2046
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Wong Kar Wai
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 128 minutes
Ratio: 2.40:1
Anamorphique: Oui
Langue: Cantonais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
18 décembre 2005

"2046", le dernier film de Wong Kar Wai, fut entouré d'attentes quasi démesurées, juste avant sa sortie officielle prévue au Festival de Cannes en 2004. Il faut dire que le cinéaste avait, lors de son dernier passage à la Croisette, atomisé les milieux du cinéma avec son magnifique In the Mood for Love. La gestation de ce film fut beaucoup plus difficile cette fois alors que Maggie Cheung dut se désengager à cause d'un conflit d'horaire. Elle fût remplacée à pied levé par Gong Li. Le perfectionnisme du réalisateur et une série d'effets spéciaux commandés sur le tard repoussèrent le montage du film et mirent en péril sa venue à Cannes. Il y fut finalement projeté avec une journée de retard (les effets spéciaux n'étaient pas complétés) ajoutant confusion et agitation à une atmosphère déjà fébrile. Heureusement que rien de tel n'entourera sa sortie DVD en zone 1. Deux éditions DVD seront disponibles au Canada alors que Les Films Séville proposera une édition contenant une trame sonore en français et que celle distribuée par "Sony Pictures" ne contiendra que la trame originale. Dans le cadre ce cette critique, j'ai le plaisir de vous entretenir de l'édition que nous offre "Sony Pictures".

Après avoir séjourné quelques années à Singapour dans le but d'oublier la femme qu'il a éperdument aimée, Chow Mo-Wan (Tony Leung) est de retour à Hong Kong. Il se dénichera une chambre dans un petit hôtel et demandera d'avoir la chambre 2046, en mémoire de son idylle passée. Il devra se rabattre sur la chambre 2047, mais sa proximité avec son numéro fétiche l'amènera à écrire un roman mélangeant la fiction et l'amour qui s'inspire de ses propres expériences et de celles des femmes qui gravitent autour de la chambre 2046.

"2046" n'est pas une suite au sens propre du film In the Mood for Love. On y emprunte un des personnages centraux et l'action se passe quelques années plus tard, mais là s'arrête le jeu des comparaisons. Ce film ne défend aucune histoire et n'a aucune structure narrative conventionnelle (Wong Kar Wai ne travaille jamais à partir d'histoires ou de scénarios), ce qui en rend son visionnement quelque peu ardu, mais cette approche lui donne en même temps un charme fou, envoûtant et déroutant. L'aspect temporel est également chahuté nous projetant dans un présent ankylosé que côtoient un passé nostalgique et un futur androïde. C'est à travers des canevas bucoliques que le réalisateur nous présente différentes variations sur un même thème, l'amour, ayant comme seul fil conducteur Chow Mo-Wan, cet homme qui a jadis aimé à presque en perdre la raison et qui s'est métamorphosé en séducteur qui n'a plus rien à perdre sauf du temps. D'ailleurs, c'est sous un angle asynchrone que transpirent les relations amoureuses de l'univers de 2046 où l'amour est antonyme de simplicité. Il y a très peu de place pour le présent dans 2046, le réalisateur préférant relater les méandres du passé de Chow Mo-Wan et d'utiliser le futur comme une métaphore de son état d'âme actuel. "2046" c'est un lyrisme épuré habillé d'images feutrées sur lequel vient s'échouer une musique envoûtante donnant une symbiose sensuelle et poétique. "2046" c'est également selon le propre aveu du réalisateur, une synthèse de son œuvre alors que quelques personnages et idées tirées de ses films antérieurs croisent le destin du personnage central notamment le personnage de Lulu interprété par Carina Lau. "2046" c'est également l'année à laquelle Hong-Kong cessera d'être reconnu comme une région administrative spéciale de la Chine, ce qui lui donne droit à un régime politique semi-démocratique basé sur une économie capitaliste. Comme vous l'aurez compris, "2046" c'est une série de moments empruntés de la vie affective d'un homme qui ne peut plus aimer, ayant encore en tête le douloureux souvenir d'une idylle passée, à laquelle s'entremêlent beaucoup de parenthèses, de nombreuses références, une ambiance passionnée, des images doucereuses et une musique homérique. Un peu comme pour le passé de Chow Mo-Wan, ce film est inoubliable.

Pour vous donner une petite idée du travail qu'a demandé ce film, eh bien disons pour commencer qu'il a nécessité plus de quatre ans de tournage. L'idée lui est venue à Wong Kar Wai en 1997, lors de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine. Il commença à s'y appliquer en l'an 2000, apportant des changements au casting, ce qui nécessita le retournage de plusieurs scènes. Même, l'épidémie du SRAS (pneumonie atypique) fit repousser le calendrier de tournage de plusieurs mois. Trois directeurs de la photographie se sont joints au projet, notamment l'australien Christopher Doyle (Hero, Infernal Affairs) qui a été impliqué dans tous les projets du réalisateur chinois. Au départ, le français Jean-Yves Escoffier (Mauvais Sang) avait été retenu comme directeur de la photographie, mais son décès soudain survenu en 2003 changea la donne. Wong Kar Wai passa une commande au compositeur Peer Raben (compositeur fétiche de Rainer Werner Fassbinder) et à Shigeru Umebayashi (In the Mood for Love) pour des partitions musicales, en plus de piger dans le répertoire du polonais Zbigniew Preisner (compositeur fétiche de Krzysztof Kieslowski) et dans celui de Georges Delerue (compositeur fétiche de François Truffaut). C'est incontestablement, une des plus belles trames musicales qu'il m'ait été donné d'entendre et en parlant de son univers musical le réalisateur mentionnait que "... les extraits musicaux obéissent à des cycles, au gré des souvenirs et des oublis. Une partition peut ressurgir d'un film à l'autre, mais elle invite toujours au même voyage, semblable à un train qui refait indéfiniment le même trajet. Les morceaux se mêlent les uns aux autres; une impression nouvelle s'ajoute à la précédente, sans parvenir à l'estomper entièrement...". Parler de ce film sans prendre le temps de souligner l'impressionnante performance des comédiens serait un impair. Jouer sans script n'est pas mince affaire et à ce titre Tony Leung, acteur fétiche du réalisateur, y va d'une magistrale performance de comédien apportant beaucoup de nuances à son personnage. L'impressionnante distribution féminine n'est pas en reste alors que les stars du cinéma asiatique que sont les Ziyi Zhang, Gong Li, Faye Wong et Carina Lau y vont également de prestations remarquables.

Le rendu visuel que nous propose "Sony Pictures" est des plus impressionnants. La définition générale de l'image est simplement remarquable alors que les couleurs parfois filtrées et au fini sursaturé, illuminent l'écran. Les contrastes sont très bien gérés alors que les plans sombres sont presque parfaits grâce à des noirs très profonds qui montrent cependant une légère granularité à certains moments. . Le volet audio propose strictement la piste originale cantonaise de format Dolby Digital 5.1. Malheureusement, le mixage supervisé par le français Claude Letessier a amputé les canaux arrière de la majorité de ses effets ambiants en plus de la castrer de toute la trame musicale. Qui plus est, ce mixage sert de référence pour toutes les éditions DVD internationales, dont les deux disponibles au Canada. Je vous invite à consulter la revue faite de la version "Seville Films" par notre collaborateur Robert Bélanger pour connaître la qualité des autres trames sonores disponibles sur cette édition. Donc, l'ambiance du film, surtout sa musique, perd de son mordant, mais l'essentiel demeure, car ce film est construit autour des dialogues et des intonations dans le langage.

"Behind the Scenes of 2046" lance de bal des suppléments. D'une durée dépassant les 35 minutes, nous avons surtout droit à des séries d'entrevues faites avec le réalisateur et les principaux comédiens. Le cinéaste nous parle de son approche pour le film et de sa façon d'opérer, Tony Leung nous parle de sa fameuse moustache alors que tous les autres comédiens interviewés nous parlent de leurs expériences de tournage. "Deleted Scenes" nous laisse entrevoir deux scènes supprimées dont la première "Black Spider Visit Chow" mérite d'être visionnée. Une fin alternative d'environ une minute est également proposée et je suis heureux que le réalisateur n'ait pas décidé de s'en servir. "Crossed Looks: Interviews With Wong Kai Wai, Tony Leung and Ziyi Zhang" avoisinant les seize minutes, parle surtout de la difficulté qu'ont eue les comédiens à jouer sans scénario. Seul Tony Leung s'exprimant dans un anglais parfait, ne semble pas trop avoir de problèmes à improviser. "Anatomy of Memories" porte sur le volet des effets spéciaux réalisés par la compagnie française BUF et sur la saga entourant la finalisation des composantes CGI juste avant Cannes. C'est un peu court comme revuette, mais c'est drôlement intéressant de voir comment la ville imaginaire fut créée. "Music Montage" présente quelques moments du film le tout sur l'extrait "Casta Diva" interprété par Maria Callas. "Music of 2046" est une sorte de juke-box nous permettant d'aller réentendre les différents extraits musicaux du film. Chacun est précédé d'une brève introduction manuscrite citant au passage son compositeur. "Numerology of 2046" nous donne toutes les références faites aux chiffres et leurs significations. Une galerie d'images et plusieurs bandes-annonces complètent le tout.

"2046" est un film poétique, sensuel et complexe sur l'amour et sur les inhibitions qu'entraînent les souvenirs du passé. "2046" c'est un régal pour l'intellect, les yeux et les oreilles que tout bon cinéphile devrait prendre le temps de déguster. Je vous recommande ce film sans hésitations, mais sachez que les deux éditions DVD disponibles au Canada proposent des trames sonores originales au mixage douteux. Veuillez également prendre note que la version "Sony Pictures" offre une riche section de suppléments comparativement à celle de "Seville Films" alors que cette dernière offre un bon choix de trames sonores dont une en français de format Dolby Digital 5.1 qui semble très impressionnante. Je vous invite d'ailleurs à consulter la revue de Robert Bélanger, notre spécialiste en matière de cinéma asiatique, question d'avoir une autre opinion sur le film et de connaître en détail, le contenu de cette autre édition.


Cotes

Film9
Présentation3
Suppléments7
Vidéo9
Audio6