Almost Peaceful
Empire Pictures

Réalisateur: Michel Deville
Année: 2002
Classification:
Durée: 94 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DDST)
Sous-titres: Anglais (brûler dans l'image)
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
4 août 2007

Le réalisateur Michel Deville est une institution du cinéma français. Malgré tout, il a toujours demeuré dans l'ombre des Claude Chabrol et autres Claude Lelouch. Pourtant, ses films font autant voyager qu'ils interrogent le plus profond de l'être humain. Un de ses derniers projets à ce jour s'intitule "Un Monde presque paisible" (ou "Almost Peaceful" en anglais) et il date de 2002.

Plusieurs Juifs poursuivent leur vie à Paris après les évènements traumatisants de la Seconde Guerre mondiale. Ils sont presque tous tailleurs et ils se remémorent des souvenirs tout en racontant des fables à leurs enfants. L'amour qui était présent s'estompe peu à peu. Les êtres vivent avec des fantômes, se terrant dans le passé pour ne pas affronter le présent. D'autres cherchent au contraire à rompre avec leurs cauchemars en les confrontant directement. Ensemble, ils ne sont plus seuls. Ensemble, ils peuvent peut-être finalement passer à autre chose.

Cette adaptation du livre Quoi de neuf sur la guerre écrit par Robert Bober a redonné le goût au septième art à Deville. En fait, il continue sa réflexion commencée par l'aussi intéressant La Maladie de Sachs en 1999. Les êtres humains ne peuvent faire abstraction de leur enfance, car c'est leur évolution qui risque d'en souffrir. Le sablier transforme les entités pour le meilleur et pour le pire, les emmenant souvent dans des directions opposées de leurs proches.

La construction narrative s'appuie sur des dialogues souvent éclairants sur la liberté, l'histoire de la France pendant l'occupation et le rôle de la presse. Ces âmes ont des histoires à raconter, levant le voile sur ce qui a été. Sans pathos ni révélations outrancières, le cinéaste de La Femme en bleue a même recours à beaucoup d'humour pour alléger quelque peu les situations. Sa réalisation élégante et soignée a parfois recours à des photographies pour lier les scènes, un court arrêt qui permet de mieux saisir les subtilités.

Le brio d'un tel film revient dans les mains des interprètes. Les acteurs sont ici impeccables. Il n'y a aucun personnage qui sort du lot parce que leurs souffrances sont issues du même organisme. Au départ, c'est le Albert de Simon Abkarian qui séduit. Figure noble, sens du devoir et du travail, sa stature est imposante. Peu à peu, d'autres figures prennent leur place. Le visage lumineux de Julie Gayet, les chimères de Denis Podalydès et surtout le besoin d'amour de Zabou Breitman. Et il y a les nombreux enfants dont leurs visages en feront craquer plus d'un. Ils jouent à l'unisson, révélant au passage les pertes et, bien entendu, les chemins menant à un nouveau départ.

La musique de Giovanni Bottesini frictionne le tempo en se voulant sautillante, se dérobant au passage pour bercer les esprits. Elle accompagne quelques cris d'oiseaux sur les enceintes tout en permettant aux voix de sortir parfaitement. La piste sonore francophone est la seule disponible et il est impossible d'enlever les beaux sous-titres blancs en anglais. Les images sont volontairement vieillies. Les couleurs épousent des teintes datées (gris, bleu, blanc), ce qui empêche les paysages et les robes de sortir de l'ordinaire. Un peu de grain peut apparaître lors des séquences extérieures. Il disparaît cependant rapidement, se terrant derrière ces décors réalistes et ce sens inné du détail.

La pochette de l'œuvre est d'une simplicité déconcertante. Un groupe de gens regardent un de leur semblable qui est au sol, faisait beaucoup rire une petite fille. Une scène lumineuse du long-métrage. Le menu principal, nettement moins attrayant, montre un fond quelconque où des visages et des tableaux apparaissent et disparaissent. La mélodie est cependant mouvementée. En guise de suppléments, rien de très substantiel. Quatre bandes-annonces de produits divers, une galerie de huit jolies photographies et une biographie écrite du cinéaste. Un documentaire ou une piste de commentaires aurait été largement suffisant.

Qu'il fasse crouler de rire (son récent disjoncté Un Fil à la patte en est la preuve) ou qu'il tire quelques larmes, le cinéma de Michel Deville laisse rarement indifférent. Dans "Un Monde presque paisible", il bouleverse littéralement en s'attardant aux destins de figures qui cherchent à vivre normalement. Les mots qui émanent des personnages s'échappent dans l'air, s'inscrivant dans l'inconscience pour ne plus jamais en ressortir.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments2
Vidéo7
Audio7