3-Iron
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Kim Ki-duk
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 88 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Coréen (DD51), Français (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
9 septembre 2005

Le talentueux réalisateur Kim Ki-duk n'est peut-être pas aussi prolifique que Im Kwon-tek, le père du nouveau cinéma coréen qui, à ses débuts, tournait parfois quatre ou cinq films par année, mais il en est tout de même à son onzième film depuis ses débuts en 1996. Plus populaire dans les festivals que dans son pays d'origine, la plupart de ses films sont financés à partir de capitaux étrangers. Petits budgets obligent, il tourne rapidement, n'utilise que des décors naturels et s'entoure de vertes recrues, autant chez ses collaborateurs que chez les acteurs. Depuis peu à la tête de sa propre compagnie de production, il est à la fois scénariste, réalisateur, monteur et, évidemment, producteur. Considéré à tort comme un simple provocateur avec un penchant pour la misogynie et la violence extrême, il avait changé de cap en 2003 avec Spring, Summer, Fall, Winter, and... Spring, un film d'une grande beauté visuelle teinté de mysticisme. Il poursuivit dans la même veine en 2004 avec Samaria ("Samaritan Girl") et par la suite avec "3-Iron", un film d'une simplicité désarmante, empreint de symbolisme et de spiritualité.

Un jeune homme colle de la publicité pour des restaurants dans les portes des maisons et des appartements, et revient plus tard pour s'introduire par effraction dans les domiciles inoccupés. Mais Tae-suk (Lee Hyun-kyoon) n'est pas un voleur et ne cherche qu'un endroit pour passer la nuit. Il prend sa douche, mange, regarde la télé, arrose les plantes, fait la lessive, répare les petits appareils qui ne fonctionnent pas et repart le lendemain matin. Sa routine sera bouleversée alors qu'il s'introduit dans une maison cossue en apparence inhabitée et y trouve Sun-hwa (Lee Seung-yeon), une jeune femme qui a été battue par son mari. Lorsque ce dernier revient et frappe de nouveau son épouse, Tae-suk s'interpose et met l'homme hors d'état de nuire en utilisant quelques balles de golf propulsées par un fer #3. Sun-hwa s'enfuira avec Tae-suk et ils poursuivront ensemble ces visites nocturnes de demeures de parfaits étrangers.

Dans "3-Iron", Kim Ki-duk choisit de laisser parler l'image puisque Tae-suk demeure complètement muet et que Sun-hwa ne prononce que trois mots tout au long du film. La relation amoureuse passant entièrement par la gestuelle et l'expression des visages de ces personnages qui viennent habiter, pour un moment, le quotidien de purs inconnus. Le mot "habiter" prend ici un double sens puisque le film est ancré dans la croyance populaire coréenne de la vie après la mort. Le réalisateur utilise cet aspect de façon métaphorique pour souligner comment des individus vivant en marge de la société doivent errer (comme des fantômes prisonniers entre deux mondes) et lutter contre la rigidité de la hiérarchie sociale pour pouvoir trouver un sens à leur vie et s'épanouir. On pense également à cette présence invisible de ceux qui ont construit nos maisons et tous les objets qui nous entourent. Présence que l'on ignore, mais qui hante en quelque sorte notre vie de tous les jours. En ce sens, Tae-suk et Sun-hwa prennent un tel soin des lieux qu'ils envahissent temporairement, qu'ils les "habitent" davantage que leurs propriétaires et ce, même après leur départ. Tout cela peut paraître un peu aride et nébuleux, mais "3-Iron" ne manque pas de rythme. Le réalisateur passe rapidement d'un plan à l'autre, chaque invasion de domiciles prenant la forme d'un collage d'images plutôt que de s'attarder à de longues scènes contemplatives. Son talent indéniable pour la composition d'images est mis en évidence, particulièrement lorsque Tae-suk se photographie lui-même devant divers objets et photos appartenant aux résidents officiels des lieux. De plus, comme à son habitude, il ponctue le récit d'explosions de violence qui viennent briser la tranquillité envoûtante qui imprègne la majeure partie du film. Les deux protagonistes principaux offrent des prestations remarquables dans des rôles particulièrement difficiles. Avec un jeu tout en nuances, ils parviennent à sublimer le silence pour rendre avec justesse ces personnages de marginaux mystérieux et mélancoliques.

La présentation vidéo est bonne, même si on note parfois une certaine granularité de l'image, ainsi que quelques taches et égratignures. Certaines scènes souffrent également d'un problème apparent d'accentuation des contours. En général cependant, l'image est claire, les couleurs sont naturelles et le niveau des contrastes et des détails est adéquat. La superbe édition coréenne (région 3) propose un transfert de meilleure qualité, mais celui-ci demeure acceptable. L'activité sonore est concentrée dans les enceintes avant et la séparation des canaux est nette. Les enceintes arrière servent principalement de support à la musique et aux bruits ambiants, mais s'activent aux moments opportuns lorsque la violence éclate. Les dialogues, peu nombreux, sont clairs et sans distorsion apparente, et les sous-titres sont faciles à lire et exempts d'erreurs typographiques. Le boîtier simple contient un encart qui fait la promotion de quelques titres distribués par Sony. Les menus sont simples, sans accompagnement musical et de navigation aisée. Comme unique supplément, on retrouve une excellente piste de commentaires (sous-titrée en anglais) avec le réalisateur qui nous entretient de ses thèmes de prédilection que sont la vie, l'amour, la haine et la violence. Il ne parle pas beaucoup de détails techniques, mais on en apprend beaucoup sur sa vision d'artiste et sa façon, souvent originale et atypique, de travailler.

Au-delà de la maîtrise visuelle caractéristique qui imprègne les films de Kim Ki-duk, "3-Iron" est un film lyrique, romantique et spirituel, dont la simplicité silencieuse cache de multiples niveaux d'interprétation. Il s'agit indéniablement de l'oeuvre la plus achevée du réalisateur coréen.


Cotes

Film8
Présentation4
Suppléments5
Vidéo7
Audio8