The Fight
American Experience
Paramount Home Entertainment

Réalisateur: Barak Goodman
Année: 2004
Classification: PG
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 14
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
11 novembre 2004

Vers la fin des années 30, la morosité sévit au sein d'une Amérique aux prises avec la Grande Dépression alors qu'en Allemagne, la montée du nazisme menace l'équilibre de l'Europe. Le 22 juin 1938, les yeux du monde entier sont rivés sur le Yankee Stadium à New York où l'Allemand Max Schmeling et l'Américain Joe Louis doivent s'affronter pour l'obtention du titre de champion des poids lourds. Plus de 90 000 personnes s'entassent dans le stade et des millions d'autres (record d'auditoire pour une émission radio) se regroupent autour du poste de radio familial dans l'attente de ce que plusieurs observateurs ont qualifié par la suite du plus important évènement sportif de l'histoire. Événement dont la symbolique dépassait largement le cadre sportif puisqu'on assistait à un choc idéologique à l'ombre de la Seconde Guerre mondiale. À l'aide d'entrevues et de films d'archives, le documentariste Barak Goodman (Scottsboro: An American Tragedy, nominé aux Oscars en 2001) nous trace donc un portrait des deux hommes, du climat géopolitique et social qui prévalait à cette époque des deux côtés de l'Atlantique et de l'impact de la victoire de Joe Louis sur la population noire et le mouvement des droits civiques aux États-Unis.

Né en Alabama en 1914, Joe Louis devint le premier héros noir à être reconnu autant par les blancs que par les noirs. Encore adolescent, il déménage à Détroit avec sa famille et décroche un emploi à l'usine Ford. Timide et renfermé à cause d'un problème d'élocution, il se fait les muscles en poussant des châssis de camion de 200 livres sur une chaîne de montage. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne trouve le chemin du ring et devienne le rapide et redoutable pugiliste qui défaisait facilement ses adversaires. Sa carrière fut prise en main par John Roxbourough et Julian Black, deux individus plutôt louches et forts en gueule, qui voyaient en lui le deuxième champion des poids lourds noir de l'histoire. Mais pour ce faire, il devait faire oublier l'héritage du premier, le controversé Jack Johnson (1), et se glisser dans la peau du "bon nègre", c'est-à-dire ne pas humilier ses adversaires, ne pas fréquenter de blanches, aimer sa famille, lire la Bible et ne pas faire de vagues. Joe et son entourage quittent ensuite Détroit pour se rendre à New York, à cette époque la mecque de la boxe, et avec l'aide du promoteur Mike Jacobs, il réussit à briser la barrière raciale et à obtenir des combats intéressants.

Max Schmeling lui, était une sorte de caméléon. Né à Hambourg d'un père marin, il découvre la boxe à l'adolescence et en 1926, à l'âge de 20 ans et sans le sou, il part pour Berlin où il est découvert par le journaliste sportif et expert en boxe Arthur Bulow qui deviendra son gérant. Il devient rapidement champion d'Allemagne et par la suite champion d'Europe. Chouchou de l'avant-garde, il fréquente artistes, écrivains et autres intellectuels, pour la plupart juifs, et on le retrouve dans toutes les soirées mondaines. Mais lorsque Hitler prend le pouvoir en 1933, il largue sa nouvelle vie pour aller courtiser les faveurs du nouveau régime.

Le premier combat entre les deux hommes a lieu au Yankee Stadium en 1936. On ne donnait aucune chance à Schmeling de gagner, mais ce dernier était convaincu d'avoir trouvé une faille dans la technique de Joe Louis. Contre toute attente, Schmeling l'emporte par knock-out en 12 rondes. La presse, qui aimait encore moins les noirs que les Européens et qui ne voulait pas d'un champion de couleur écrira: " Joe Louis, le boxeur parfait, n'était qu'un mythe, une illusion". Cette défaite fut également un coup dur pour la communauté noire qui voyait en Joe Louis la figure emblématique de la lutte pour l'égalité des droits. En Allemagne, Schmeling est accueilli en héros et sa victoire est récupérée par le régime nazi à des fins de propagande. Poussé malgré lui dans ce rôle de symbole de la supériorité aryenne, il ne fait cependant rien pour s'en distancer même s'il était tout à fait au courant des côtés noirs du régime.

Le combat revanche a lieu au même endroit en juin 1938. A cette époque, les intentions d'Hitler étaient claires et Schmeling, auparavant assez populaire en Amérique, était devenu le symbole haï de l'agression nazie. Alors que Joe Louis était élevé au rang de porte-étendard de la démocratie américaine, malgré le fait que les noirs ne pouvaient pas voter et étaient toujours victimes de ségrégation raciale. "The Fight" se termine avec ce furieux, mais bref combat, que l'on a par la suite résumé comme suit: "Cent vingt-quatre secondes de meurtre".

Comme on peut s'y attendre, la qualité vidéo varie grandement tout au long de la présentation. L'image des extraits de films d'archives en noir et blanc laisse à désirer, mais je doute que les standards de l'époque aient pu nous offrir mieux! Les segments d'entrevues par contre sont de très bonne qualité. L'image est toujours claire, les couleurs naturelles et le contraste est adéquat. Tout à fait acceptable pour un documentaire tourné pour la télévision. Même chose du côté sonore. Évidemment, les dialogues et effets provenant des films d'archives souffrent de distorsion, mais demeurent parfaitement audibles alors que ceux entendus lors des entrevues sont de meilleure qualité. Comme il y a peu d'effets ambiophoniques, sauf pour quelques extraits musicaux, l'activité est concentrée en majeure partie dans les haut-parleurs avant. Les menus sont statiques, sans accompagnement musical, et faciles à naviguer. Aucun supplément n'est offert.

Fascinant documentaire, non seulement pour les amateurs de boxe, mais aussi pour ceux qui s'intéressent à l'histoire et à la sociologie. Fortement recommandé. Je vous propose d'ailleurs un petit exercice. Mettez-vous dans la peau d'un noir américain dans le contexte social de 1938. Vous regardez dehors et vous ne voyez ni voitures qui roulent dans les rues, ni âme qui vive. Vous êtes l'un des 70 millions d'auditeurs fébriles, entassés autour du poste de radio familial attendant avec impatience la retransmission du combat.

(1) J'aurai l'occasion de vous reparler de Jack Johnson lors de ma critique du DVD de PBS PBS: Unforgivable Blackness: Rise & Fall Jack Johnson qui paraîtra prochainement sous l'étiquette Paramount.


Cotes

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