Angel
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: François Ozon
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 134 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20), Français (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212000485

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
26 février 2009

François Ozon revient à une forme de cinéma plus grand public et kitch à travers "Angel", le fabuleux portrait d'une romancière détestable et malchanceuse en amour. Un grand mélo, faste et luxueux, dans la veine de ceux de Victor Fleming.

Angel (Romola Garai) est une fille du peuple qui n'a pas froid aux yeux. Très jeune, elle envoie ses manuscrits, désirant ardemment être publiée. Un éditeur enjoué (Sam Neil) et sa femme plus sceptique (Charlotte Rampling) décident de lui donner une chance et le succès est immédiat. L'argent et la renommée récoltés lui permettent de changer de vie et d'acheter le manoir de ses rêves. Rapidement, elle s'amourache d'Esmé (Michael Fassbender), un peintre maudit qui n'arrive pas à vivre de son art. L'histoire d'amour est brève, interrompue par une Angleterre qui s'apprête à participer à la Première Guerre mondiale...

François Ozon a toujours eu la réputation de travailler plus rapidement que son ombre. Depuis son moyen-métrage Regarde la mer en 1997, une année ne s'est écoulée sans la sortie d'un de ses films. Pour "Angel", il a pris son temps (deux ans!) pour faire le point et repartir sur de nouvelles bases. Même en adaptant le roman éponyme qu'une certaine Elizabeth Taylor (aucun lien de parenté avec la célèbre actrice) a écrit en 1957, son style ressort rapidement au grand jour. Il est toujours question d'une romancière, un thème fétiche à l'auteur depuis Swimming Pool. Comme dans 5x2 et Le temps qui reste, les personnages sont antipathiques et ils ne savent jamais de quelle façon communiquer.

Le principal compagnon de bord est toutefois 8 Femmes par son budget conséquent, sa démesure, son soin apporté aux décors, aux costumes et aux couleurs. C'est kitch et ça s'assume parfaitement, avec ces multiples promenades devant des fonds verts. "Angel" est toutefois tourné dans la langue de Shakespeare à la façon d'un Gone With the Wind revu et corrigé par Douglas Sirk. Il s'agit donc d'un énorme mélo parfaitement prévisible, avec ces succès et ces décadences. Une œuvre ample, parfois trop longue et superficielle, qui utilise la musique pour exacerber le moindre sentiment. De quoi titiller les détracteurs du cinéaste et de ravir ses supporteurs.

La trame sonore, d'une splendeur dramatique certaine, défonce tout sur son passage, envahissant les enceintes (en compagnie de quelques applaudissements et d'hennissements de chevaux) et même parfois les dialogues. Afin de tout comprendre, il faut seulement augmenter le volume ou insérer d'intéressants sous-titres blancs. Les images, à priori sombres et peu éclatantes, prennent peu à peu leur envol. Rapidement, le brun laisse la place aux magnifiques teintes de rouge et de vert. La blancheur immaculée, véritable leitmotiv de l'entreprise (elle symbiose la pureté et l'innocence), se fait gruger par un noir de détresse, des contrastes généralement géniaux qui prennent le dessus sur ce blocage insidieux.

Chez le réalisateur de Sous le sable, la direction d'acteurs demeure impeccable. Moins noir que dans les écrits originaux, Angel arrive à s'envoler grâce à la prestation douce, enfantine et grotesque de Romola Garai. L'actrice, remarquée et remarquable dans le puissant Atonement, mélange habilement les sentiments et les réactions, devenant le double malsain d'une Charlotte Gainsbourg ou d'une Ludivine Sagnier. Son histoire d'amour avec Michael Fassbender fonctionne, car le duo joue à fond l'ironie et le sarcasme. Un humour très britannique qu'utilisent avec brio un Sam Neil inoffensif et une Charlotte Rampling toujours aussi intense. La révélation s'avère toutefois Lucy Russel, parfaite en soeur du peintre, qui use de sa dévotion pour arriver à ses fins.

Derrière cette chronique où l'existence tourne parfois mal se trouvent différents niveaux de lecture. Celle de la société moderne et du féminisme en ce début du 20e siècle avec cette femme du peuple qui arrive à la bourgeoisie en ne se travestissant pas totalement. Un choc des classes rappelant l'inoubliable My Fair Lady. Et celle, sans doute plus importante pour son auteur, sur la création en tant qu'art. Angel représente la popularité facile et immédiate à travers des œuvres souvent médiocres, alors que le travail d'Esmé est seulement estimé lorsqu'il est trop tard. Des antipodes devenant palpables par les différents jeux de miroirs entre les amants et quelques éléments extérieurs qui viennent bouleverser la donne.

La pochette spectaculaire où deux amoureux s'embrassent tendrement sous la neige annonce déjà les enjeux. Il y aura de l'amour dans l'air, mais également des pleurs et des déceptions. Le menu principal du DVD déçoit quelque peu en ne faisait que reprendre l'image sur le boîtier. C'est statique, mais la mélodie entendue est tout simplement somptueuse. La liste de suppléments comprend l'honnête bande-annonce originale, une galerie de publicité et deux documentaires informatifs. Le premier - et le plus superficiel - est une entrevue de sept minutes avec la comédienne Romola Garai qui discute timidement du personnage, du scénario et de l'apport considérable de François Ozon. Le second s'avère beaucoup plus complet, avec ces 27 minutes d'informations généralement pertinentes sur la transposition à l'écran de l'essai, le choix des comédiens, la particularité de tourner en anglais et les liens avec le réel. Très ouvert, le cinéaste n'hésite pas à ouvrir son univers pour que le spectateur puisse en apprendre davantage sur sa propre démarche artistique. À tel point qu'il fait regretter l'absence de piste de commentaires, généralement plus élaborées et précises.

"Angel" comporte d'étonnantes similarités avec l'immensément populaire Sex and the City. Les héroïnes sont à la recherche du prince charmant et elles feront l'impossible pour y arriver. Elles écrivent et se vêtissent de leurs plus beaux atours pour ne pas disparaître devant leur existence fade. Un conte de fées qui se transforme en cauchemar et un combat à la postérité que remporte haut la main un François Ozon qui prend un malin plaisir à se renouveler en changeant encore de genre.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments4
Vidéo8
Audio7