rasoir) et les accents ponctués de sacres peuvent donner de la difficulté à bien comprendre les phrases. La musique classique s'accapare des enceintes situées sur le côté à quelques occasions, mais ces interventions se comptent sur les doigts d'une main. Autrement, c'est le silence meublé par des mots, des anecdotes, des constatations.

La pochette du film est tendre et chaleureuse. Un barbier s'applique soigneusement sur la tête d'un enfant. Le menu principal s'ouvre sur différentes publicités pour finalement arriver à un menu principal simple montrant quatre individus qui fixent la caméra. Cette pose est généralement stable, un seul élément est en mouvement. Il y a toutefois une puissante pièce orchestrale pour attirer l'attention. Le passage d'icône en icône s'effectue par l'entremise de petits ciseaux! Du côté des suppléments, il y en a trois qui ne sont pas tous de la même trempe. Une entrevue avec le réalisateur permet à Claude Demers d'expliquer ses choix narratifs. Il parle de sa démarche, de la façon doit il a trouvé ces hommes et du montage difficile à partir de 60 heures de matériel. Les larmes lui montent aux yeux en évoquant une de ces figures qui est disparue, quelques journées avant la grande première du documentaire. Des propos touchants et intéressants. Six scènes inédites assez inutiles sont incluses. Elles ne font que montrer – encore une fois – le travail d'un barbier sans rien amener de neuf en retour. Le seul moment louable est le passage sur "Mike, l'histoire du barbier mort" qui confronte l'individu à son destin. Le tout se termine avec une sympathique et vivante bande-annonce.

Malgré quelques faiblesses, "Barbiers, une histoire d'hommes" est un portrait éloquent et bénéfique. Le rire est contagieux et la découverte d'un monde inconnu modifie le comportement. Dorénavant, en passant devant ces endroits, un sourire s'affichera et le regard se tournera pour voler quelques secondes de liberté.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments4
Vidéo7
Audio6