À l'origine
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Xavier Giannoli
Année: 2009
Classification: 14A
Durée: 130 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 629159043340

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
14 août 2010

Délicat film à la fois social et personnel relatant les états d'âme d'un être énigmatique qui cherche mystérieusement à se racheter, "À l'origine" aurait probablement tout raflé à la dernière cérémonie des César... sauf qu'il y avait l'imperturbable Un prophète qui se dressait devant lui. Reste une œuvre implacable, très bien jouée et mis en scène avec conviction par Xavier Giannoli.

Philippe (François Cluzet) est un fraudeur, un escroc, un manipulateur de première qui ne pense qu'à s'enrichir facilement. De passage dans une petite ville, il est pris pour le chef de chantier d'une grande multinationale. La localité a un tôt de chômage de 25% et elle aimerait ardemment offrir du travail à ses habitants. C'est pourquoi quelques individus lui proposent beaucoup d'argent pour qu'il accepte de créer de l'emploi en construisant un tronçon d'autoroute. L'étranger accepte, et au lieu de se sauver avec la prime, il décide de rester et d'accomplir son travail, cherchant ardemment des moyens financiers pour payer ses troupes.

Personne n'aurait été surpris que Costa-Gavras, Bertrand Tavernier ou Lucas Belvaux transpose ce réel fait divers au cinéma. Mais Xavier Giannoli? Les cinéphiles ont encore en tête son doux et mélancolique Quand j'étais chanteur où Gérard Depardieu chantait la pomme à Cécile de France. Mais voilà que le cinéaste, remarqué par ses courts-métrages, rappelle qu'il a sa place dans la cours des grands, et même si son dernier essai est reparti presque bredouille de Cannes et de la dernière cérémonie des César, il s'avère un des meilleurs films français des dernières années.

Un peu à l'instar du récent et excellent Welcome de Philippe Lioret, "À l'origine" est tout à fait à l'aise à naviguer entre le social et l'intimiste. Il est un pur produit de son époque, désabusée, mondialisée, qui au lieu de se noyer dans l'alcool sombre du cynisme, croit un peu naïvement en ses rêves. Car c'est l'espoir - et ultimement la trahison - qui sont les fondements politiques du récit. Les gens sont prêts à faire presque n'importe quoi pour ramener un peu de beurre sur la table, et il y aura toujours des individus présents pour les exploiter.

Cette démonstration n'est pas nouvelle, mais elle est renforcée par la présence obsédante d'un antihéros qui, du jour au lendemain, décide de retourner à l'origine (eh oui, comme le chantait Benjamin Biolay), et d'aider ses semblables. Une belle promesse difficile à remplir, surtout pour un homme aux défauts proéminents. Pourtant, les motivations de l'être défendu avec conviction et maestria par François Cluzet (déjà parfait dans Le dernier pour la route) s'avèrent parfois opaques, ce qui rajoute encore plus d'intérêt aux thèmes traités (solitude, ambiguïté, valeur de l'honnêteté, etc.).

Délaissant pour la première fois les mélodies d'Alexandre Desplat pour recourir aux services de Cliff Martinez (qui s'en sort haut la main), Xavier Giannoli épure sa réalisation, se concentrant sur le réel, se permettant toutefois quelques escapades plus poétiques. Si quelques symboles sont de trop (le scarabée) et que des situations semblent tirées par les cheveux, l'histoire maintient constamment la route, étant relayée par une très solide distribution qui, outre le Dustin Hoffman français, peut également compter sur la touchante Emmanuelle Devos (qui a remporté le César de la meilleure actrice dans un second rôle), un Gérard Depardieu qui prend soin de ne pas prendre toute la place et, surtout, de la jeune chanteuse Stéphanie Sokolinski qui étonne en femme de chambre qui a hâte de reprendre sa vie en main.

La superbe photographie nuageuse est servit par une image délicieusement austère et grise qui semble faire un peu d'ombre à la palette de couleurs et aux contrastes imparfaits. Plus l'ouvrage avance et plus les subtilités apparaissent à l'horizon, notamment par l'entremise de teintes ingénieuses et de filtres volontairement granuleux, ce qui est suffisant pour décupler le niveau de détails. L'atmosphère de poussières et de désordre repose entre les mains d'une efficace piste sonore francophone qui envahit les enceintes de sons de voitures, de pluie, de bruits divers et d'applaudissements. L'intensité est parfois tellement forte qu'elle peut brimer certains dialogues. D'assez visibles sous-titres blancs permettent à un public anglophone de suivre le tout. Les compositions extrêmement mélodiques sont une raison supplémentaire d'adhérer au résultat final.

La pochette blanche et lumineuse se veut un peu trop immaculée dans sa transposition du visage de l'escroc... ou du héros. Le menu principal du DVD reprend ce concept, demeurant malheureusement statique et sans musique. Outre une série de publicités qui apparaissent une fois l'insertion du disque, aucun bonus n'est proposé.

Profond et complexe sans être prétentieux ou opportuniste, "À l'origine" vaut son pesant d'or, traitant avec intelligence et sérieux un sujet important tout en développant un personnage principal qui ne finit plus de fasciner. Une œuvre élégante qui rappelle, à l'instar de et Un prophète, que le cinéma de l'Hexagone est capable de grandes choses.


Cotes

Film8
Présentation4
Suppléments-
Vidéo7
Audio7