20 Centimeters
TLA Releasing

Réalisateur: Ramón Salazar
Année: 2005
Classification: NR
Durée: 113 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Thierry Lacime
11 février 2007

Le cinéma espagnol nous a souvent habitué, depuis de nombreuses années, à un genre souvent basé sur un passé difficile (comme récemment avec Pan's Labyrinth) ou une vie sociale marquée, voire défigurée par la violence, les familles déchirées, la prostitution et la drogue, sujets qui reviennent régulièrement dans les films de Pedro Almodovar, tel que La mala educacion. Jouant avec un contraste éclaté, "20 centimeters" n'a de drôle presque son titre, sur lequel il ne faut pas chercher bien loin l'explication. Mais il ne faut pas s'y tromper, comme le voudrait certainement le réalisateur, Ramòn Salazar, qui poursuit donc ses contrastes jusque dans le titre.

Marieta (Mònica Cervera) est né Adolfo. Mais aujourd'hui, ce prénom masculin ne veut plus rien dire, ou presque. Après des années de transformation, la femme qui était enfouie va bientôt naître. Il ne reste plus qu'un "petit" détail de 20 centimètres. Marieta habite un petit appartement qu'elle partage avec un nain (ainsi qu'une relation ambiguë avec lui) dans un quartier pas très bien fréquenté de Madrid. Ses amies sont souvent d'anciennes prostituées qui se retrouvent aujourd'hui avec un enfant sur les bras. Mais Marieta a un autre souci dans la vie: elle est narcoleptique. Elle peut ainsi s'endormir n'importe où, n'importe quand. Et c'est là que le contraste prend place. À chaque crise, Marieta rêve en couleurs et en chansons. Elle s'imagine une star bien féminine de la tête aux pieds qui chante et danse des airs contemporains dans de somptueuses robes et accompagnée par des danseuses et des danseurs sexys dans des décors colorés, aérés, ensoleillés et presque intemporels (parfois à grand déploiement, comme cette chorégraphie du début dans une grande rue de la ville). Parmi les succès que l'on retrouve, il y a "Tómbola" de Marisol, "Paroles" de Dalida, une version révisée d'"I Only Want to be With You" de Dusty Springfield, "True Blue" de Madonna et pour terminer sur l'inévitable (dans le contexte) "I Want to Break Free" de Queen. Un contraste donc assez saisissant entre la vie (ou la survie) plutôt triste (elle fait des passes pour avoir de l'argent) et les rêves. Mais c'est alors qu'arrive un livreur, Raoul (Pablo Puyol), bel homme athlétique chevauchant une moto. Elle l'aguiche et ils se retrouvent vite l'un contre l'autre. Le problème, c'est que Raoul apprécie pas mal la "petite" différence de Marieta et il aime la retrouver régulièrement. Il faudra donc qu'elle décide entre finir sa transformation ou rester telle quelle pour le nouvel homme de sa vie.

Les fidèles des comparaisons verront rapidement dans "20 centimeters" des allures de style à la Almodovar des premières années. Il est vrai que la façon de dépeindre la vie sociale des moins nantis est présente, tout autant que les allusions sexuelles ou homosexuelles, sans oublier toutes sortes de déviations humaines imaginables. Ne cherchez pas de beautés fatales ici, elles n'ont pas été invitées. Sans entrer dans des sujets délicats, disons que les principales actrices du film sont loin des paramètres de beauté d'un concours de Miss local. Cela en fait par ailleurs un des traits révélateurs de l'histoire, qui ne nous donne pas réellement de mode d'emploi pour suivre le récit: on prend ce qui vient, tel que ça vient. Et c'est certainement mieux ainsi. Malgré tout, on retrouve dans ce film une belle brochette d'acteurs espagnols dont la notoriété a dépassé les frontières ibériques, tels que Rossy de Palma, Pablo Puyol (qui est aussi un chanteur et danseur populaire) et aussi Pilar Bardem, la mère de Javier Bardem. Et n'oublions pas notre héroïne, Mònica Cervera, qui a vu sa carrière propulsée par The Perfect Crime (Crimen Perfecto)).

TLA Releasing a produit un DVD sans superflus (peut-être un peu trop) avec une qualité d'image relativement propre, mais manquant un peu de netteté parfois (peut-être voulu par le réalisateur). Il n'y a jamais cependant de défauts majeurs dans le visionnement. Côté sonore, une belle piste Dolby 5.1, appréciable pour les parties musicales, mais sans grand intérêt pour le reste du film, principalement axé sur des dialogues. Également disponible, une piste stéréo. Le film étant en espagnol d'origine, des sous-titres anglais sont disponibles. La page de menu principal est illustrée d'extrait du film, autant visuels que sonores. Les pages secondaires sont fixes et muettes. En guise de suppléments, et c'est là que le superflu manque vraiment, il n'y a qu'une galerie de dix photos et la bande-annonce originale. Plutôt pauvre.

Ce film indépendant (on s'en rend vite compte avec le nombre imposant de partenaires qui défilent pendant le générique) a quand même de quoi attirer l'attention, ne serait-ce que par la double histoire (éveillé et endormi) et un beau travail sur les parties musicales avec chorégraphie. Sans être totalement indécent, "20 centimeters" est un film assez impudique. Même si on sait que Marieta est jouée par une actrice, et donc que son attribut est factice, il n'empêche que la réalité est assez convaincante. Quant aux scènes à caractère plus intimiste, surtout avec le livreur, disons qu'on reste dans l'érotique. Un film à ne pas mettre devant tous les yeux, uniquement ceux d'un public averti et conscient de l'histoire. De toute façon, on a fait pire en tant que scène de sexe et avec beaucoup moins de retenue. On pourra regretter peut-être le manque de sentiments que l'on peut ressentir. On se demande parfois à quoi pense réellement Marieta: est-elle heureuse ou malheureuse? Il en reste néanmoins un film intéressant, amusant par moment, plus intrigant à d'autres, sans être nullement ennuyant. À voir.


Cotes

Film7
Présentation3
Suppléments2
Vidéo7
Audio8