Oswald's Ghost
American Experience
Paramount Home Entertainment / PBS Home Video

Réalisateur: Robert Stone
Année: 2008
Classification: PG
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 14
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
26 janvier 2008

De tous les complots gravés dans l'imaginaire collectif, le meurtre de John Fitzgerald Kennedy le 22 novembre 1963 à Dallas est sans aucun doute le plus redondant. Malgré la thèse officielle que Lee Harvey Oswald ait agit seul, de nombreuses personnes pensent le contraire, multipliant des pistes et des idées souvent aux antipodes sur cette sombre histoire américaine largement popularisée qui, années après année, n'arrête pas de faire couler beaucoup d'encre. Et c'est loin d'être terminé. En effet, des preuves du dossier n'ont pas encore été rendues publiques et ne le seront pas avant 2017.

Voilà une histoire largement traitée qui a alimenté plus de 2000 ouvrages (livres, films, articles de journaux, émissions de télévision, etc.) depuis 45 ans. C'est dans cette vague qu'arrive le documentaire "Oswald's Ghost". Dans un premier temps, son réalisateur Robert Stone ressasse le passé, s'attardant aux faits, aux évènements vérifiables, de l'assassinat de Kennedy au meurtre de son tueur présumé par un certain Jack Ruby. Il extrapole ensuite, cherchant à comprendre pourquoi 70% des Américains sont convaincus que Oswald n'a pas agi seul, en abordant les thèses des multiples complots. Pour appuyer son propos, il recueille les témoignages de différents historiens, journalistes, activistes, auteurs, avocats et hommes politiques qui sont convaincus - ou qui réfutent - des éléments troublants de l'enquête. Des démarches contestées du procureur Jim Garrison au film capté sur les lieux par le tailleur Abraham Zapruder, il fait un tour d'horizon des gens accusés (Fidel Castro, CIA, KGB, mafia et alouette), expliquant les motifs (faiblesse de Kennedy face au communisme, échec de la Baie des Cochons, règlements de compte, etc.) sans lésiner sur les détails.

De cet exercice, il ne ressort rien de très concret. Les discours rhétoriques volent de partout, les arguments sont encensés et détruis sur la place publique, alors que le mystère demeure encore plus grand à la fin de la production. Si le documentaire ne propose rien de particulièrement original ou de définitif, son traitement est assuré et rigoureux. Les sources utilisées étaient au cœur de l'action, la réalisation est appliquée et plusieurs séquences tiennent en haleine. Vers la fin, Stone cherche à dévier son sujet sur ce rêve américain qui en a pris pour son rhume en 1968 avec les assassinats successifs de Martin Luther King et de Robert Kennedy. Mais c'est pour mieux revenir à son sujet, dont les points les plus décriés des différentes enquêtes sont le mouvement de la tête du président lorsqu'il a été atteint et l'exploit d'Oswald qui a réussi à tirer de façon précise trois balles en l'espace de six secondes...

Le soin apporté aux archives est bien entendu colossal. Il y a des extraits de journaux, de radio et de télévision, des rapports d'experts et des livres qui sont cités. Dans cet amalgame de documents, le rendu vidéo ne peut qu'être inégal. C'est normal et ce n'est pas la fin du monde. Lors des séquences plus contemporaines, les couleurs et la définition des contours s'avèrent potables. L'unique piste audio est en anglais et elle exploite plus ou moins bien les différents haut-parleurs. Au début, il y a des explosions et des bruits stridents qui sortent des enceintes... et presque plus rien par la suite. Ce n'est heureusement pas la fin du monde, car ce sont les dialogues qui sont importants. Et ils s'entendent généralement sans aucun problème. Lorsqu'une source ou un intervenant ne parle pas assez fort, des sous-titres blancs apparaissent automatiquement. La musique cherche à déranger, à créer des malaises. Elle est tout d'abord suffocante, avant de virer vers des airs rock et classiques.

La pochette montrant le visage d'un Lee Harvey Oswald sans émotion donne des frissons dans le dos. La couleur blanchâtre de la peau se fond bien au noir ambiant, mais ce coup d'œil ne risque pas de séduire beaucoup de gens sur son passage. Le menu principal reprend la même pose, en demeurant toutefois très statique et sans musique. Pour accompagner sa réalisation, le cinéaste propose trois suppléments. Tout d'abord, il répond à des questions simples et pertinentes sur le choix des sources, les risques de l'objectivité et les éléments nouveaux qu'il a découverts pendant ses recherches. Que de réponses foisonnantes! Robert Stone continue de jouer à l'avocat du diable en reprenant la fameuse vidéo amateur de Zapruder (qui a finalement été diffusée au public en 1975) en examinant, à l'aide d'experts, les éléments qui sont des sources de discussions. Le tout se termine par deux versions différentes des faits provenant de personnes qui étaient sur les lieux du crime.

Sans être l'ultime documentaire sur le mythe engendré par l'assassinat de John F. Kennedy, "Oswald's Ghost" en ressasse les principaux éléments, arrivant même à s'en détacher. Ce fantôme n'est-il pas justement ces soubresauts où les gens voyaient des complots partout? Ce rhume propre à la paranoïa, qui a infecté une nation, l'obligeant à s'ouvrir les yeux sur les réalités du pouvoir en place, détruisant au passage ce mythe du rêve américain? Peut-être... ou peut-être pas. Lorsque les questions fusent de toute part, c'est que l'intérêt a été piqué et il ne risque pas de disparaître de sitôt. De quoi vouloir revoir ce succulent hors-d'œuvre tout juste avant l'excellent JFK d'Oliver Stone.


Cotes

Film8
Présentation2
Suppléments5
Vidéo6
Audio6