Bombay Calling
Mongrel Media / Office Nationale du Film du Canada

Réalisateurs: Ben Addelman, Samir Mallal
Année: 2005
Classification: G (QC)
Durée: 70 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres: Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
4 septembre 2006

L'univers de la vente à travers la mondialisation des cultures est abordé dans le très réussi "Bombay Calling". Le téléphone qui sonne n'aura plus le même effet en sachant finalement qui est au bout du fil.

Depuis leurs études à l'université de Concordia de Montréal, les réalisateurs Ben Addelman et Samir Mallal sont infatigables. Quelques années après la sortie de leur premier et excellent film Discordia, une revue du passage de l'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur le sol québécois, ils récidivent avec un documentaire branché faisant voyager. "Bombay Calling", c'est la face cachée des centres d'appels et de la vente. Le destin de quelques personnes sympathiques est abordé tout droit de Bombay. La compagnie de téléphones British Telecom donne des contrats en sous-traitance à des firmes indiennes pour que la population locale appelle des gens en Australie, en Grande-Bretagne et aux États-Unis afin de leur proposer des économies dites substantielles. Un moyen comme un autre de gagner sa vie. Sauf que dans ces régions pauvres, le salaire avantageux offert par ces centres d'appels fait beaucoup de jaloux et transforme peu à peu le mode le vie de ses habitants.

En partant d'un thème restreint touchant la plupart des sociétés (la sollicitation semble être présente dans tous les milieux), les cinéastes s'en servent pour viser beaucoup plus haut. Ils dressent un regard frappant et éloquent de la mondialisation qui bouleverse les cultures. Les aînés trouvent que la donne se modifie trop rapidement, la religion est en recul, les traditions commencent à régresser et la fuite de la campagne vers les villes est de plus en plus généralisée. Pour le meilleur et pour le pire. Et tout ça pour être remplacé par une occidentalisation lisse et sans âme, poussant les individus à la compétition, aux dépenses futiles, à la peur de l'engagement, à l'éloignement de la famille pour valoriser l'argent et le travail, etc. Un tour d'horizon rapide et complet, aussi objectif que possible, montrant des gens se tromper dans leurs perceptions de l'étranger. La peur de l'inconnu n'a pas lieu en parlant et en comprenant que les malheurs sont universels. Pour éviter une dramatisation des évènements, les touches d'humour sont éloquentes. Que ça soit dans les comparaisons avec Crocodile Dundee ou ces cours apprenant aux gens à maîtriser les accents et les subtilités de la langue anglaise.

Le rythme énergique montre des régions en pleine effervescence. La présence d'une trame sonore électronique et techno est un peu éculée, mais les compositions des Tim Hecker et LCD Soundsystem se métissent habilement à des airs plus traditionnels. La piste sonore ambiophonique permet de rajouter une certaine profondeur aux enceintes situées sur les côtés, recréant des univers peuplés de voitures, de l'eau qui s'écoule ou des cris d'oiseaux. Si les voix demeurent convenables, il peut être bénéfique d'utiliser les sous-titres. Afin de mieux saisir un anglais mâchouillé ou, pour les francophiles, tout simplement pour comprendre quelque chose! Dommage que les caractères blancs soient aussi petits.

Le style documentaire est une raison équivoque pour valoriser l'impact du moment. La caméra bouge énormément, les images sont parfois granuleuses et la luminosité peut être trop présente. Un choix optant pour le réalisme et non l'esthétique qui est parfaitement adapté au sujet. Les raccords un peu quelconques (longs fades, apparition d'un soleil sans raison apparente) se font souvent trop remarquer, mais quelques plans séquences animent l'ensemble. Ce n'est pas toujours beau, sauf que la crédibilité fonctionne sur toute la ligne.

La pochette de cette œuvre fusionne la ville de Bombay à un visage d'un télévendeur. Les yeux représentent l'évasion, le changement, la globalisation. Le menu principal du DVD reprend exactement cette pose. Malheureusement, il n'y a aucune musique et mouvement. Un paradoxe qui n'est absolument pas représentatif. En sélectionnant l'icône "Special", une chanson douce et aérienne se fait entendre. Les suppléments comprennent une piste de commentaires détaillés et instructifs de Samir Mallal et Ben Addelman. Ils parlent du tournage, des gens, de la manière de filmer, du montage en demeurant toujours très à l'aise et posés. Il y a également de courtes biographies qui défilent sur les deux réalisateurs. Et un court-métrage quelconque au nom de "Heavy Metal India" ferme le tout. Des gens parlent au début, leurs propos sont anecdotiques et ensuite, un groupe de musique est filmé. Inutile.

"Bombay Calling" est un autre documentaire de l'ONF qui mérite le détour. La forme épouse parfaitement le fond, le voyage se symbiose aux connaissances et la vision du monde ne peut que se transformer un peu plus. Le sujet n'est peut-être pas unique et la technique aurait pu sembler visionnaire il y a dix années, mais l'important, n'est-ce pas le résultat final? À visionner avant de travailler dans un centre d'appels!


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments5
Vidéo6
Audio7