Amen
Christal Films

Réalisateur: Consantin Costa-Gavras
Année: 2002
Classification: NR
Durée: 130 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Français (sur la version anglaise)
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez : Amazon.ca

Selon Frédéric Gouin
30 avril 2003

Consantin Costa-Gavras est un cinéaste engagé. Son cheval de bataille: dénoncer l'injustice de l'homme versus l'oppression. Z, L'Aveu et Missing sont ses films politiques les plus célèbres. "Amen" continue dans la même veine. Controversé avant sa sortie à cause de son affiche représentant une croix gammée fusionnée à une croix chrétienne, "Amen" a tout de même été bien reçu en Allemagne malgré un sujet de base qui critique quelque peu ce peuple.

Le film est une adaptation très libre de la pièce "Le Vicaire" de Rolf Hochhuth qui a vu le jour dans les années 60. Avant cette pièce, le Pape Pie XII était considéré comme un saint homme. Peu après, il devenait contesté de plusieurs personnes. La pièce de théâtre réveilla de nombreux historiens qui ont commencé à fouiller les agissements du Pape durant cette deuxième Grande guerre. Les résultats en sont étonnants: le Pape ainsi que plusieurs personnes, dont le président américain Roosevelt, connaissaient les agissements des Nazis, mais ils ont préféré garder le silence.

L'officier SS Kurt Gerstein (Ulrich Tukur) est ingénieur sanitaire. Il a mis au point un système pour désinfecter les chambres militaires du typhus, une maladie épidémique. Heureux de voir que son système aidait grandement l'armée (il enseignait même cette technique aux futurs officiers), il commence à se poser des questions lorsque des hauts gradés l'approchent pour tenter d'en savoir plus sur son fonctionnement et pour trouver des moyens pour le rendre plus efficace. Sentant la soupe chaude, il est finalement mis au courant lorsque son supérieur immédiat l'amène voir une chambre de la mort en pleine action qui utilise son système de désinfection.

Plutôt que de déserter et s'enfuir pour oublier ces sombres images, il décide de continuer à servir les Nazis dans le but d'en apprendre plus sur leurs objectifs et ainsi trouver un moyen de faire arrêter les exécutions des Juifs. Étant protestant, il demande aux dirigeants de son église d'intervenir. Gernstein croit bien que ceux-ci réagiront, car ils l'avaient fait lorsque quelques handicapés mentaux protestants avaient subi le même sort auparavant. Pour une question de religion et de politique, ils décident de garder le silence sur un génocide en devenir.

Gernstein ne désespère pas. Il tente de contacter les Alliés, par l'ambassadeur de la Suède et directement par l'ambassadeur des États-Unis. Ces rencontres ne donnent aucun résultat, même si ceux-ci sont au courant de la situation. Il entre en contact avec un jeune prêtre, Ricardo Fontana (Mathieu Kassovitz) dont sa famille est très proche du Pape Pie XII. En alertant le Pape, Gernstein croit qu'un blâme de la plus haute autorité chrétienne pourrait ébranler les convictions des Nazis. Ricardo croit fermement la même chose et décide de mettre tout son temps à organiser une audience entre le Pape et Gernstein. Devant l'inaction de l'Église chrétienne et du Pape Pie XII, Ricardo et Gernstein poseront des gestes courageux pour, à leur façon, tenter de freiner cette vague meurtrière.

Kurt Gernstein est une personne ayant vraiment existé. Le personnage de Ricardo Fontana quant à lui, est un amalgame de plusieurs religieux qui ont dénoncé cette extermination.

Ce que j'ai trouvé différent avec ce film, c'est de voir un autre côté des Allemands. En effet, ceux-ci ne sont pas tous des Nazis et certains auraient voulu faire arrêter les choses. Avec notre connaissance de l'histoire, on sait ce qui s'est passé, mais de voir Gernstein parler de son système de désinfection en ne connaissant pas l'utilité qu'en faisaient les Nazis est assez irréel. Le film ne met pas en vedette l'horreur en direct. On préfère jouer avec les images qui nous font réfléchir : les wagons de trains remplis de Juifs, le regard horrifié de Gernstein, la récupération des vêtements des Juifs exécutés, etc.

Le menu reprend l'emblème controversé du film, soit la fameuse croix gammée fondue dans la croix chrétienne. À l'insertion des DVD, une animation, un peu longue, regroupe quelques moments forts du film. Dans le menu principal, on peut également apercevoir un montage vidéo de quelques scènes du film. Le tout est bien évidemment accompagné de la musique du film. À noter que l'index des chapitres est animé.

L'image est présentée dans son format original. Le transfert est de très bonne qualité, exempt de toutes poussières. Les couleurs sont vraiment bien définies. D'ailleurs, le film repose beaucoup sur une question de tonalité : les couleurs chaudes sont associées au Vatican, alors que le reste du film est composé de couleurs froides. Ce changement de tonalité est très bien rendu avec ce transfert vidéo.

Pour le son, on est en droit de se questionner sur le manque de flexibilité de cette édition. En effet, sur le disque 1, on retrouve la version doublée en français sans aucun sous-titre. Sur le disque 2, la version originale anglaise avec sous-titres français obligatoires. Pourquoi ne pas donner le choix aux utilisateurs de choisir sa combinaison langue/sous-titre lui-même ? C'est en fait une question de droit, l'édition Christal Films étant réservée pour le marché francophone. Le doublage français est de même qualité que la version originale. Le seul hic qui m'a dérangé, ce sont les scènes de train. Celles-ci sont accompagnées d'une musique de circonstance, mais elle est beaucoup trop forte comparée au reste du film. Les haut-parleurs arrière sont peu utilisés, mais lorsqu'ils le sont, c'est pour le bien du film et de la scène en question.

Les suppléments se divisent sur les deux disques. Il faut noter que ces suppléments sont beaucoup plus axés sur les faits historiques que des détails cinématographiques. Ceux-ci sont de très grande qualité et nous donnent beaucoup de détails supplémentaires sur les événements racontés dans le film.

Sur le premier disque, on retrouve un documentaire de production. Il nous permet de visionner quelques scènes derrière les caméras et nous amène directement sur le plateau de tournage. Le tout est entrecoupé d'entrevues avec le scénariste Jean-Claude Grumberg et les comédiens Mathieu Kassovitz et Ulrich Tukur. On préfère discuter des faits historiques que du film en question.

Toujours sur le premier disque, une courte entrevue avec Mathieu Kassovitz. Celui-ci nous parle plus de sa façon d'aborder son personnage de curé. On apprend également qu'il n'a pas hésité à mettre de côté son projet d'écriture de son prochain film pour camper le rôle de Ricardo Fontana. L'entrevue se termine de façon assez abrupte. Également sur ce disque, la bande-annonce.

Le deuxième disque comprend deux documentaires. Le premier s'intitule "De Ulrich Tukur à Gernstein". Comme le titre l'indique, c'est le comédien Ulrich Tukur qui nous amène dans le quartier où vivait Gernstein. Étrangement, on apprend que Tukur et Gernstein ont habité dans le même immeuble. On fait le tour du quartier, le tout entrecoupé de photos du film. On en apprend un peu plus sur les talents musicaux de Tukur, qui est aussi chanteur.

Le documentaire principal reste celui qui s'intitule "Pie XII, le Pape, les Juifs et les Nazis" de la BBC. À haute teneur historique, on en apprend beaucoup plus sur les agissements du Pape à cette époque. Le Pape Pie XII est resté 12 ans en Allemagne. Il a donc pris ce pays en adoption, ce qui pourrait expliquer son refus de dénoncer les Nazis. Il a également gardé le silence sur l'invasion de la Pologne et la Hollande fût une dure épreuve pour lui, alors qu'on exécutait même les Juifs convertis au christianisme. Bref, on fait le tour de la carrière de ce Pape controversé qui fût enterré séparément des autres et dont son testament laisse entendre qu'il regrette amèrement certaines de ses décisions.

La piste de commentaires de Costa-Gavras et du scénariste Jean-Claude Grumberg est disponible sur la version originale du film. Les deux hommes s'entendent à merveille. Encore une fois, les commentaires se rapportent plus au côté historique que du côté cinématographique. Pour conclure le tout, la filmographie des principaux artisans est disponible.

À la fin du film, on a la tête pleine de questions. Et si le Pape avait dénoncé les Allemands au monde entier, quelles en auraient été les conséquences sur la guerre et l'Holocauste ? En avertissant les Juifs, les Allemands auraient-ils eu beaucoup plus de difficulté à exécuter leur plan ? Je ne dis pas que seul le silence du Pape est responsable d'une telle tuerie, mais celui-ci pèse bien lourd dans l'histoire.


Cotes

Film8.5
Menu8
Suppléments7.5
Vidéo8
Audio7.5