Les anges exterminateurs
Métropole Films Distribution

Réalisateur: Jean-Claude Brisseau
Année: 2006
Classification: 18A
Durée: 100 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 14
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
8 juillet 2007

Le réalisateur Jean-Claude Brisseau tente d'expurger ses démons dans "Les anges exterminateurs", un drame de mœurs moyennement cinématographique ancré dans le réel.

François (Frederic Van Den Driessche) est un cinéaste qui cherche à réaliser un film qui n'a jamais été fait auparavant. Son désir le plus ardent est de capter sur pellicule les fantasmes et les plaisirs sexuels de femmes qui décident de repousser leurs propres jardins secrets. Afin de dénicher les meilleures "actrices", il fait des auditions. Les êtres qui s'y présentent aiment bien jaser et se confier, mais rares sont celles qui veulent réellement continuer. Lorsqu'il trouve ses trois perles rares, le projet semble finalement vouloir aboutir. Mais entre les contraintes extérieures, une épouse jalouse, un jeu de pouvoir incessant et des demoiselles qui sont disposées à tout faire pour obtenir le rôle, la situation aura tôt fait de se détériorer.

Depuis son décevant Choses Secrètes en 2002, Jean-Claude Brisseau cherche à percer le mystère du fantasme féminin. Pour son dernier long-métrage qui fera rapidement réagir le spectateur, il confronte ses protagonistes à des interdits et à des jeux qui ne sont pas toujours tolérés de la société. Ainsi, les séances de masturbation, de voyeurisme et d'improvisations sexuelles seront multiples. Pour atteindre la "vérité", il montre des corps nus se frôler, s'embrasser et s'exciter dans différents endroits. Sensations garanties.

"Les anges exterminateurs" est loin d'être une oeuvre très cinématographique. Si l'humour désespéré finit par faire rire, l'émotion s'avère souvent superficielle. La réalisation est extrêmement modeste, l'histoire tourne parfois à vide et l'ajout de personnages fantastiques comme ces anges du titre et une grand-mère décédée ne peut qu'ampouler la démarche de son créateur. Justement, qu'est-ce que l'homme derrière Noce blanche voulait réellement dire en tournant son dernier film? Montrer le plaisir féminin selon le regard d'un homme? Il y réussit généralement, mais est-ce réellement représentatif de la réalité? Tout dépend du regard, du sexe et de l'expérience de chacun. De ce côté, c'est un homme qui observe avec ses passions, ses pulsions et ses propres fantasmes. Les élans lesbiens, aussi excitants soient-ils, auraient dû être diversifiés.

Le poids de la vie réelle joue pourtant pour beaucoup dans le succès - ou l'échec - de la production. Avant la réalisation de ce film, Brisseau a été condamné à un an de prison avec sursis et une facture très salée. Pour quels motifs? Deux actrices de Choses secrètes l'ont poursuivi pour harcèlement sexuel. Monsieur L'Ange noir leur aurait fait passé des auditions assez... particulières. En sachant cela, "Les anges exterminateurs" devient une énorme mise en abyme où fiction et réalité se chevauchent. Le protagoniste/cinéaste cherche à se faire pardonner en expliquant ce qui lui est arrivé, en dénonçant un certain milieu malsain et en décrivant sa démarche, qui n'était finalement que de tourner une œuvre différente. Pour brouiller encore plus les cartes, la narration est portée par la voix de Brisseau!

L'utilisation de la musique peut surprendre. Lors des séquences intimes, une grosse pièce lourde de sens se fait entendre. Pourtant, l'enjeu n'y est pas toujours. Le reste du temps, les mélodies se veulent plus légères. Les voix et les gémissements s'entendent aisément et les pistes sonores francophones laissent une place suffisante aux échos des voix robotiques, aux sonneries de cellulaires, aux oiseaux et à ces éléments encore plus musicaux. De visibles sous-titres blancs en anglais sont présents pour qu'un plus large public puisse suivre le récit. Le plein écran offre des images réalistes qui sentent parfois l'amateurisme. Dans la première partie, les couleurs sombres laissent échapper de belles touches plus brillantes. Par la suite, une luminosité s'accapare un peu trop des situations, dénaturant au passage la définition des contours et laissant du blocage à quelques endroits.

La pochette contrastée est assez jolie. De filles s'embrassent et des ailes ont été rajoutées au crayon. Le menu principal du DVD reprend le tout en y insufflant du brouillard et une grosse musique dramatique. Les suppléments comprennent une intéressante bande-annonce, six minutes de scènes alternatives assez inutiles commentées par le réalisateur et, surtout, une entrevue avec Brisseau et la monteuse Maria Luisa Garica. Même si ce segment contient des questions un peu trop subjectives et gentilles, le réalisateur n'hésite pas à parler du processus d'écriture et de l'élaboration de scènes plus difficiles tout en parlant du contexte si particulier qui lui a causé du tort. Ces 42 minutes tendent toutefois à être un peu trop prétentieuses.

Si Shortbus traitait de l'émancipation sexuelle avec humour, "Les anges exterminateurs" tente plutôt de scruter à la loupe le fantasme féminin. C'est parfois malhabile et pesant, mais le sujet et le traitement méritent l'attention. Une location de couple pourrait être bénéfique, seulement pour alimenter les discussions. Après s'être intéressé à la femme, quelqu'un pourrait bien faire la même chose du côté de l'homme...


Cotes

Film6
Présentation5
Suppléments4
Vidéo6
Audio6