Born Into Brothels
ThinkFilms

Réalisateurs: Zana Briski, Ross Kauffman
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 83 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais/Bengali (DD51, DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
23 octobre 2005

À moins d'avoir beaucoup voyagé, on a souvent de la difficulté à s'imaginer les conditions extrêmes de pauvreté et de misère qui sévissent dans les pays moins fortunés. Et quand nous sommes confrontés à des images d'enfants dont l'avenir est un cul-de-sac et qui réussissent tout de même à rire, chanter et jouer malgré le désespoir qui les entoure, on ne peut faire autrement que d'être à la fois séduits, émus et déchirés. C'est à cette belle innocence marquée par la souffrance que la photographe new-yorkaise Zana Briski nous expose dans "Born Into Brothels", un documentaire fascinant et touchant qui explore la vie des enfants des travailleuses du sexe de Calcutta, en Inde.

Dans le quartier chaud de Sonagachi, à Calcutta, plus de 7000 femmes et adolescentes se prostituent. Des familles entières vivent dans des immeubles décrépis, où la prostitution se transmet de mère en fille et où le père, quand il est présent, sert souvent de proxénète. Les femmes reçoivent des clients la plupart du temps saouls ou drogués dans de minuscules appartements insalubres alors que les enfants, souvent battus et abusés, jouent sur les toits ou dans les rues, ou sont affectés à des tâches ménagères. La plupart ne vont pas à l'école et les jeunes filles vivent dans l'attente d'avoir l'âge requis pour "entrer dans la ligne" ("join the line", devenir prostituée). Depuis 1997, Zana Briski s'est rendue à plusieurs reprises à Calcutta dans le but de mettre en image la vie de ces femmes oubliées. Elle a vécu de longs mois en leur compagnie pour gagner leur confiance, mais elle ne se doutait pas qu'elle développerait une relation privilégiée avec leurs enfants, que ceux-ci deviendraient le sujet d'un documentaire qui remporterait une trentaine de prix internationaux (dont un Oscar) et qu'elle aurait un tel impact sur leur vie.

Après avoir noté la fascination des enfants envers la caméra, Zana Briski décide de leur acheter de petits appareils 35 mm faciles d'usage, de leur enseigner les rudiments de la photographie, et de les aider à critiquer et à éditer leurs photos. "Born into Brothels" nous fait suivre une bande de huit garçons et filles curieux et intelligents, redécouvrant leur propre monde au travers de cette lentille qui leur permet de se distancier du sujet et de s'exprimer face à leur vécu sans ressentir de honte. Quand "tante Zana" parviendra à faire connaître leurs photos à un auditoire de plus en plus large, ils commenceront à réaliser qu'une existence est possible en dehors des espaces confinés des quartiers chauds de Calcutta.

Réalisé par Zana Briski et son collaborateur Ross Kauffman, "Born Into Brothels" est techniquement très solide. Un mélange de couleurs vivantes, de sons et de musique aux accents traditionnels sert à souligner l'innocence des enfants et l'espoir qui naîtra par l'entremise de la caméra. Le film n'évacue cependant pas les aspects les plus sordides de la vie à Sonagachi et, lors de ces scènes, les coupures rapides et une image très granuleuse fortement teintée de rouge sont utilisées pour dépeindre un environnement où les sujets ne voulaient sans doute pas se faire filmer de façon plus nette. Mais l'accent demeure sur ces enfants d'un naturel désarmant, qui ne sont pas pour autant dépeints comme des anges. Évidemment, certains sont plus attachants que d'autres, mais chacun est unique et doué à sa façon. "Born Into Brothels" nous laisse au final avec un trop-plein d'émotions contradictoires: incrédules et choqués envers la nature humaine et admiratifs devant autant d'insouciance.

Pour poursuivre le travail qui a pris naissance à Calcutta, Zana Briski a fondé l'organisme à but non lucratif "Kids with Cameras" (www.kids-with-cameras.org) dans le but de promouvoir l'utilisation de la photographie comme véhicule qui permet de stimuler l'imagination d'enfants marginaux et les encourage à s'exprimer et à développer leur estime de soi. On peut y acheter des photos prises par les enfants et tous les profits servent à financer leur éducation. Douze des photos ont d'ailleurs été sélectionnées, en 2003, pour le calendrier annuel d'Amnistie Internationale et Zana Briski a elle-même aidé plusieurs d'entre eux à entrer dans des pensionnats qui leur étaient jusque-là interdits.

Il est difficile de juger des aspects techniques d'un documentaire filmé dans un tel environnement avec une équipe réduite au minimum. En ce sens, le transfert est aussi bon que l'on puisse l'espérer. Le film a été tourné à la caméra numérique et la qualité de l'image varie grandement. Elle passe de claire et lumineuse lorsqu'elle présente des extérieurs ensoleillés, à sombre et granuleuse lors des scènes de nuit et de celles tournées à l'intérieur. Idem pour l'aspect sonore. La piste audio en Dolby Digital 5.1 est concentrée dans les enceintes avant et les arrières offrent très peu de support. Les dialogues sont cependant clairs et je doute qu'il eût été possible de faire mieux étant donné les conditions de tournage pour le moins défavorables. La présentation est standard et le boîtier simple inclut un encart de douze pages qui propose une introduction au film, le chapitrage et une courte description de chacun des enfants accompagnée de quelques-unes de leurs photos. Les menus sont simples, statiques et accompagnés de la musique envoûtante du film.

Parmi les suppléments, on retrouve tout d'abord une piste de commentaires avec Zana Briski at Ross Kauffman. On voit tout de suite qu'ils adorent les enfants même si leur propos n'apportent pas grand chose de nouveau par rapport à ce qu'on a déjà appris en visionnant le film. Une seconde piste nous permet de voir, par écran divisé, les enfants qui réagissent alors qu'ils voient le documentaire pour la première fois. Ils passent beaucoup de temps à se taquiner et à rire, mais lors des scènes plus difficiles, le silence s'installe et ils se rappellent avec émotion combien leur vie était différente quelques années auparavant. Par la suite, la courte revuette "Reconnecting" nous permet de voir où les enfants en sont rendus trois ans plus tard. Ils vont tous bien et la plupart sont toujours à l'école. On retrouve également sept scènes retranchées, une brève entrevue avec les deux réalisateurs menée par Charlie Rose, une galerie photo, le discours de remerciement à la cérémonie des Oscars, une introduction à l'organisme "Kids with Cameras" et quelques bandes-annonces dont celle du film.

"Born into Brothels" est un documentaire bouleversant qui nous rappelle qu'il est possible de trouver la beauté et l'espoir dans les endroits les plus tristes et défavorisés de la planète, et que l'art et l'éducation peuvent inspirer les enfants les plus démunis à transformer leur vie. Je vous le recommande sans hésiter.


Cotes

Film9
Présentation6
Suppléments6
Vidéo7
Audio7