24 Mesures
Equinoxe Films / Universal

Réalisateur: Jalil Lespert
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 90 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 025192017872

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
14 avril 2009

L'excellent acteur Jalil Lespert se tourne derrière la caméra pour "24 mesures", un premier film en forme d'électrochoc qui évoque quelques grands cinéastes américains comme John Cassavetes. Brut, difficile, pas totalement maîtrisé, mais très prometteur pour les prochains essais.

La veille de Noël, quatre individus vivront des expériences qui scelleront à jamais leur existence. Helly (Lubna Azabal) cherche ardemment à revoir son fils, Didier (Benoît Magimel) a des problèmes avec son père, Marie (Bérangère Allaux) ne supporte plus sa mère et Chris (Sami Bouajila) se prépare à un concert de jazz. Dès que leurs routes se croisent, rien ne sera comme avant.

Fascinant comédien reconnu de ses pairs, Jalil Lespert montre une grande maîtrise de son art lors de son passage à la réalisation. Dès le départ, il campe une atmosphère nocturne de liberté et d'errance avec ses habiles plans-séquences, sa façon de faire régner la musique et son usage d'une douce poésie désespérée. Sans avoir recourt au traditionnel film choral, il superpose quatre destins en rythmant sa participation entre textes très écrits et improvisations contrôlées.

Les thèmes profonds et universels (problèmes familiaux, désir d'être aimé, solitude ambiante) s'acclimatent à une douloureuse exploration d'un milieu morose dont la dureté s'apparente aux films sociaux américains des années 1970. Les personnages, pas toujours bien définis, sont toutefois campés par d'excellents comédiens. Magimel amène de la sincérité à son désarroi, Azabel finit par toucher malgré sa propension à trop en faire et Allaux utilise son corps de garçon pour déstabiliser. Seul l'excellent Bouajila ne sait quoi faire de ce Chris qui arrive comme un cheveu sur la soupe lors d'une verbeuse séquence de dix minutes tournée entièrement en anglais sans sous-titres français...

Au-delà de l'exercice de style et de la suffisance du projet, il y a de jolies images au ton volontairement désuet qui cumule le grain et les couleurs peu éclatantes. Ces choix esthétiques servent le propos, tout comme ces élégants éclairages et ces contrastes qui ne sont pas toujours au point. La très belle trame sonore cumule les genres, passant du post-rock montréalais de la superbe introduction au jazz plus tempéré qui campe une lourde atmosphère. Les pistes sonores francophones, toujours efficaces dans leur propension à s'accaparer des différentes enceintes (en les saturant de mélodies, d'oiseaux, d'avions, de cloches et de bruits d'armes à feu), ne viennent pas trop enterrer les voix qui bénéficient de sous-titres blancs anglophones un peu petits.

La douloureuse pochette recrée une scène bouleversante entre Magimet et Azabel. Après quelques publicités, le menu principal du DVD s'ouvre sur un segment hypnotique (un corps qui coure dans le noir de la nuit) et un air rythmé instrumental. Il n'y a malheureusement aucun supplément pour parfaire les thèmes destructeurs ou montrer la démarche du metteur en scène.

"24 mesures" est un réjouissant film de cinéphiles qui s'apparente au jazz. C'est libre, désarmant, parfois lent et inaccessible, avant quelques segments plus énergiques où les émotions, la sexualité et les mœurs font bon ménage. Quoiqu'imparfait, le récit est une expérience sensorielle qui confirme que Jalil Lespert n'a pas seulement du talent devant la caméra. En espérant que son deuxième effort verra le jour le plus tôt possible.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments-
Vidéo6
Audio7