4 mois, 3 semaines, 2 jours
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Cristian Mungiu
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 113 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Roumain (DDST), Français (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
12 juin 2008

Après avoir remporté la prestigieuse Palme d'Or du Festival de Cannes de 2007 tout en faisant le tour de la planète et en étant ignoré aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, "4 mois, 3 semaines, 2 jours" s'échappe des écrans pour finalement aboutir en format DVD. Une excellence nouvelle, car le film de Christian Mungiu est une énorme leçon de cinéma et il s'agit facilement d'un des meilleurs récits des dernières années.

En Roumanie avant la chute du communisme, l'avortement est illégal. Cela n'empêche pas des milliers de femmes d'exercer ce choix pour lutter contre le pouvoir en place. Gabita (Laura Vasiliu) est enceinte et elle ne veut pas d'enfant. Elle dépêche son amie Otilia (Anamaria Marinca) pour rencontrer monsieur Bebe (Vlad Ivanov), un homme réputé pour ses avortements. Pendant une véritable journée (et nuit) d'enfer, ces deux femmes traverseront les pires heures de leur existence. Les pertes seront nombreuses et les plaies pourront difficilement être cicatrisées.

Le cinéma roumain se fait rare et il est heureusement de plus en plus populaire. À ce chapitre, une Palme d'or ne pouvait que bien tomber. Surtout si elle est méritée, comme c'est le cas ici pour l'opus de Cristian Mungiu. Le réalisateur d'Occident utilise la simplicité, ce qui résulte à un réalisme qui donne des frissons. Sa mise en scène est ponctuée de longs plans, fixes ou séquentiels. Il capte l'existence, les futilités des dialogues et les mouvements dans cet univers gris et sale. Il suit à la trace ses protagonistes, rapprochant la caméra pour capter leur pouls. Le récit n'est peut-être pas belge, mais ce traitement rappelle indéniablement le style des frères Dardenne, que ce soient dans les thèmes sociaux ou cette façon d'utiliser la lumière naturelle.

Le cinéaste n'est pas un juge. Il laisse déambuler ses personnages sans jouer les voyeurs. Mungiu n'a que faire du didactisme. Sa thèse n'est pas pour ou contre l'avortement. Il préfère observer minutieusement, s'arrêtant longuement sur des détails en apparence banaux (le repas familial) pour montrer cette société en perdition, radicalement coupée entre les idéaux des parents et la réalité des enfants. Ces êtres qui s'enferment dans un mutisme, qui sacrifient l'amour à l'amitié, qui préfèrent jouer contre le système et s'affirmer en tant que femmes.

Pour que l'émotion soit au rendez-vous, les comédiens se devaient d'être excellents. Anamaria Marinca a le film sur les épaules et elle s'en sort sans faux pas. Elle est à la fois féminine, physique, blessée et très éloquente dans ses regards qui en disent long. Face à elle, Laura Vasiliu est beaucoup moins sympathique, ce qui peut peut-être nuire à la progression de l'intrigue tant Otilia ne devrait pas côtoyer une personne comme Gabita. Dans un rôle ingrat, détestable et très développé, Vlad Ivanov montre beaucoup de retenue. Il est toujours juste dans sa façon de passer de Dieu à Satan, de sauver la peau de ses protégées et amenant avec lui la vie.

La quête de vérité est la source maîtresse de l'auteur. La musique y est donc presque inexistante. Lorsqu'elle est présente, c'est parce qu'elle apparaît directement à l'écran. Les pistes sonores n'ont pas à utiliser les différentes enceintes, mais plutôt à rendre parfaitement compréhensibles les dialogues. Et ils le sont. La traduction dans la langue de Molière manque cependant un peu d'émotions. Mieux vaut donc utiliser la piste roumaine originale en incluant de solides sous-titres blancs en français ou en anglais. Les images décrivent avec un réalisme criant le désarroi et le manque de ressources. Les teintes sont souvent drabes avec une prédominance du gris. Le blanc et le noir semblent sans cesse s'affronter. Peu à peu, le premier concède la victoire au second, devenant éclatant dans ce recours tout à fait respectable à d'impressionnants contrastes.

La pochette est simple et authentique. Elle montre les visages tristes et découragés des deux femmes. Le menu principal du DVD reprend plutôt une scène du long-métrage en montrant les héroïnes dans une salle de bain. La tension ne manque pas, il y a quelques pleurs diffus et la musique assez lourde noue rapidement la gorge. L'effet coup de poing est amplement réussi. En guise de suppléments, il y a trois segments assez fascinants. Le premier est un documentaire de Sorin Avram sur l'état du cinéma en Roumanie, l'impact de la première Palme d'Or l'année même où le pays accède à l'Union européenne et la pertinence d'une telle œuvre pour le futur. Il y a ensuite une courte entrevue avec le directeur de la photographie. Pendant un peu plus de six minutes, Oleg Mutu discute de l'utilisation de la lumière naturelle en décortiquant des plans exigeants qui lui ont nécessité une journée de travail! La grosse cerise sur le gâteau est l'entrevue de 25 minutes accordée par le réalisateur. À la fois verbeux et inspirant, Cristian Mungiu explique sa démarche en élaborant sur sa façon de créer. Il s'intéresse à tous les aspects de son œuvre, revenant sur le choix des comédiens et la transformation en fiction d'une réalité biographique. Le montage est peu vivant, sauf que l'information demeure essentielle.

"4 mois, 3 semaines, 2 jours" est donc un récit sur la perte. La perte du corps, mais également de l'âme, des convictions et des valeurs. C'est une œuvre sur les changements, pour le meilleur et pour le pire, sur le sacrifice d'esprit pour un autre esprit, qui ne peut que se terminer dans le silence et la négation de la réalité. Une Palme d'or méritée, la plus convaincante des dernières années.


Cotes

Film9
Présentation7
Suppléments7
Vidéo8
Audio7