L'Accompagnatrice
Christal Films

Réalisateur: Claude Miller
Année: 1992
Classification: G
Durée: 111 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
30 juillet 2006

L'élégance est à son paroxysme dans "L'accompagnatrice", facilement la meilleure œuvre de Claude Miller depuis les deux dernières décennies. Humains mouvementés, climat de guerre latent, superbes décors et trame sonore extraordinaire: le classicisme de l'ensemble disparaît lorsque les cycles se répètent.

Sophie (Romane Bohringer) est une jeune pianiste qui n'a jamais connu une vie faste et luxueuse. Cela va changer lorsqu'elle deviendra l'accompagnatrice de la cantatrice Irène (Elena Safonova), une femme égoïste torturée entre son amant et son mari Charles (Richard Bohringer). Ce dernier est un marchand divisé entre soutenir la résistance française et faire du commerce avec l'envahisseur allemand. En ces temps de la Seconde Guerre mondiale, la suspicion fait rage et il faut choisir son camp. Le climat instable provoquera la fuite du trio qui devra affronter de nombreuses épreuves.

Après le délicat La Petite voleuse, Claude Miller s'intéresse à nouveau aux ravages de la guerre. Cette fois, il plante son décor directement dans une France occupée, sujette à faire l'impossible pour s'émanciper. Cette donnée politique semble avoir peu de conséquences sur l'histoire développée, mais elle devient rapidement intrinsèque au récit en dictant les actions et les choix à entreprendre.

En plus d'être dépendants des évènements extérieurs, les protagonistes doivent s'accorder comme des violons pour pouvoir survivre. À la fois effacée et distante, Romane Bohringer est époustouflante. Avec son visage banal, elle campe à merveille la fille d'à côté. Son désarroi intérieur et le cynisme de sa psyché sont alimentés positivement ou négativement selon les gestes de ses proches, sa nouvelle famille. Elle n'a jamais connu son père, le lien sera instinctif avec Richard Bohringer, un acteur extraordinaire qui est également son paternel dans la vraie vie. Lorsque la fiction et la réalité se rejoignent, les émotions triomphent. La relation ne sera pas la même avec la resplendissante Elena Safonova. Sophie admire Irène autant qu'elle la déteste, car elles sont de la même graine. Elle ne veut plus être l'ombre de la lumière et c'est en secret, dissimulé entre tous, que Sophie découvrira la vérité. Une passion ardente entre Elena et un inconnu qui pourra répéter le cycle de la tristesse et de l'amertume. Et lorsqu'elle réagira, il sera déjà trop tard.

La mise en scène construite toute en finesse par Claude Miller pourra sembler extrêmement académique. Le cinéaste utilise une réalisation poussiéreuse et très peu d'éclats pour épouser son sujet au lieu de le transcender. Tout est fondé sur les dialogues, l'observation et la souffrance intérieure. Sous son manteau clinique et glacé, le long-métrage devient rapidement étouffant et fascinant.

La photographie de Yves Angelo augmente cette scission entre bourgeoisie et conséquences de guerre. Elle est riche, somptueuse, toujours représentative des gens qui l'habitent et la modèlent. Les images optent pour un cadre réaliste et sombre. Le léger grain est éclipsé par un niveau de détails impressionnant et une définition des contours plus que parfaite. L'utilisation précise d'archives n'offre peut-être pas une qualité exceptionnelle au niveau vidéo, mais elle est une donnée inestimable pour faire avancer cette tragédie.S'il faut prêter le regard pour découvrir la sublime cinématographie et que le talent de la distribution se remarque graduellement, impossible de ne pas être conquis immédiatement par la superbe partition musicale. Le piano est ample, onctueux. Le chant de Safonova est une douceur sur les plaies. Cette trame sonore mémorable ne chevauche jamais les dialogues. Elle les accompagne pour leur donner une force et une énergie incommensurable. Les voix sont légèrement moins élevées. Il faudra s'habituer ou hausser le volume, car aucun sous-titre n'est inclus.

L'élégance, présente sur tous les fronts, est à l'honneur sur la très jolie pochette. Romane Bohringer est montrée de dos dans une robe noire et elle regarde une salle remplie de gens huppés. Tout le monde la regarde et personne ne l'aperçoit. Le menu principal du DVD se superpose à ce plan. Rien ne bouge, mais il y a une musique classique fine et distincte pour bercer l'ouïe. En guise de suppléments, il n'y a que la bande-annonce originale. Des publicités de La Vie secrète des gens heureux, Anthony Zimmer et Le Promeneur du champ de Mars s'affichent toutefois dès l'insertion du disque. Un peu mince pour un film d'une telle envergure.

En comparant à outrance, "L'accompagnatrice" peut paraître faible et sans imagination à côté du génial Le dernier métro de François Truffaut. Miller, au lieu de copier son ancien mentor, reprend plusieurs thématiques afin de brouiller davantage les cartes. Cela donne une excellente œuvre à l'interprétation juste, aux images évocatrices et aux mélodies bouleversantes.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments2
Vidéo8
Audio8