Anna M.
Filmoption International

Réalisateur: Michel Spinosa
Année: 2007
Classification:
Durée: 102 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez:

Selon Martin Gignac
15 octobre 2008

Isabelle Carré trouve son meilleur rôle en carrière dans "Anna M.", un suspense prenant qui donne froid dans le dos grâce à sa représentation hyper réaliste d'un cas pathologique clinique.

Anna M. (Carré) est une jeune femme sans histoire qui partage sa vie entre un boulot peu stimulant et la maison étroite de sa mère (Geneviève Mnich). Après un accident, elle est traitée par le docteur Zanevsky (Gilbert Melki). Cette nouvelle rencontre bouleversera à jamais son existence. En effet, Anna devient obsédée par son sauveur, lui écrivant des lettres, multipliant les coups de téléphone et le suivant jusque chez lui. De quoi mettre la principale victime sur les nerfs, surtout que sa femme (Anne Consigny) commence également à se faire harceler. Mais jusqu'où peut bien aller cet amour à sens unique?

Après deux films qui sortaient difficilement de l'ordinaire (Emmène-moi, La parenthèse enchantée), Michel Spinosa décide de s'attaquer à un sujet beaucoup plus stimulant: l'érotomanie. La prémisse, si elle n'est pas nouvelle au cinéma (l'œuvre la plus connue est sans doute Fatal Atraction avec Michael Douglas et Glenn Close), a été traitée avec beaucoup de retenue et de sobriété. Il n'y a donc pas de finale hollywoodienne au couteau ou de révélations manipulatrices. Il s'agit plutôt d'une étude lente et empirique, non dénuée de longueurs, sur une personne qui perd de plus en plus contact avec la réalité. Pour être le plus crédible possible, le réalisateur a séparé son film en segments, recréant les différentes phases (espoir, dépit, haine) avec un savoir-faire indéniable.

Le long-métrage n'est pourtant pas que clinique. Un parallèle se dresse entre la maladie et la foi, des liens qui deviennent palpables à la toute fin. La mise en scène de Spinosa ressemble à celle, aussi maîtrisée, de Denis Dercourt sur le très bon La tourneuse de pages, et même à des élans du Répulsion de Polanski à la toute fin... Il y a une menace qui plane et qui peut arriver n'importe quand. Le tout est accentué par de beaux décors étouffants, des images glacées, un rythme ampoulé et une belle partition musicale qui rend mal à l'aise. La nervosité atteint son paroxysme lors de scènes plus douloureuses, dont quelques-unes qui touchent au bien être de deux fillettes...

Le rendu visuel tend vers le réalisme avec ce sens inné des détails et ces couleurs tout à fait représentatives de l'état des lieux. Les contrastes, importants en de nombreuses occasions, demeurent honnêtes. Quelques plans s'avèrent cependant un peu sombres, ce qui ne nuit pourtant jamais au visionnement. La piste sonore francophone est tout à fait acceptable et ce, même si les voix auraient pu être plus élevées. Les multiples enceintes sont alimentées de bruits divers (voitures, oiseaux, métros, portes qui claquent) campant très discrètement l'atmosphère. C'est plutôt l'exquise trame sonore qui tient en haleine avec ce piano en cascade rappelant l'aura d'un Philip Glass.

Le résultat ne serait bien entendu pas aussi convaincant sans la participation d'Isabelle Carré qui s'investit totalement dans le projet. L'actrice casse son image de femme parfaite (Entre ses mains, Holy Lola, L'avion) en campant une fascinante Anna. La comédienne aperçue dans le délicieux Cœurs n'a pas hésité à se dévêtir (le rôle des sens y est primordial) et à s'enlaidir pour marquer les esprits, nettement plus que dans À la folie... pas du tout qui explorait de similaires territoires sombres. Sa victime Gilbert Melki offre un jeu tout à fait louable, et ce, même si c'est principalement le destin de la malade qui est suivi. Cela pourrait expliquer pourquoi les rôles secondaires (la femme, la mère) manquent un peu de finition et de profondeur.

Pour approfondir une thématique aussi forte, il est dommage que les suppléments soient aussi maigres. Il n'y a que la bande-annonce originale et la filmographie des deux principaux interprètes. Malheureusement, l'écriture est difficile à lire. Pour sa part, le menu principal du DVD offre un intéressant montage de scènes sur une mélodie intrigante, alors que la pochette pique rapidement la curiosité en présentant une femme couchée sur un canapé avec des photos à ses côtés.

Sans déloger L'histoire d'Adèle H. de François Truffaut en tant qu'opus "ultime" sur l'érotomanie, "Anna M." se défend plutôt bien. Le récit de Spinosa est soigné, la performance d'Isabelle Carré est truculente et il y a plusieurs séquences qui feront battre le cœur plus rapidement.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments2
Vidéo7
Audio6